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Genèse 28/10-22
Genesis 28:10 – 29:1 10 Jacob partit de Beer-Schéba, et s’en alla à Charan. 11 Il arriva dans un lieu où il passa la nuit; car le soleil était couché. Il y prit une pierre, dont il fit son chevet, et il se coucha dans ce lieu-là. 12 Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. 13 Et voici, l’Éternel se tenait au-dessus d’elle; et il dit: Je suis l’Éternel, le Dieu d’Abraham, ton père, et le Dieu d’Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je la donnerai à toi et à ta postérité. 14 Ta postérité sera comme la poussière de la terre; tu t’étendras à l’occident et à l’orient, au septentrion et au midi; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité. 15 Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays; car je ne t’abandonnerai point, que je n’aie exécuté ce que je te dis. 16 Jacob s’éveilla de son sommeil et il dit: Certainement, l’Éternel est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas! 17 Il eut peur, et dit: Que ce lieu est redoutable ! C’est ici la maison de Dieu, c’est ici la porte des cieux ! 18 Et Jacob se leva de bon matin; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa pour monument, et il versa de l’huile sur son sommet. 19 Il donna à ce lieu le nom de Béthel; mais la ville s’appelait auparavant Luz. 20 Jacob fit un voeu, en disant: Si Dieu est avec moi et me garde pendant ce voyage que je fais, s’il me donne du pain à manger et des habits pour me vêtir, 21 et si je retourne en paix à la maison de mon père, alors l’Éternel sera mon Dieu; 22 cette pierre, que j’ai dressée pour monument, sera la maison de Dieu; et je te donnerai la dîme de tout ce que tu me donneras.
Chers frères et sœurs, la vie spirituelle ne consiste pas à adopter une attitude contemplative. Les personnages bibliques ne sont pas du genre à se poser dans un pré d’herbe verte et à regarder les trains qui passent en proférant de temps à autres quelque commentaire. Dieu n’est pas un gestionnaire de maison de repos avec une formule « tout inclus » qui nous garantirait de pouvoir vivre d’une rente providentielle sans avoir rien d’autre à faire que se la couler douce. L’attitude spirituelle qui s’exprime dans ce passage biblique relève plutôt de ce que nous appelons la sérendipité, l’art de faire des trouvailles qu’on n’a pas cherchées.
Ce terme « sérendipité » vient d’un conte perse. Un roi envoie ses enfants à Serendip (Sri Lanka) pour parfaire leur éducation et, chemin faisant, ils font des découvertes qui vont améliorer leur condition humaine et renouveler leur existence. C’est à partir de ce conte que le concept de sérendipité a été développé pour désigner l’art de faire des trouvailles qui provoquent de la nouveauté.
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Discerner
Lorsque le rédacteur fait dire à Jacob que Dieu était là et qu’il ne le savait pas (v. 16), nous comprenons que Jacob a fait une découverte à laquelle il ne s’attendait pas. Jacob a réalisé que Dieu n’est pas confiné dans les temples ; Dieu n’est pas à la disposition des prêtres. Dieu se rend présent indépendamment de nos stéréotypes. Et, si Jacob a compris cela, c’est parce qu’il n’avait pas un esprit dogmatique. Il a accepté que ce qu’il voyait et qui ne correspondait pas à l’idée qu’il se faisait de la présence de Dieu, puisse être vrai.
Cela indique la disponibilité d’esprit de Jacob qui se caractérise par le fait qu’il n’est pas prisonnier d’une idée préconçue. Nous pourrions même dire que Jacob est sans idée, au sens où il n’a pas une idée qui prendrait le dessus sur les autres. Jacob n’est pas un idéologue qui passe son temps à conformer le monde à l’idée qu’il se fait du monde. Le chrétien est sans idée au sens où le chrétien est disponible pour accueillir tout ce qui arrive, même si ça ne correspond pas à l’idée qu’il se faisait.
Cette attitude spirituelle consiste à reconnaître que nous ne savons pas tout. Cette attitude, c’est l’humilité. Savoir que nous avons encore beaucoup à apprendre, à découvrir. Et cela provoque de la curiosité, comme Moïse qui va faire un détour pour comprendre ce pourquoi ce buisson brûle sans se consumer. Même chose pour les disciples de Jésus qui lui posent plein de questions lors du dernier repas. L’attitude croyante est celle de l’humilité, qui interroge le monde, la vie, pour apprendre. Cette curiosité permet de découvrir les signes des temps.
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Interpréter
Si Jacob en vient à dire que le lieu où il se trouve est la « maison de Dieu », qu’il nommera Béthel, c’est parce qu’il a donné du sens à ce qu’il a vu. Il ne s’est pas contenté d’apprendre, il a interprété ce qu’il a appris. C’est comme pour la Bible… savoir par cœur tous les versets est une chose ; comprendre ce que disent les textes bibliques en est une autre. C’est l’art de l’interprétation. Le chrétien n’est pas comme la vache qui sait qu’un grand piquet horizontal va passer à toute vitesse devant elle dans 7 minutes et rien de plus. Le chrétien s’interroge pour savoir ce que cela signifie, ces anges qui montent et qui descendent. Le chrétien s’interroge pour savoir ce que signifie une promesse de Dieu telle qu’elle retentit dans le rêve de Jacob.
Jacob fait un travail d’interprétation du rêve, quelques siècles avant que cela devienne une spécialité. Que le rédacteur ait présenté cette révélation de Dieu à Jacob sous la forme d’un rêve nous aide à mieux comprendre comment fonctionne le travail d’interprétation.
