Les voix de la paix

A l’occasion du vernissage de l’exposition des Voix pour la paix, à la mairie de Paris XVI, une table ronde a été organisée par le Rabbin Yann Boissière, réunissant Philippe Haddad pour le judaïsme, Hamdam Nadafi pour la communauté Baha’is, Najat Benali pour l’islam et votre serviteur pour le christianisme. Ce fut l’occasion de se dire ce qui a été fait pour favoriser les relations au-delà de nos communautés respectives.

Le rabbin Yann Boissière et le maire Jérémy Redler
Najat Benali, James Woody, Hamdam Nadafi, Philippe Haddad, Yann Boissière

Ce qu’on fait les protestants

  1. Rien : qui mette de l’huile sur le feu, qui blesse quiconque. Prudence, empathie

Réflexion : penser pour ne pas se laisser guider par ses seules émotions ou les pensées à la mode, les mouvements de masse. Exercer son esprit critique pour apporter une réponse personnelle aux défis actuels

Communion : reconnaissance que nous avons des choses en commun

Actions : changer les situations injustes ou insatisfaisantes

  1. R Groupes de réflexion dédiée (commission FPF avec principalement des pasteurs) Droit et liberté religieuse : couples protestant-musulman, colloque sur la place du pasteur et de l’imam dans la communauté, exposition européenne « Juifs et chrétiens : plus proches que tu ne le penses ? », travail sur le vocabulaire religieux. Colloque interne au protestantisme : comment parler avec les musulmans ?
  2. R Colloques intercuturels (ne pas limiter au religieux)
  3. R On se fait intervenir : échanges de chaire, dialogues/conférences, tables rondes
  4. R C Réunions des responsables religieux : Conférence des Responsables de Culte en France, Marseille Espérance etc., Déjeuner autour du Maire du XVIe
  5. C Invitations mutuelles pour des événements. Salon du livre, exposition, rupture du jeûne, installation pastorale
  6. A Echanges de pasteurs, de coopérants avec médiation culturelle
  7. A Couloir aérien pour accueillir des réfugiés (Liban) avec accompagnement des familles d’accueil
James Woody, Hamdam Nadafi, Philippe Haddad, Yann Boissière

Les ressources chrétiennes qui suscitent le dialogue interconvictionnel

James Woody
  1. Monothéisme (pas hénothéisme qui consiste à rendre un culte à un seul Dieu, mais qui considère qu’il y a d’autres dieux pour d’autres communautés) : perspective universelle, une seule humanité, un seul peuple, une seule famille
  2. La théologie, c’est la discipline qui cherche à élucider ce qu’il y a de fondamental pour chacun et pour nous tous. Identifier les idoles, c’est-à-dire les fake-news au sujet de ce qu’est la vie, ce qu’est être humain, ce qu’est vivre ensemble. Le sens que prend notre vie : révéler notre être commun, préalable au vivre ensemble.
  3. Textes bibliques rédigés selon une pluralité théologique. 4 évangiles, critique interne par des rédacteurs qui ne sont pas d’accord entre eux. Réécriture au fil des siècles (la Bible n’est pas tombée du ciel, elle est un long processus d’écriture et de réécriture).

Cela conduit à des lectures plurielles (lecture infinie). Cf. Ricoeur qui parle du conflit des interprétations qu’il faut maintenir ouvert.

  1. Pluralisme théologique consubstantiel au protestantisme. La pluralité qui perturbe tant les non protestants qui n’y comprennent rien à la galaxie protestante, est une richesse qui nous permet de nous entraîner à appréhender la pluralité de nos sociétés. Refus de la pensée unique. Principe du consensus différencié.
  2. Conversion : la conversion ce n’est pas seulement devenir croyant, ou changer de religion. C’est approfondir sa compréhension de la vie, de ce qui est essentiel, de ce que « Dieu » désigne. La spiritualité chrétienne est un chemin de conversion permanente. On ne craint pas de changer (on craint plutôt de se ficher en terre, d’être païen). On ne craint donc pas de changer en discutant avec quelqu’un.

Difficultés dont il faut tenir compte

  1. Chaque institution, chaque communauté cherche à sauver sa peau, à survivre, ou à se développer. Les institutions ne sont pas forcément les meilleures moyens de développer les coopérations intercommunautaires car il peut y avoir une forme de rivalité -> développer une perspective universelle, valoriser les initiatives des individus. Marché du religieux
  2. Les institutions sont toujours en retard par rapport à l’élan et aux initiatives des personnes.

 

Que pouvons-nous faire pour limiter la fragmentation de notre société

  1. Discuter sur nos différences : enseigner la société civile à parler de nos désaccords d’une manière apaisée. Les désaccords ne sont pas nécessairement des motifs suffisants pour cliver la société. La transcendance nous fait découvrir qu’il y a plus grand que nos désaccords. Apprendre à ne pas considérer que la vérité est du seul côté de ceux qui sont majoritaires. Par ailleurs, je peux avoir raison sans que l’autre ait tort.
  2. Rencontres et discussions au bas de l’échelle : ne pas laisser l’interreligieux ni l’interculturel aux responsables. Cela aiderait chacun à être témoin de son patrimoine et à le rendre vivant autour de lui, au quotidien.
  3. Se rencontrer pour pouvoir changer : éprouver nos convictions face à l’autre. Sommes-nous aussi sûrs de nous quand nous parlons de nos pratiques devant quelqu’un qui ne partage pas notre vision de la vie, du monde et, surtout, nos habitudes qui ne sont peut-être plus pensées. Réforme permanente.
  4. Participer à la vie ordinaire des autres. Non pas seulement les grandes occasions qui sont les plus spectaculaires, mais l’ordinaires des communautés, pour comprendre le quotidien de l’autre.
  5. Connaître le nom de 5 personnes de chaque communauté
  6. Faire des choses ensemble. Plutôt que disserter sur le vivre ensemble, faire des choses ensemble.
  7. Non pas la tolérance, mais la liberté. La tolérance, c’est accepter la présence de l’autre sans intéragir avec lui. C’est la présence de l’autre par défaut, sans vraiment l’accueillir. Rabaut Saint-Etienne : « Mais, Messieurs, ce n’est même pas la tolérance que je réclame : c’est la liberté. La tolérance ! (…) idée (…) souverainement injuste (…) envers les dissidents, tant qu’il sera vrai que la différence de religion, que la différence d’opinion n’est pas un crime. La tolérance ! je demande qu’il soit proscrit à son tour, et il le sera, ce mot injuste qui ne nous présente que comme des citoyens dignes de pitié, comme des coupables auxquels on pardonne, ceux que le hasard souvent et l’éducation ont amenés à penser d’une autre manière que nous. » 28 août 1789

L’exposition

En juin 2022 Yann Boissière et l’association « Les Voix de la Paix » ont organisé un voyage dans les territoires palestiniens et en Israël, de manière à mieux comprendre la situation et rencontrer les artisans de paix.

La photographe Karine Bouvatier a capté l’intensité de ces moments, montrant que les oppositions fratricides peuvent être dépassées, ce que les textes de Yann Boissière mettent en mots. La réalisation graphique est le fruit du travail de l’atelier Grizou.

A voir jusqu’au 6 mai à la mairie de Paris XVI, 71 avenue Henri Martin

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.