Les saisons de la liberté

Bienvenue à ce nouveau rendez-vous de Fréquence protestante. Chaque premier jeudi du mois, nous allons chérir la liberté. Avec des invités évoluant dans les différents univers qui composent notre vie, nous nous efforcerons de débusquer ce qui abîme la liberté et de souligner tout ce qui, au contraire, donne de la vitalité à notre liberté chérie.

Je souhaitais que notre premier invité soit un amoureux de la liberté, Mathieu Laine. Pour tout dire, c’est un passionné de la liberté. Il a édité des textes de penseurs de la liberté, il publie dans la presse des chroniques qui célèbrent la liberté, et il est, notamment, l’auteur du dictionnaire amoureux de la liberté. Ce dictionnaire est rédigé dans un style plein de joie et d’enthousiasme, un style que l’on retrouve dans bien des passages de son nouveau livre, Les Saisons de la liberté.

Mathieu nous raconte ce qui l’a conduit à être épris à ce point de la liberté.

Il utilise donc la métaphore des saisons pour repérer les situations qui sont plus ou moins favorables à la liberté. Il commence son ouvrage par l’été pour évoquer ce temps où la liberté est en pleine puissance. Puis vient l’automne et le recul progressif des libertés. L’hiver est tyrannique. Et il termine par le printemps qui permet à la liberté de s’épanouir à nouveau. Aujourd’hui, en observant la France, il nous dit dans quelle saison de la liberté nous nous trouvons.

L’été

+ Son ouvrage commence donc par l’été et il commence d’une manière grave. Certes, il y a des périodes de la l’histoire humaine où la liberté a le vent en poupe, mais cette saison est aussi la saison de tous les dangers, car nous courrons en permanence le risque de penser que rien ne pourra faire reculer la liberté.

Il écrit qu’on ne perçoit pas assez la fragilité de la liberté. Il recommande, d’ailleurs, d’adopter une posture religieuse car en citant Gustave de Beaumont qui dit : « la vie d’un peuple libre est une vie de perpétuels combats et d’action continue. C’est peu d’avoir lutté une fois pour conquérir des droits ; pour les conserver intacts et pour en jouir, il faut lutter toujours », il ajoute : « s’il était un enseignement à se remémorer au quotidien, comme certains font chaque matin leur prière, ce serait celui-là » p. 28. La liberté ce n’est jamais gagné, c’est un travail de tous les jours.

Une vision de l’homme trop optimiste ?

+ Un peu plus loin, p. 32, il écrit : « La levée d’écrou et le reflux des contraintes favorise un désir d’émancipation, chacun aspirant à forger son propre destin ». « Chacun aspirant à forger son propre destin ». Il me semble que nous retrouvons chez Mathieu Laine cette vision de l’homme qui est partagée par la plupart des penseurs de la liberté, depuis John Locke jusqu’à John Rawls, vision d’un homme naturellement rationnel, et qui a le goût pour la liberté dès lors qu’il n’est pas entravé. Avec le réformateur protestant Jean Calvin, par exemple, qui dit que l’être humain est pécheur, il n’y a pas de liberté naturelle, il n’y a pas un goût naturel pour la liberté. Je dirais même que les gens n’en veulent pas de la liberté. Est-ce qu’il n’y a pas un excès d’optimisme de sa part et des penseurs libéraux en général ?

+ Je continue un peu sur cette hypothèse que les penseurs de la liberté ont une vision de l’humanité, une anthropologie trop optimiste. Il a eu l’occasion dans ses livres précédents de l’infantilisation des Français par un État qui se mêle de tout, un véritable État nounou qui fait de la France une nurserie. Et, dans son livre, p. 37, il raille l’ADEME qui dit quelle doit être la fréquence lavage des vêtements. Effectivement, ce n’est pas à une agence gouvernementale de nous dire quand il faut changer nos sous-vêtements et pourtant… il y a bien des personnes qui sont complètement perdues ; des personnes qui ne savent pas comment s’y prendre avec le quotidien. Comment faire pour rattraper des manques d’éducation, pour compenser l’absence de transmission au sein des familles qui sont tout simplement dépassées ?

L’automne

Je disais qu’il y a quelque chose de tragique dans l’été de la liberté, c’est qu’il contient l’automne. En reprenant le poète Rilke (p.48), Mathieu Laine constate que « la liberté qu’on ne chérit plus “n’est rien d’autre que le commencement du terrible” ».

+ Quels sont les points de vigilance qu’il nous recommande… à quoi faut-il être attentif pour éviter que nous nous engagions dans l’automne de la liberté ?

