Si donc le Fils vous libère, vous serez vraiment libres


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Jean 8/31-26
31 Et Jésus dit aux Juifs qui avaient cru en lui: Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; 32 vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. 33 Ils lui répondirent: Nous sommes la postérité d’Abraham, et nous ne fûmes jamais esclaves de personne; comment dis -tu: Vous deviendrez libres ? 34 En vérité, en vérité, je vous le dis, leur répliqua Jésus, quiconque se livre au péché est esclave du péché. 35 Or, l’esclave ne demeure pas toujours dans la maison; le fils y demeure toujours. 36 Si donc le Fils vous libère, vous serez réellement libres.

Chers frères et sœurs, il y a donc 250, les 13 colonies britanniques d’Amérique du Nord déclaraient leur indépendance à l’égard de la Grande Bretagne. Elles gagnaient ainsi leur liberté d’un empire jugé tyrannique, ne serait qu’en raison du fait que les populations n’étaient pas représentées au parlement alors qu’elles payaient l’impôt.

Cet acte de souveraineté pourrait donner à penser pour nous-mêmes, qui sommes, dans une certaine mesure, des colonies américaines en Europe de l’Ouest. Il ne m’appartient pas de savoir s’il conviendrait, de nos jours, de faire, en quelque sorte, une déclaration d’indépendance des États-Unis d’Europe, mais il peut être utile de penser cette question de la liberté dans notre contexte.

  1. L’illusion de la liberté

Quand Jésus parle de liberté à ses coreligionnaires, le lecteur de la Bible savoure le caractère ironique de la situation. Jésus fait le lien entre la vérité et la liberté, en ajoutant que prêter foi à sa parole est une bonne manière d’accéder à la vérité et donc d’être libre. Que répondent les Juifs qui sont présents ? « Nous sommes les descendants d’Abraham et nous n’avons jamais été les esclaves de personnes. Alors comment peux-tu nous dire : “ vous deviendrez libres ” » ?

Quel orgueil ! Et quelle illusion de la part des interlocuteurs de Jésus. Mais quelle vérité également, sur la nature humaine ! « Nous n’avons jamais été les esclaves de personne »… pas même du pharaon ? Pas même du roi d’Assyrie, pour ce qui est d’Israël, le Royaume du Nord ? Pas même de Nabuchodonosor, le roi de Babylone qui a tué une partie de la population, qui en a déporté une autre ? L’histoire du peuple hébreu n’est-elle pas faite de servitude, justement, et du paiement régulier d’un tribut aux grandes nations voisines ? Et après la Perse, n’est-ce pas la Grèce qui a régné sur le territoire d’Israël, puis Rome, au moment où la conversation a lieu ? Pourquoi demander à Jésus s’il faut payer l’impôt dû à César, si le peuple est vraiment libre ? Quelle mascarade que cette déclaration orgueilleuse.

S’agissant de la liberté, l’évangéliste Jean nous rend attentifs sur l’illusion qui peut nous bercer de multiples manières : nous pouvons penser que nous sommes libres, par orgueil, parce que nous ne supportons pas l’idée que nous soyons réduits en esclavage. L’illusion peut également consister dans le fait que nous pouvons dire que nous agissons en faveur de la liberté, alors que nous rognons, un à un, les degrés de liberté.

Voyez comme tout le monde est pour la liberté ! Quel est le responsable politique qui a pour programme de réduire la liberté ? Personne. Tous prétendent être les grands défenseurs de la liberté. Quel dictateur a osé prétendre qu’il mettrait fin à la liberté ?

Oui, la France est un pays de liberté. Oui, c’est une démocratie libérale. C’est incontestable. Mais sommes-nous vraiment libres pour autant ? Ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté, sont-ils libres ? Et ceux qui n’ont que 500 mots de vocabulaire, sont-ils libres ? Ceux qui n’ont pas le droit de travailler, sont-ils libres ? Pensons aussi à l’échelle supérieure : Les peuples européens sont-ils libres à l’égard des États-Unis d’Amérique et de la Chine ? Oui, sur le papier, les pays de l’Union Européenne sont des pays souverains, qui battent leur monnaie. Mais la vérité est que nous sommes des nations qui avons peur de ces géants. Nous avons même peur de la Russie dont le PIB est l’équivalent de celui de l’Espagne.

