Qu’est-ce que Jésus a bien pu tracer au sol, dans la cour du Temple, lorsqu’on lui a amené une femme surprise en adultère (Jean 8) ? Alors que les scribes et les pharisiens attendaient qu’il prononçât la condamnation à mort, Jésus dessinait sur la poussière du sol des signes dont nous ignorons tout. Nous ne saurons jamais ce qu’il a dessiné, si c’étaient des lettres ou des silhouettes. Mais nous savons qu’il a tiré un trait.
En dessinant, Jésus a tiré un trait sur une morale de l’irresponsabilité qui consiste à utiliser la loi, les règlements, pour camoufler nos pulsions de haine, de mort. La loi a bon dos lorsqu’il s’agit d’humilier, de condamner, d’abattre ceux que nous n’aimons pas. Mais lorsqu’il s’agit de l’appliquer, ce sont les mêmes qui, les uns après les autres, se retirent et fuient leurs responsabilités.
Dessiner pour rester libre
En dessinant, Jésus a temporisé ses propres pulsions ; il n’a pas fait miroir à la violence déversée par ceux qui manient la vindicte populaire. Comme au téléphone, lorsqu’on passe ses nerfs ou son ennui en usant la mine de son crayon, Jésus a tiré un trait sur la violence réciproque, qui se répand de proche en proche de manière presque contagieuse ; un trait sur la morale qui cherche des coupables au lieu de chercher à favoriser les conditions d’un monde plus vivable.
Dessiner, cet art vieux comme l’humanité qui nous a laissé de beaux exemples sur des parois rocheuses. Dessiner, un art premier qui précède souvent la parole. Nous avons tous commencé par dessiner, ce qui a été pour nous un langage, une manière d’interpréter le monde extérieur et notre monde intérieur, celui de nos sentiments, de nos rêves, de nos angoisses.

Un salon pour enrichir sa culture
Le salon du dessin contemporain, Drawing Now Paris, se tient au Carreau du Temple, du 26 au 29 mars. C’est l’occasion de voir 300 artistes exposés par 71 galeries internationales. C’est une bonne manière de nourrir sa culture artistique dans un domaine qui reste souvent confidentiel quand on fait abstraction de la caricature et de la Bande Dessinée. On y découvre de l’impressionnisme, de l’abstrait, du réalisme ; des tentatives d’exprimer la nature profonde des êtres, des situations ; parfois pour dénoncer, souvent pour révéler, pour offre une interprétation sensible, souligner un aspect incongru ou étonnant.

La très grande variété de techniques, de sujets, de traitement des sujets, offrira aussi bien de belles émotions que l’envie de presser le pas. L’ensemble est une manière de tirer un trait sur une vie qui nous échappe ou que nous subissons. Passer de galerie en galerie ressuscite notre regard sensible à tout ce qui fait la vie, interprété, peut-être, d’une manière qui nous agacera ou que nous jugerons trop naïve, ou au contraire fort pertinente. Il y a des interprétations qui nous rapprochent de l’existence en une période où les dessins produits par l’intelligence artificielle font perdre toute saveur à ce que nous voyons, à force de lisser les traits, les contours, de gommer les aspérités, les défauts, la vie telle qu’elle est. Et quand il y a l’imagination ou la projection personnelle plus que l’interprétation, on y trouve la patte de l’artiste qui est un signe de vie précieux, un lumignon indispensable dans un monde bien trop mécanisé et informatisé pour être pleinement humain.
On sait que l’envie de lapider la vie est toujours bien présente dans notre monde. De même que la volonté d’effacer l’art qui subvertit les postures mortifères, les attitudes culpabilisantes, et les tyrannies, qu’elles soient domestiques ou politiques. Ce salon du dessin contemporain est une manière militante et non provocatrice, de rendre les gens à la vie et de tirer un trait sur ce qui nous retient de porter la vie à l’incandescence.
Deux coups de cœur
Au rez-de-chaussée, Galerie Templon.

Au sous-sol, Galerie Maxime Allain.
Carreau du Temple, 4 rue Eugène Spuller, Paris 3 (Métro République)
du jeudi 26 au dimanche 29 mars 2026, de 11h à 19h. Entrée 16 euros. Tarif réduit 9 euros.







