Le Saint-Esprit pour tous, Pentecôte avec le sous-texte du prophète Joël


Culte entier disponible pour les utilisateurs connectés

Ecouter la prédication – télécharger

Joël 2/28-32
28 Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. 29 Même sur les serviteurs et sur les servantes, Dans ces jours-là, je répandrai mon esprit. 30 Je ferai paraître des prodiges dans les cieux et sur la terre, Du sang, du feu, et des colonnes de fumée; 31 Le soleil se changera en ténèbres, Et la lune en sang, Avant l’arrivée du jour de l’Éternel, De ce jour grand et terrible. 32 Alors quiconque invoquera le nom de l’Éternel sera sauvé; Le salut sera sur la montagne de Sion et à Jérusalem, Comme a dit l’Éternel, Et parmi les réchappés que l’Éternel appellera.

Chers frères et sœurs, c’est ce texte du prophète Joël auquel l’apôtre Pierre se réfère lors de l’événement de la Pentecôte, cette fête qui a lieu 50 jours après Pâques. Il y est clairement fait référence à l’Esprit de Dieu et ses effets sur notre vie. C’est cet arrière-plan de l’Ancien Testament que j’aimerais examiner avec vous de manière à mieux comprendre ce qui désigne le Saint Esprit.

  1. L’Esprit est-il le cerveau de Dieu ?

Tout d’abord, intéressons-nous à ce qu’est l’Esprit de Dieu. L’Esprit de Dieu permet de prophétiser, d’avoir des songes et des visions. Ces trois termes pourraient nous laisser penser que l’Esprit de Dieu nous permet de connaître le futur par avance. Je vous arrête tout de suite, il n’est pas question de cela dans la Bible. D’ailleurs la divination est sévèrement réprimandée (Dt 18/10-11). La Bible ne dit pas que le futur est déjà écrit et qu’il est possible de consulter le scénario à l’avance si on est dans l’intimité de Dieu. Le futur n’est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire[1], librement. Une prophétie, un songe, une vision, ne sont pas trois manière différentes de parler de la connaissance de l’avenir, mais de la capacité à comprendre le présent. Les prophètes sont ceux qui disent le réel au lieu de servir des vérités alternatives. Un songe est un long travail de méditation qui permet de mettre à la bonne place tous les éléments du puzzle de la vie (pour reconstituer le réel, justement). Une vision est un moment de clairvoyance qui permet de repérer tous les détails utiles d’une situation. Ces trois termes sont comme le grossissement de la procédure qu’on appelle aussi l’intelligence des situations. On observe attentivement un fait. C’est la vision. On le connecte à d’autres informations dont nous disposons pour mettre l’observation en contexte. C’est le songe. On est alors capable de donner le sens d’un événement. C’est la prophétie.

Que vient faire l’Esprit de Dieu dans ce processus ? En quoi l’Esprit de Dieu nous est-il utile ? Serait-ce le cerveau de Dieu qui vient pallier les faiblesses de notre propre cerveau ? L’Esprit de Dieu serait-il une sorte de cerveau auxiliaire ? Non, l’Esprit de Dieu n’est pas le cerveau de Dieu sur lequel nous pourrions nous brancher pour augmenter notre capacité intellectuelle. Pour la bonne et simple raison que Dieu n’a pas de cerveau… si j’étais facétieux je pourrais ajouter que Dieu n’a pas de tête alors comment voulez-vous qu’il ait un cerveau… De plus, nous n’avons pas besoin de plus de cerveau, nous avons besoin de plus de stimulation de notre cerveau. C’est cela qu’opère le Saint Esprit. Quand on parle de l’opération du Saint-Esprit, c’est de la stimulation de notre intelligence dont il est question.

Notre cerveau n’est pas un objet figé. Notre cerveau est souple, il s’adapte, il change, il évolue au fur et à mesure que nous rencontrons des personnes, que nous lisons des textes, qu’il nous arrive des choses. Le pire qu’il pourrait nous arriver, c’est qu’il ne nous arrive rien, justement. C’est dans ces cas-là que notre cerveau est moins stimulé et qu’il perd ses facultés de raisonnement. Contrairement à l’idée qui circule que nous n’utilisons que 10% de notre cerveau, la recherche contemporaine constate que nous utilisons bien 100% de notre cerveau, mais que cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas en faire un meilleur usage[2].

