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1 Corinthiens 9/24-27
24 Ne savez-vous pas que ceux qui courent dans le stade courent tous, mais qu’un seul remporte le prix ? Courez de manière à le remporter. 25 Tous ceux qui combattent s’imposent toute espèce d’abstinences, et ils le font pour obtenir une couronne corruptible; mais nous, faisons-le pour une couronne incorruptible. 26 Moi donc, je cours, non pas comme à l’aventure; je frappe, non pas comme battant l’air. 27 Mais je traite durement mon corps et je le tiens assujetti, de peur d’être moi-même rejeté, après avoir prêché aux autres.
Version King James révisée : 24 Do you not know that those who run in a race all run, but one receives the prize? Run in such a way that you may obtain it. 25 And everyone who competes for the prize is temperate in all things. Now they do it to obtain a perishable crown, but we for an imperishable crown. 26 Therefore I run thus: not with uncertainty. Thus I fight: not as one who beats the air. 27 But I discipline my body and bring it into subjection, lest, when I have preached to others, I myself should become disqualified.
Chers frères et sœurs, l’important, ce n’est pas de participer. L’important c’est de viser la victoire.
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Discipline et liberté
L’apôtre Paul n’aurait manifestement pas été d’accord avec Pierre de Coubertin à qui on prête la maxime : « l’important, c’est de participer ». Dans la réalité, Coubertin reprend une phrase d’un sermon prononcé par l’archevêque de Pennsylvanie à saint Paul (Londres) en juillet 1908. Le 24 juillet de cette année, il déclare : « l’important, dans la vie, ce n’est point le triomphe, mais le combat ; ce n’est pas d’avoir vaincu, mais de s’être bien battu. » Cela tranche déjà avec cette maxime des jeux olympiques modernes qu’on se répète et qui ne correspond pas, en effet, à la vision chrétienne de la vie.
Elle semble pourtant bien mignonne cette affirmation selon laquelle ce qui compte, ce n’est pas tant la victoire que de prendre sa part à la vie commune. Il y a même la possibilité d’entendre une consolation pour tous ceux qui ne gagneront pas de médaille – il y en aura une majorité. Rapporté à notre vie personnelle, la phrase attribuée à Coubertin pourrait nous consoler de n’être que ce que nous sommes, de ne pas réussir tout ce que nous entreprenons. Elle permettrait de se dire que, finalement, comme à l’école des fans de Jacques Martin, tout le monde a gagné aux yeux de Dieu, dans la mesure où tout le monde a participé.
Paul nous dit que la vie nécessite une discipline rigoureuse. Il dit, textuellement, qu’il faut faire main basse sur notre corps (upo-piazo) et qu’il faut le rendre esclave (doulagogeo) – doulos, c’est l’esclave. Avec Paul, le temps des vacances ne doit pas être sacrifié à la société de consommation, la société qui consiste à consommer des loisirs, du divertissement. Cela rejoint le constat de la philosophe Hannah Arendt qui observa une société qui n’utilisait plus les temps libres pour découvrir le monde, pour apprendre de nouveaux savoirs, pour progresser, mais pour consommer du loisir. Ce faisant, les consommateurs de loisirs deviennent passifs et ne sont plus en mesure de pouvoir être acteurs dans la société. Ils ne sont même plus acteurs de leur propre vie.
C’est contre cela que l’apôtre Paul veut lutter en s’inspirant de l’athlète qui ne peut pas se laisser aller s’il veut remporter le prix. Pour être acteur de la course de sa vie, pour ne pas subir, il doit s’entraîner, rigoureusement. Il doit faire main basse sur son corps, sur son être, pour en garder le contrôle. S’il ne le fait pas, le sportif ne sera pas libre de mener la course comme il le souhaite. Ce que Paul nous fait comprendre, c’est que la véritable liberté, c’est le pouvoir qu’on exerce sur soi. Pas de discipline personnelle = pas de liberté personnelle. Contre l’idée que la plus grande des libertés c’est de n’avoir aucune contrainte, de ne rien s’imposer, de pouvoir se laisser aller, la théologie chrétienne oppose la discipline, la rigueur.
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Néant vs avenir
Cette discipline chrétienne se traduit aussi bien par l’importance de la loi dans la Bible, que par l’abondance de règles dans la tradition chrétienne (règle bénédictine ; règle de Reuilly, de Pomeyrol ou des Veilleurs, en protestantisme). Cette discipline a un but qui est, justement, de pouvoir avoir un but dans la vie. Paul le dit bien : il ne court pas sans but. De même, il ne boxe pas dans l’air. Il a un but, une finalité, un horizon vers lequel il tend. Autrement dit, la discipline personnelle permet à Paul de donner du sens à sa vie. Cela donne du sens à sa vie justement parce qu’il ne se contente pas de participer, mais qu’il vise la victoire.
Se contenter de participer, c’est faire acte de figuration. Et, au bout du compte, il n’y a pas de victoire, mais l’élimination. La traduction anglaise du verset 27 parle de « disqualification ». C’est une métaphore sportive qui annonce le néant, l’absence d’avenir. Ne pas viser la victoire, c’est se contenter de ce qui est immédiatement disponible. Or cela n’aide pas à faire advenir les lendemains auxquels nous aspirons. Pour qu’il y ait de l’avenir, un avenir souhaitable, empreint de qualités évangéliques, il faut viser la victoire, la réussite.
