Dieu joue-t-il à cache-cache ?

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Esaïe 45:14-17

14 Ainsi parle l’Éternel: Les gains de l’Égypte et les profits de l’Éthiopie, Et ceux des Sabéens à la taille élevée, Passeront chez toi et seront à toi; Ces peuples marcheront à ta suite, Ils passeront enchaînés, Ils se prosterneront devant toi, et te diront en suppliant: C’est auprès de toi seulement que se trouve Dieu, Et il n’y a point d’autre Dieu que lui. 15 Mais tu es un Dieu qui te caches, Dieu d’Israël, sauveur ! 16 Ils sont tous honteux et confus, Ils s’en vont tous avec ignominie, Les fabricateurs d’idoles. 17 C’est par l’Éternel qu’Israël obtient le salut, Un salut éternel; Vous ne serez ni honteux ni confus, Jusque dans l’éternité.

Chers frères et sœurs, c’est ce verset biblique qui est à l’origine de la formule latine « Deus absconditus ». La traduction de ce verset, dans la Vulgate, donne ceci : vere tu es Deus absconditus Deus Israhel salvator – « vraiment tu  es Dieu, un Dieu abscons, sauveur d’Israël ». Ceux qui sont familiers du philosophe Pascal et qui  ont lu ses Pensées, auront croisé des réflexions à ce sujet. Cette traduction latine aura probablement jeté bien des croyants dans une forme de trouble préjudiciable, laissant imaginer que Dieu soit abscons. Cela favorise l’idée selon laquelle Dieu serait incompréhensible, que la religion serait un « truc » trop compliqué et la théologie quelque chose de profondément obscur dont il n’y a pas lieu de s’intéresser. Voyons avec le prophète Ésaïe, qu’il n’est pas du tout question de cela.

  1. Dieu n’est pas caché, il se cache

Pour bien comprendre ce que le prophète Ésaïe veut nous expliquer, il convient, tout d’abord, de bien traduire ce verset clef. Le verbe SaTaR signifie caché et il est conjugué à une forme grammaticale qui intensifie le verbe et qui indique que l’action est faite pour soi-même – la conjugaison est au mode intensif réfléchi. Ainsi, Dieu n’est pas caché, il se cache. C’est en quelque sorte un acte délibéré de sa part. Il n’est pas caché parce que beaucoup d’autres choses le rendraient invisible. Il n’est pas non plus caché parce que nous aurions bien d’autres choses en tête et que nous ne le voyons plus (cela peut arriver, mais le texte ne parle pas de cela).

Dieu se cache, délibérément. Et pour bien insister, le rédacteur a utilisé un verbe à la forme intensive que nous pourrions peut-être rendre à l’oral par « Dieu se planque ». Il fait vraiment exprès de se cacher : il se planque comme un criminel essayant d’échapper à la justice ou comme un témoin gênant qui ne doit pas être trouvé par les assassins lâchés à ses trousses.

Comment comprendre que Dieu se cache ? Pourquoi se cache-t-il ? C’est tout l’intérêt de ce passage biblique qu’il faut replacer dans son contexte, celui de l’histoire biblique du salut, puisque ce verset parle non seulement du Dieu qui se cache (‘El Mistatar), mais aussi du Dieu qui est le sauveur d’Israël.

  1. Lorsque la face de Dieu est cachée

Ce n’est pas le narrateur qui dit que Dieu se cache. Ce sont les peuples qui vont se prosterner devant l’Éternel qui disent cela de lu. Il ne faut donc pas prendre cette déclaration pour un énoncé théologique qui tient lieu de vérité dernière sur Dieu. Cette phrase, mise dans la bouche de gens qui se soumettent à Dieu est une confession de foi de nouveaux convertis – et pas forcément des convertis de bon cœur.

Allons un peu plus loin dans l’observation de qui parle et des circonstances de cette affirmation du Dieu qui se cache. Égyptiens, Kushites (Éthiopiens) et Sabéens (même zone géographique) sont désormais dans les chaînes et ils s’interrogent sur leur nouvelle situation, comme les Hébreux peuvent l’avoir fait au moment de la chute de Jérusalem face à Babylone, lorsque les Hébreux ont été réduits à l’état d’esclaves en emmenés vers Babylone. Où était Dieu quand Nabuchodonosor assiégeait Jérusalem ? Et où était-il quand la ville a été prise et le temple détruit ? Où était Dieu quand une partie de la population a été déportée ? La question a été reformulée depuis : « Où est Dieu ? » a été crié dans un camp de concentration.

L’expérience du peuple hébreu est celle d’un Dieu qui se cache, qui n’intervient pas, qui n’a rien fait pour empêcher la chute de Jérusalem. L’expérience du Dieu qui se cache, c’est l’expérience de la face de Dieu qui nous serait cachée. Non seulement Dieu est incompréhensible – c’est la face cachée de Dieu – mais Dieu ne se montre pas, il n’est pas visible dans le cours de l’histoire – donc il se cache. Si Dieu ne se cachait pas, on le verrait à l’œuvre. Il serait à côté des pauvres qui manquent de tout. On le verrait sur les champs de bataille pour instaurer la paix. Il serait dans les chambres d’hôpital avec ceux qui sont malades, ceux qui souffrent etc.