Lee Miller
Modèle avec ampoule, 1943

En prenant conscience que l’Esprit, dans les langues bibliques, c’est en fait le souffle, le vent, nous comprenons que l’Esprit de Dieu, c’est ce qui nous pousse, ce qui nous porte au loin, c’est ce qui nous empêche de rester sur place, figé. Dieu, c’est ce qui repousse notre horizon, ce qui nous permet de penser plus grand, plus large, au-delà de nos frontières naturelles. Dieu, c’est ce qui nous appelle à intégrer d’autres points de vue que le nôtre dans nos réflexions personnelles. Dieu, c’est ce qui nous incite à adopter un point de vue universel. Dieu n’est pas un cerveau d’appoint, mais la stimulation de notre propre intelligence pour passer de l’opinion personnelle à la pensée universelle.

  1. Garder le cap

Je continue sur l’usage que nous faisons de notre cerveau et le rapport que l’Esprit de Dieu entretient avec notre intelligence. Notre cerveau est souple et il est possible de parler d’une plasticité cérébrale. Cela est vrai au point qu’il peut même se mettre à tricher avec la vérité quand la vérité est trop dure. Quand il y a un écart trop grand entre notre idéal de vie et la vie telle qu’elle est, nous réajustons notre idéal de vie, nos valeurs, en fonction de nos actes. Par exemple, notre chef de service est épouvantable, mais nous ne pouvons pas quitter notre travail pour des raisons financières, alors nous allons trouver des circonstances atténuantes à ce chef de service épouvantable, nous allons nous intéresser à des qualités secondaires… pour justifier que nous restions dans une situation professionnelle pourtant insupportable.

Au contraire, un ami qui nous trahit, nous allons trouver autant d’éléments possibles qui justifient qu’on se mette à le haïr. Notre cerveau va nous aider à en faire un monstre. Cette plasticité du cerveau est utile pour éviter le burn out, le conflit de valeur qui nous fait nous effondrer de l’intérieur. Cette plasticité du cerveau peut être préjudiciable car elle nous fait accepter l’inacceptable. Combien de femmes molestées par leur conjoint restent auprès de leur bourreau en lui trouvant des excuses ?

L’Esprit de Dieu intervient sur cet aspect en nous réorientant vers le cap de la justice. Quand la vie souffle sur nous un vent contraire à la direction que nous voudrions prendre, l’Esprit de Dieu, le souffle de Dieu, nous aide à tirer des bords, comme en voile, pour remonter le vent et garder globalement le cap qui correspond à notre projet.

Cela nous conduit à ce que les prophètes appellent le jour de l’Éternel, expression que nous trouvons au verset 31. C’est un jour de jugement, non pas au sens de la condamnation, mais au sens de l’expression de la vérité. Il convient, en effet, de distinguer le jugement de la condamnation. Juger consiste à distinguer le vrai du faux, à établir la vérité. A partir de là il est possible de déterminer la culpabilité d’une personne et d’en déduire une possible condamnation, mais le jugement consiste à établir les faits d’une manière exacte.

Quand nous sommes stimulés par l’Esprit de Dieu et que nous retrouvons le cap, cela met en évidence toutes les erreurs d’appréciation que nous avons faites jusque-là. C’est comme un adulte qui regarde rétrospectivement sa vie d’adolescent en se demandant comment il a pu se laisser entraîner à faire telle bêtise, à avoir tel comportement limite etc.

En retrouvant le sens de notre vie par les stimulations divines, nous mesurons nos égarements et notre vision erronée. Ce que nous tenions pour le soleil s’avère être un trou noir qui absorbe toute notre énergie et nos capacités ; ce que nous pensions être une sorte de lune de miel s’avère être une vieille lune cruelle qui nous fait commettre toutes sortes d’actes que nous regrettons. Bref, nous avons pris des vessies pour des lanternes.

