Prier pour se désapproprier 2/5

Dans ce deuxième épisode avec Béatrice Soltner, nous continuons notre discussion autour de la prière.

Dans l’Évangile de Matthieu au chapitre 6, le Christ Jésus nous invite à ne pas reproduire le comportement des hypocrites qui « prient aux coins des rues pour être vus de tout le monde ». Tout au contraire, le Christ invite à s’enfermer dans une chambre et de prier Dieu qui est là dans le secret. Il n’est pas question ici de se couper du monde et de s’éloigner de notre réalité, mais bien de nous recentrer sur l’essentiel, à commencer par soi. La prière a un but très terre-à-terre et non pas le projet d’échapper à la vie.

Cette façon de faire libère l’expression de paroles qui ne pourraient être dites en présence d’autrui. La prière devient ce moment privilégié où nous nous libérons de nos habitudes sociales pour partager un moment avec le divin, tel le Grand-Prêtre dans le Saint des Saints du Temple, seul face à Dieu, à l’occasion de la fête de Yom Kippour.

S’octroyer une telle pause dans notre journée nous ouvre à la possibilité de réaliser à quel point nous sommes embarqués dans notre vie, ou si au contraire, c’est elle qui nous mène sans que nous ayons dit notre mot. La prière est un acte de prise de conscience qui peut mettre en exergue les barreaux de nos propres prisons ; elle autorise alors le travail de deuil qui consiste à sortir des situations pénibles. Ce travail permet de voir de quelle manière la résurrection est à l’œuvre dans notre vie.

Pour le dire avec Conficius, « nous avons deux vies, la seconde commence lorsqu’on se rend compte que nous n’en avons qu’une. »
La prière nous donne alors accès au καιρός, chaque moment où nous pouvons saisir la vie en plénitude, chaque moment où nous pouvons répondre « présent » aux opportunités qui se présentent à nous, et où nous pouvons porter notre vie à son incandescence.

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