Mais on ne voit Dieu nulle part. On ne le voit pas là où on l’attendrait. Il n’est manifestement pas là où il faudrait. L’expérience des croyants est que Dieu se cache. Dieu ne répond pas présent pour faire face aux problèmes. Dieu est irresponsable. Bien des psaumes disent ce sentiment d’absence de Dieu, ce sentiment d’abandon par Dieu. L’expérience de Dieu est d’abord l’expérience du silence de Dieu et de son invisibilité dans notre existence.

  1. La présence salvatrice dans l’épreuve l’absence

En réalité, si Dieu se cache, c’est à cause de nous. Non pas qu’il voudrait fuir loin de nous parce qu’il en aurait assez de nous. Non pas que Dieu se détourne de ses responsabilités et se mette en grève de miséricorde. Si Dieu se cache, c’est à cause de nous qui ne sommes pas vraiment en recherche de Dieu.

Pour le dire plus simplement, nous ne voyons pas Dieu car nous l’imaginons là où il n’est pas. Nous l’imaginons sous des traits qui ne sont pas les siens. Bref, il est là, devant nos yeux, mais nos yeux ne sont pas prêts à le reconnaître car nous pensons, à tort, que Dieu est semblable à nos idoles. Nous sommes comme les pharisiens qui discutent avec Jésus d’un enfant né aveugle (Jean 9) et qui en viennent à se dire qu’ils sont, eux aussi aveugles – ce qui est bien différent d’une cécité physiologique.

Voilà ce qu’explique le verset 16 : « Ils sont tous honteux et confus, Ils s’en vont tous avec ignominie, Les fabricateurs d’idoles ». Nous nous faisons un dieu sur mesure (quand ce ne sont pas plusieurs dieux). Nous nous faisons un dieu qui nous arrange, un dieu conforme à nos espoirs. Puis nous nous désolons que ce Dieu ne nous sauve pas, qu’il n’opère pas les prodiges que nous voulons. Alors nous imaginons que Dieu se cache, qu’il se voile la face, qu’il se planque.

Nous éprouvons l’absence de Dieu, parce que nous avons du mal à accepter que Dieu soit l’Éternel, le Dieu d’Abram qui n’a pas donné immédiatement un fils à sa postérité. Nous avons du mal à accepter le Dieu d’Isaac qui n’a pas retenu la main de son père au moment où il allait l’égorger, mais qui a appelé Abraham à sacrifier plutôt un bélier. Même chose avec le Dieu de Jacob qui ne l’a pas dispensé de se réconcilier avec son frère Ésaü. Nous avons du mal avec le Dieu de David qui n’a pas terrassé ses ennemis avant qu’ils l’attaquent, le harcèlent ou le contestent. Il n’en va pas autrement avec le Dieu de Jésus qui n’a pas détourné de lui la coupe mais lui a prodigué le courage d’être fidèle à sa vision du monde.

Oui, Dieu sauve, mais pas nécessairement comme nous l’imaginons. Imagine-t-on Dieu sauver Jésus en lui envoyant Judas Iscariote et Ponce Pilate ? Et pourtant Judas essaiera de sauver Jésus de la lapidation qui menace de toutes part en le livrant aux autorités judiciaires pour qu’il bénéficie d’une mesure conservatoire – un stratagème qui avait fonctionné quand Juda, le fils de Jacob, avait vendu son frère Joseph pour le sauver de la mort que ses frères voulaient lui infliger. Pilate, par trois fois, cherchera à libérer Jésus, dit l’évangéliste Jean. Mais il est vrai que l’Éternel n’est pas un Dieu tout puissant qui réussit à faire ce qui serait le plus juste dès le premier instant.

La création se fait, jour après jour, parole après parole, patiemment, certainement trop lentement, mais certainement. Certainement, l’Éternel est un Dieu qui se cache au sens où il n’est pas nécessairement là où nous l’imaginons, ni tel que nous l’imaginons. Souvenons-nous de ce que dit Jésus, selon Matthieu 25 : le Christ peut être présent sous les traits d’une personne qui a soif, qui est en prison…  Dieu est là, non pas où nous le voulons, mais là où nous en avons besoin, dispensant généreusement sa parole pour nous ressusciter, non pas de la manière que nous avons en tête, mais de la manière qui nous permettra de relever la tête.

Dieu n’est pas abscons ; Dieu est fécond de présences inattendues qui nous sauvent d’éternité en éternité.

Amen

2 commentaires

  1. Merci cher James. Excellent. L’absence de Dieu a toujours été une de mes grandes interrogations. Mais s’il était « présent », la vie serait insupportable. Bien à toi, Charles

  2. Qu’il se cache ne signifie pas qu’il soit absent.

    Une autre tradition dit même qu’il est plus proche de nous que notre veine jugulaire, ou une autre tradition encore dit que nous ne le chercherions pas si nous ne l’avions pas déjà trouvé.

    Nous pouvons supposer plusieurs raisons au fait qu’il se cache dont l’une serait un voile protecteur qu’il met entre lui et nous pour empêcher que, impréparés, nous soyons brûlés par sa vision directe. Ou encore qu’il se cache pour que nous le trouvions mieux.
    Il se cache encore pour ne pas nous décevoir, alors que nous ne le confondons avec nos désirs, nos attentes, notre tentation de posséder l’indicible.
    Il se cache enfin parce qu’il n’existe pas, ou, qu’à défaut de pouvoir en retrouver sa trace en nous ou dans notre prochain, il nous reste à le créer en nous et en eux.

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