L’Esprit de Dieu nous permet de remettre de l’ordre dans notre esprit en remettant ce que nous appelons l’Evangile dans notre ligne de mire. Fin des compromissions, fin des petits arrangements avec la vérité, avec nos idéaux, avec notre conscience. L’Esprit de Dieu est ce qui nous permet de garder le cap de bonne espérance. C’est de cette manière que l’Esprit de Dieu participe à notre salut : en nous évitant de prendre les mauvais points de repère pour nous orienter dans notre vie.

  1. Tous théologiens

Le dernier aspect qu’il est utile d’évoquer, est que cela n’est pas hors de notre portée. L’Esprit de Dieu n’est pas réservé à quelques uns. Le prophète Joël explique la dimension universelle de l’Esprit de Dieu qui se répand sur les uns et sur les autres, jeunes et vieux, et même les serviteurs, ce qui est à comprendre comme « esclaves », ce qu’a bien compris le traducteur grec qui a rendu le mot hébreu par doulos, esclave, et non diakonos, serviteur.

Nous avons tous droit à l’Esprit de Dieu pour élever notre niveau de compréhension, pour nous ouvrir à plus grand que nous et, comme le disait Bachelard, pour penser contre notre cerveau quand c’est nécessaire. Dans son livre La formation de l’esprit scientifique, il écrit : « La pensée scientifique moderne réclame qu’on résiste à la première réflexion. C’est donc tout l’usage du cerveau qui est mis en question. Désormais le cerveau n’est plus absolument l’instrument adéquat de la pensée scientifique, autant dire que le cerveau est l’obstacle à la pensée scientifique. Il faut penser contre le cerveau ».

Et cela n’est pas réservé à une catégorie de personnes qu’on nommerait les intellectuels, chargés de penser à notre place. Comme le disait le théologien Raphaël Picon, nous sommes appelés à être toutes et tous théologiens, sans la moindre exception. J’insiste bien sur le verbe « appeler » qui est employé à la fin du verset 32 et qui est le même que le verbe employé au début de ce même verset. À l’appel des humains, correspond l’appel de Dieu. Mais avec des nuances qu’il me faut relever car nos traductions les ont effacées. Tout d’abord, le « quiconque » est la traduction de Kol, « tout ». C’est « tous » ceux qui appellent qui sont concernés. Ainsi il n’y a pas d’ambiguïté sur le caractère universel de cette promesse. Ensuite, il est intéressant de constater que le traducteur grec a été subtil sur la conjugaison des verbes. Quand les humains appellent, le verbe est au subjonctif. C’est hypothétique. Quand Dieu appelle, c’est à l’indicatif. C’est sûr, c’est certain. Là où il peut y avoir des incertitudes du côté humain (des compromissions avec le contexte, le cerveau qui s’arrange avec les faits), il y a de l’inconditionnel du côté de Dieu. Pas d’arrangement, pas de compromission, mais la garantie de la grâce en toutes circonstances.

Cela se vérifie dans le livre des Actes des Apôtres, puisque cela est vrai même pour Pierre, qui cite ce passage de Joël. Pierre, le traitre qui a renié Jésus, le lâche qui disait être prêt à mourir pour éviter à Jésus un destin funeste. Si Pierre est au bénéfice de l’Esprit de Dieu, nous le sommes toutes et tous, quel que soit notre âge, quelle que soit notre condition sociale, quelle que soit l’intensité de notre foi.

L’Esprit de Dieu nous délivre de nos fausses représentations mentales, qu’il s’agisse de nos représentations de la vie, de la condition humaine, de ce qu’il nous est permis d’espérer. L’Esprit de Dieu nous permet, tous autant que nous sommes, d’aller en direction d’une vie sauvée, c’est-à-dire d’une vie remise debout, réorientée vers la vérité, la justice et l’espérance. Car le salut n’est pas une fuite hors du monde, mais une manière nouvelle d’habiter le monde, les yeux ouverts, le cœur libre et le souffle tourné vers l’avenir. Alors, même lorsque les vents sont contraires, même lorsque nos repères vacillent, l’Esprit de Dieu continue de souffler : il nous relève, il nous remet en marche, et il ouvre devant nous un horizon plus vaste que nos peurs, que nos insuffisances, que nos hésitations.

Amen

[1] Citation libre de Henri Bergson.

[2] Lionel Naccache, Karine Naccache, Parlez-vous cerveau ?, p. 97.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.