  1. La vérité rend libre

En vérité, en vérité, nous sommes comme pieds et mains liés devant les superpuissances. Nous nous mettons à trembler dès qu’elles haussent le ton ou les barrières douanières. Quand elles s’investissent dans un pays où nous pourrions avoir des intérêts, lorsqu’elles ne respectent pas le droit international, nous nous couchons, et nous les laissons faire. Tout cela à cause de la peur que ces superpuissances nous inspirent. Tout cela à cause d’une mauvaise image que nous avons de nous-mêmes.

Le moment ne serait-il pas venu de passer à l’étape suivante de la construction européenne par une déclaration d’indépendance qui dise que l’Europe est une famille dont nous sommes les fils et, qu’à ce titre, nous ne sommes les esclaves de personnes. Cette famille européenne n’a rien de ridicule au regard des deux superpuissances. Du côté du PIB, nous faisons jeu égal avec la Chine (UE 21.700 milliards $, Chine 20.100 milliards) derrière les USA qui sont à 30.500 milliards. Sur le plan militaire, nous faisons jeu égal, à l’exception des ogives nucléaires puisque les USA en ont trois fois plus… trois fois trop.

La vérité rend libre, dit Jésus. Et prendre conscience des véritables rapports de force nous permet d’être plus libres à l’égard de nos voisins. Si nous avons une mauvaise représentation de nous-mêmes, si nous nous pensons encore esclaves du péché, incapable d’accomplir la moindre chose convenable qui ait du poids dans le concert international, nous sommes les plus malheureux du monde. En revanche, si nous nous fions à la parole de grâce qui retentit sur notre condition pécheresse, sur notre finitude humaine qui est transcendée par l’amour de Dieu, alors la situation change. Et au lieu de gagner notre servitude en ayant peur et en nous soumettant docilement aux plus forts, nous gagnons notre liberté car nous savons que nous sommes en mesure de faire face à ce qui nous arrive.

  1. Faire partie de la famille

Je reviens sur la perspective théologique proposée par Jésus à la fin : la libération concerne ceux qui font partie de la famille. Jésus ne s’adresse pas à une foule, ni à une masse informe, mais à des individus, à des consciences personnelles. C’est pour chacun que le Fils a non seulement une parole qui fait vivre, mais une parole qui rend libre. Cela nous permet d’être au plus proche de la véritable promesse de l’Évangile. En effet, l’Évangile n’est pas un programme politique. Ce n’est pas un programme macro-économique.

L’Évangile est une promesse qui nous concerne individuellement – ce qui n’est pas sans retentissement sur le plan national : une nation peut-elle être libre si ses citoyens restent esclaves de la peur ? Une nation peut-elle être libre si elle se soumet à un ordre du monde injuste ? La déclaration d’indépendance du 4 juillet 1776 dit bien la revendication de la liberté qui permet la poursuite du bonheur. Et cette revendication ne peut être que celle des personnes

Cette promesse individuelle conduit à une responsabilité individuelle qu’avait fort bien vue le réformateur Jean Calvin. Jean Calvin, l’immense théologien protestant qui fonde une nouvelle civilisation, termine son Institution de la Religion Chrétienne sur cette responsabilité individuelle à l’égard du pouvoir politique. Pour Calvin, le critère à partir duquel l’obéissance au pouvoir supérieur doit être pensée, c’est la question de la liberté. Je cite : « la prééminence de ceux qui gouverneront en tenant le peuple en liberté, sera plus à priser. »[1]

Dès lors, si le pouvoir politique est pris en défaut sur cette question de la liberté, Calvin envisage le devoir de la désobéissance civile, en vertu de cette règle fixée par le Christ, selon l’évangéliste Jean : si vous êtes fidèles à la parole du Fils, alors le Fils vous libère et vous êtes vraiment libres. Si le pouvoir politique empêche cette fidélité à la parole du Fils, autrement dit si le pouvoir politique agit pour réduire votre liberté, alors la désobéissance civile devient un impératif.