Caractéristiques de l’automne :

  • Interventionnisme de l’Etat > crise économique
    simplisme, caricatures
    violence>propositions radicales
    recours à des hommes forts

La violence, c’est le coup de force du 6 février 1934 qui provoque des affrontements avec les forces de l’ordre qui font 15 morts et 1500 blessés. C’est la révolte matée par le Général Franco qui cause entre 1700 et 3400 victimes et 30.000 arrestations. Mais le recul de la liberté est souvent plus insidieux et prend l’allure de la résignation (p.74) qui, écrit-il, « devient une seconde nature. » Quelles sont les résignations qu’il observe ?

Pause musicale : Mathieu Laine, Karol Beffa,  Le roi qui tombait amoureux

Un conte qui célèbre la liberté

L’hiver

Mathieu Laine donne quelques caractéristiques de l’hiver p.78 :

  • L’élimination des opposants
    les rapts d’enfants
    la torture
    l’emprisonnement arbitraire – la présomption d’innocence n’a plus sa place

Quand on entend cette liste, on se dit que ça ne sera jamais le cas chez nous. Jamais, bien évidemment. Mais c’est ce qu’a fait le gouvernement de Vichy, et sans que l’Allemagne lui demande quoi que ce soit. Et, aujourd’hui encore, à travers le monde, ce que vous appelez une « saison létale » p.90 continue a faire des victimes. On a du mal à y croire, mais le despotisme est toujours d’actualité dans le monde.

+ Selon lui, quel est le degré de résistance de la population française à antilibéralisme ? Est-ce qu’on ferait mieux que dans les années 40 ?

Je reprends la citation qu’il fait de Tocqueville (p.93), ce grand observateur de l’Amérique : « ce qui me répugne le plus en Amérique, ce n’est pas l’extrême liberté qui y règne, c’est le peu de garantie qu’on y trouve contre la tyrannie »

[Une minorité qui prend les centres névralgiques du pouvoir suffit à balayer les garanties constitutionnelles (p.97), dites-ildans le prolongement de ce que Victor Hugo écrivit en 1877 pour dénoncer la menace despotique et antilibérale qui pèse, en se référant au coup d’Etat du 2 décembre 1851.]

+ Quelles sont les choses à mettre en place pour protéger une société de l’hiver de la liberté ?

Le printemps

Les rédacteurs bibliques ont mis à profit les situations de crise majeure pour penser l’avenir d’une société, et ils ont développé un goût prononcé pour la liberté qu’ils ont mise en tête des points fondamentaux. Ils ont aussi fait un constat terrible, c’est qu’il n’y a aucune structure politique capable d’endiguer à coup sûr les forces despotiques. Aucune structure ne peut garantir la liberté. C’est la raison pour laquelle ils ont développé l’idée de la liberté individuelle. Les rédacteurs bibliques ont misé sur l’individu et sur la responsabilité individuelle pour arrêter le pouvoir qui devient despotique. Miser sur l’individu, c’est aussi le credo de Mathieu Laine. Et il parle plus spécifiquement des voyants auxquels la nuit n’a pas masqué la lueur de la liberté. Il nous présente deux voyants qui aident à garder les yeux sur la liberté.

+ nous parlions du travail quotidien pour chérir la liberté – comment chérit-on la liberté ? Zweig p.169 : « demeurer fidèle à son moi le plus intime », se dresser « contre tout fanatisme, contre toute tentative de soumettre la pensée à une norme », se détourner des « dictateurs de l’esprit qui veulent avec une arrogance insolente faire de leurs “nouveautés” l’unique, l’irréfutable vérité de ce monde ».

+ Pour décrire l’hiver, vous vous inspirez des évangiles en parlant d’un processus qui va du bouc émissaire au massacre des innocents. La traque du bouc émissaire, c’est le bon vieux ressort pour nourrir la cohésion d’un régime autoritaire. Retournons le constat en nous demandant ce qui  permettrait de faire l’unité d’une nation de manière positive.

L’Europe des idées

+ Il parle du philosophe Emmanuel Kant qui nous invite à avoir le courage de penser par nous-mêmes, Il rappelle qu’Emile Verhaeren dit que « l’Europe est un forge où se frappe l’idée » (p.146), quelle est la part de l’Europe en faveur de la liberté, de nos jours ?

 

+ Reste deux questions :

 Quelles seraient les deux où trois mesures qu’il faudrait prendre pour améliorer la situation de la liberté en France ?

« sous le gel, un bourgeonnement libérateur », c’est l’expression de Mathieu Laine (p.122). Cela peut faire penser à Pâques qui est justement à l’entrée du printemps. Se pourrait-il  que, dans certaines situations, le printemps ne se lève pas ? La liberté peut-elle être mise en échec ?

 

 

Matthieu LAINE, Les Saisons de la liberté, Paris, Grasset, 2026

 

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.