Quand le peuple hébreu cesse de viser la terre promise et qu’il veut se contenter de ce qui est à portée de main (Nb 12-13), il se met à tourner en rond dans le désert et il en meurt. Quand nous n’avons aucune ambition, nous nous laissons porter par le cours des événements et nous finissons par nous échouer. Ceux qui font du kayak savent qu’il faut viser l’endroit qu’ils veulent atteindre et pagayer de manière à se déplacer plus vite que le courant pour ne pas se laisser emporter là où il n’y aura pas d’avenir. C’est tout particulièrement vrai quand il s’agit de passer les portes rouges des épreuves de kayak qui doivent être franchies à contre-courant.
Ne rien viser, ne pas imprimer de rythme, ne pas donner du sens à nos journées, se contenter d’être dans le vent… c’est avoir un destin de feuille morte.
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Corruptibilité et vie éternelle
La discipline personnelle nous rend libre. Donner du sens, viser la victoire, nous évite le néant. Le troisième enseignement que je retire de ce passage biblique est l’opposition que l’apôtre Paul fait entre périssable et impérissable.
Il y a un point où Paul se distingue de la pratique sportive, c’est au sujet de ce qui est gagné. Les sportifs des jeux olympiques qui auront gagné un prix, une médaille, à défaut de gagner encore une couronne de lauriers, auront reçu quelque chose de périssable, de corruptible. Au fond, une médaille, ça ne dure qu’un temps. Ca ne remplit pas une vie. Et bien des sportifs qui ont tout misé sur une médaille, sur un titre de champion, se retrouvent bien dépourvus lorsque vient l’hiver de la vie.
Oui, il faut viser, et viser haut. Oui, il faut avoir la gagne en ligne de mire. Mais tout ce que l’on vise n’a pas la même valeur. D’ailleurs, la vie se sépare en deux catégories : ce qui a un prix et ce qui a une valeur. Ce qui a un prix, c’est ce qui peut s’acheter. C’est ce qui peut s’échanger. Ce qui a une valeur, au contraire, c’est ce qui est sans prix. C’est ce qui n’est pas commercialisable. La dignité humaine est de cet ordre-là, en théologie. La dignité, parce qu’elle n’a pas de prix, mais une valeur, ne s’achète pas. Elle ne peut pas être corrompue – sauf à la dévaluer et à en faire un bien de consommation.
Voilà pourquoi Paul développe une théologie de la grâce et non une théologie des œuvres. Si nous pensons que notre dignité dépend de ce que nous faisons ou de ce que nous accomplissons, alors, notre dignité sera comme toutes les œuvres humaines : périssable, corruptible. Au contraire, la grâce de Dieu révèle que notre dignité ne dépend pas de nos œuvres, ni des prix qu’on peut amasser durant notre vie, et qui finiront poussière, un jour ou l’autre. Notre dignité est infinie parce qu’elle se fonde en Dieu qui donne à notre vie une valeur ultime. C’est la raison pour laquelle Paul distingue le héros du stade du héros de Dieu. Le sportif vise la victoire, et la médaille qu’il recevra lui donnera le sentiment d’avoir une valeur. Le croyant, parce qu’il a une valeur infinie aux yeux de Dieu, vise la victoire pour orienter sa vie dans le sens de la vie éternelle, c’est-à-dire une vie dont la qualité est infinie – ce qu’on appelle aussi le Royaume de Dieu.
Il y a cent ans, à Paris, ce presbytérien écossais qui allait devenir pasteur, Eric Liddell, s’était entraîné pour courir le 100 mètres. Mais la course avait lieu un dimanche et cela était contraire à sa pratique religieuse. Il s’aligna donc sur des distances plus longues et il remporta le 400 mètres, établissant au passage un nouveau record : 47,6 secondes. Il avait en lui la gagne et ne s’était pas laissé abattre par le problème de calendrier car il savait, devant Dieu, quelle était sa véritable valeur ; il savait qu’il était capable de transcender une situation a priori fâcheuse.
D’un point de vue théologique, la petite phrase bien gentille que nous prêtons à Coubertin est remplacée par la perspective de Paul : « courez donc de manière à recevoir le prix », le prix de la victoire. Est-ce que cela signifie qu’il n’y aura qu’un seul gagnant dans la course de la vie ? Non, l’apôtre Paul ne dit pas que la spiritualité chrétienne est un jeu à la fin duquel il n’en reste qu’un. Paul se démarque de la compétition sportive en distinguant la victoire dans le stade, qui est périssable, de la victoire spirituelle qui est, elle, impérissable.
Paul ne dit pas que l’important est de participer. Paul ne nous fixe pas comme objectif de faire de la figuration. Il ne s’agit pas d’amuser la galerie et de distraire la foule. Paul nous recommande de nous entraîner en vue de la gagne. C’est le moyen par lequel on reste libre. C’est le moyen par lequel on lutte contre le néant. C’est le moyen par lequel on vit à la hauteur de notre dignité divine.
Amen
Offrande
Pour l’offrande, nous pouvons également nous inspirer de l’apôtre Paul et penser à Nadia Comaneci. La gymnaste remporta sept fois un 10, ce que le panneau d’affichage de l’époque n’était pas en mesure de faire. Le panneau afficha donc 1.00. Il nous est possible de ne pas nous contenter de participer à la vie financière de la paroisse, mais de viser la cible – et bloquer le compteur de notre trésorier. Merci pour votre soutien, même pendant les congés.
Il suffit de cliquer sur ce lien DONNER ou d’utiliser le QR code sur la droite du site —>
Merci de vous
Loin de votre incarnation de la parole vécue à Montpellier merci de nous permettre de naviguer encore …
Claudine
Oui, c’est un avantage des nouvelles technologies : nous pouvons garder plus facilement le contact.
Cordialement, James