Je cite à nouveau Calvin : « Mais en l’obéissance que nous avons enseignée être due à nos supérieurs, il doit toujours y avoir une exception, ou plutôt une règle qui est à garder avant toutes choses : c’est qu’une telle obéissance ne nous détourne point de l’obéissance à Celui sous la volonté duquel il est raisonnable que tous les édits des rois se contiennent, et que tous leurs commandements cèdent à son ordonnance, et que toute leur hautesse soit humiliée et abaissée sous sa majesté. »[2]

Frères et sœurs, la véritable indépendance ne se proclame pas d’abord devant les nations ; elle se reçoit personnellement de Celui qui nous appelle ses frères et ses sœurs. « Si donc le Fils vous libère, vous serez vraiment libres » : libres de la peur, libres de la servitude aux puissants, libres pour servir Dieu et notre prochain avec courage, sans compromission, sans faiblesse.

Amen.

[1] J. CALVIN, IRC, IV, XX, 8.

[2] J. CALVIN, IRC, IV, XX, 32.

One comment

  1. La déclaration d’indépendence était prévisible et un homme dont on ne parle plus l’annoncait et la jugeait irréversible.Dans son:
    « de l’origine de la richesse des nations » paru en mars 1773, tout était dit.
    Ironie de l’Histoire le détonateur de cette légitime révolution américaine résulte d’un effet papillon trouvant son origine aux indes orientales.
    Les « Nababs » gérant la compagnie du même nom ont conduit la gestion du Bengale à la faillite et les excès de taxes mises en place par ces derniers pour redresser la situation, ont fait fuire les paysans et les ouvriers dans la jungle (Peter Francopan: « les routes de la soie »), un peu comme pour les romains qui eux aussi à la fin de l’empire s’enfuyaient dans la foret pour échapper à la surimposition.
    Le roi d’Angleterre et son parlement décident donc pour compenser les pertes et faire face à la banqueroute de taxer les colonies des « indes occidentales » qui ellles sont intactes.
    Comme quoi la politique du: « déshabiller Pierre pour habiller Paul » n’est ni une spécificité du nouveau testament pas plus qu’une française.
    Le roi et le parlement maintiennent depuis l’origine une totale dépendance des colonies, celles çi ne sont là que pour l’extraction des matières premières, les produits finis sont fabriqués en Grande Bretagne et revendus ensuite dans les colonies.C’est un peu la politique cousine du:
    « ruisselllement ».
    Mais un des grands événements ayant concouru à cette indépendence, c’est la: « Tea Boston Party » de 1773, ici, c’est l’exonération de taxe pour la compagnie importatrice qui en est l’igniteur, parceque cette exonération est une atteinte à une liberté chère aux américains: « la liberté de concurence », les autres compagnies ne bénéficiant pas du même privilège.
    Adam Smith détaille donc toutes ces indélicatesses et souligne, comme il est dit dans le Sermon, la nécessité que les colonies aient une représentation au parlement.
    Enfin connaissant bien la nature humaine il met en garde le roi Georges III en indiquant que les membres du congrès, mais aussi les subalternes, et les 500 derrières chaque subalterne ont atteint des positions sociales auxquelles ils n’auraient jamais pu envisager d’accéder avant ces événements et que donc ils se battront jusqu’à la mort.
    En conclusion c’est bien souvent, comme il est dit en préambule du sermon, les impôts et les taxes qui sont à l’origine des grands retournements de l’Histoire, pour éviter cela de futurs responsables politiques pourraient être tentés d’étriller les membres de la société n’ayant ni moyen de défense,ni moyen de pression dans celle ci, ces derniers doivent prendre garde cependant de ne pas créer par là chez les autres, un sentiment d’aliénation par une condamnation au travail sans fin.
    Pour conclure, lorsque les moyens ne sont plus à la hauteur de la situation comme disait de Gaulle et en gardant à l’esprit le premier principe de la thermodynamique:  » rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », il faut parfois envisager de revoir le système tout entier.

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