Le rêve est une manière toute personnelle d’effectuer la relecture d’une journée, d’une période. Lorsque nous rêvons, les différents éléments de notre histoire personnelle prennent une autre valeur, une valeur qui n’est plus conditionnée par les conventions sociales ou religieuses. Le rêve atténue ce qui forge nos préjugés, nos stéréotypes. De ce point de vue, le rêve transcende nos idéologies, ce qui permet de reconsidérer les situations sous une autre lumière. Ce qui nous inquiète vraiment de même que ce qui est proprement désirable, n’est plus étouffé par tout ce qui encombre notre quotidien. Le rêve permet de faire émerger ce qui nous préoccupe profondément. C’est le lieu de la révélation de notre vérité personnelle.
Le rédacteur biblique était conscience que le rêve est un bon moyen de parler de la manière par laquelle Dieu se fraie un chemin dans les broussailles de notre vie, pour nous révéler un autre ordre des choses, un autre sens possible à notre quotidien. Le rêve a ceci d’intéressant qu’il vient à nous sans que nous l’ayons cherché, à la manière de la grâce, qui vient à nous indépendamment de nos efforts personnels. Et notre intelligence est requise pour interpréter ce que les signes expriment… c’est cela, interpréter les signes des temps.
La sérendipité c’est le fait de trouver par accident l’intérêt, la valeur d’une chose, d’une personne, d’une situation.
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Incarner nos rêves
Mais il ne suffit pas de constater qu’il y a de bonnes choses autour de nous ; il ne suffit pas de comprendre ce que ces choses peuvent signifier. Si nous parlons souvent du christianisme comme d’une religion de l’incarnation, c’est parce qu’il s’agit de donner chair à nos réflexion ; il s’agit de vivre nos rêves… et non de passer notre temps à rêver notre vie.
Il n’y a de sérendipité que dans la mesure où nous faisons quelque chose de ce qui nous arrive. Ainsi, ce chimiste (Spencer Silver) qui rate sa colle en mélangeant des monomères qui forment une substance poisseuse qui adhère très mal. S’il n’avait pas fait preuve de cette attitude spirituelle, nous n’aurions pas de post-it à notre disposition. Même chose avec la découverte du Téflon. Même chose avec la découverte de la grâce par Jacob. Jacob fuyait la maison familiale après avoir volé la bénédiction de son frère. Loin de la civilisation, loin des temples et des tribunaux qui l’auraient attrapé, jugé et condamné, Jacob fait l’expérience de la grâce divine. Et il va en faire quelque chose.
Il va non seulement bâtir un lieu de culte pour indiquer que là se trouve une maison de Dieu ; que Dieu est présent par delà les règles édictées par la religion ou par nos images d’Épinal. Mais il va aussi changer de comportement, d’éthique, en tenant compte de la miséricorde divine qu’il a découverte par accident, alors qu’il ne s’y attendait pas.
Le vœu que fait Jacob n’est pas à comprendre comme un vœu hypothétique, une sorte de pacte avec le diable : « si tu fais ceci, alors je te donnerai cela ». Il vaudrait mieux traduire par engagement car l’attitude de Jacob n’est pas hypothétique. Au verset 22, cette pierre qu’il a érigée, elle ne sera pas la maison de Dieu… elle l’est déjà. Il l’a dit plus haut au verset 17 : « ce n’est rien moins que la maison de Dieu, la porte des cieux ». Et c’est pour cela qu’il nomme ce lieu Béthel (v.19) qui signifie « maison de Dieu ». La liste des « si » (v. 20-21) devrait plutôt être traduite par des « puisque ». Jacob va agir d’une nouvelle manière puisqu’il réalise que Dieu l’accompagne et qu’il peut donc se lancer dans l’aventure de la vie non pas comme un fuyard qui tente d’échapper à son destin, mais en donnant à sa vie le sens de ce que Dieu lui a révélé comme étant la perspective vers laquelle s’orienter.
La séréndipité est cette attitude spirituelle qui profite d’une ouverture d’esprit pour saisir toutes les opportunités qui se présentent, pour en comprendre les potentialités, et pour concrétiser les promesses qu’elles contiennent. Dans le vocabulaire chrétien, la sérendipité, c’est la foi. L’art de repérer ce qu’on ne connait pas encore ; l’art de comprendre l’espérance que cela suscite ; et le fait d’incarner cette espérance par nos actes. Notre monde est chargé de cette grâce que Jacob ne s’est pas contenté de saluer de loin comme les vaches bien formatées de nos campagnes. La vocation chrétienne n’est pas d’être spectateur et commentateur de la vie des autres. Jacob est l’archétype du croyant qui saisit les instants de grâce pour ouvrir un nouvel avenir. C’est aujourd’hui la responsabilité qui nous est confiée.
Amen
Merci, cher James Woody, pour cette prédication éclairée par les lumières de l’expérimentation, de l’étonnement, de la surprise… Quoi de mieux pour sortir des « nuits incertaines » – l’expression est belle – que nous traversons si souvent.
Merci pour ce nouveau mot, aussi beau et difficile à prononcer qu’ « anticonstitutionnellement ».
Et la prochaine fois que vous réaborderez le thème lors d’un futur sermon.
Une année où le 2 février tombera un dimanche par exemple.
N’oubliez pas de citer « un jour sans fin », the « Groundhog day ». »Salut les campeurs!… »
Et haut les coeurs ! n’oubliez pas vos bottes parce que ça caille… sourire
Bravo, je vois que l’on connaît ses classiques….