L’espérance, la révélation de ce qui est juste et de nos capacités à œuvrer en ce sens


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Juges 6/6-17
6 Israël fut très malheureux à cause de Madian, et les enfants d’Israël crièrent à l’Éternel. 7 Lorsque les enfants d’Israël crièrent à l’Éternel au sujet de Madian, 8 l’Éternel envoya un prophète aux enfants d’Israël. Il leur dit: Ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël: Je vous ai fait monter d’Égypte, et je vous ai fait sortir de la maison de servitude. 9 Je vous ai délivrés de la main des Égyptiens et de la main de tous ceux qui vous opprimaient; je les ai chassés devant vous, et je vous ai donné leur pays. 10 Je vous ai dit: Je suis l’Éternel, votre Dieu; vous ne craindrez point les dieux des Amoréens, dans le pays desquels vous habitez. Mais vous n’avez point écouté ma voix. 11 Puis vint l’ange de l’Éternel, et il s’assit sous le térébinthe d’Ophra, qui appartenait à Joas, de la famille d’Abiézer. Gédéon, son fils, battait du froment au pressoir, pour le mettre à l’abri de Madian. 12 L’ange de l’Éternel lui apparut, et lui dit: L’Éternel est avec toi, vaillant héros ! 13 Gédéon lui dit: Ah ! mon seigneur, si l’Éternel est avec nous, pourquoi toutes ces choses nous sont-elles arrivées ? Et où sont tous ces prodiges que nos pères nous racontent, quand ils disent: L’Éternel ne nous a-t-il pas fait monter hors d’Égypte ? Maintenant l’Éternel nous abandonne, et il nous livre entre les mains de Madian ! 14 L’Éternel se tourna vers lui, et dit: Va avec cette force que tu as, et délivre Israël de la main de Madian; n’est-ce pas moi qui t’envoie ? 15 Gédéon lui dit: Ah ! mon seigneur, avec quoi délivrerai -je Israël ? Voici, ma famille est la plus pauvre en Manassé, et je suis le plus petit dans la maison de mon père. 16 L’Éternel lui dit: Mais je serai avec toi, et tu battras Madian comme un seul homme. 17 Gédéon lui dit: Si j’ai trouvé grâce à tes yeux, donne -moi un signe pour montrer que c’est toi qui me parles.

Le sentiment religieux trouve toujours plus de vigueur quand les temps sont durs. Rien de tels qu’une situation sociale tendue ou, mieux, une guerre, pour garnir les bancs d’un édifice cultuel. Quand la vie est dure et qu’on ne voit guère de solutions à nos problèmes, il reste Dieu. Il reste le culte et la prière pour demander du secours.

C’est ce que fait le peuple hébreu dans ce passage biblique. Le peuple souffre des razzias pratiquées par l’ennemi, Madian. Alors Israël se met à prier. Et Dieu répond. Il envoie un prophète auprès des Israélites. Il enverra ensuite un ange auprès de Gédéon. Voilà qui pourrait nous conforter dans l’idée qu’il suffit de demander à Dieu de nous aider pour qu’il règle nos problèmes. Dans ce cas, notre espérance serait en Dieu, Dieu qui nous sauve des ennemis, Dieu qui nous délivre des situations pénibles.

Mais cette espérance serait dans quel Dieu, au juste ? Pas dans l’Éternel ; pas le Dieu qui se rend présent auprès du peuple. Parce que dans ce texte, Dieu ne résout rien du tout. Si je devais le dire d’une manière lapidaire, je résumerais ce passage en constatant que Dieu répond au peuple : débrouillez-vous tout seul. Débrouillez-vous tout seul parce que vous avez tout ce qu’il vous faut pour venir à bout de vos problèmes.

Le prophète qui est envoyé auprès des Fils d’Israël fait une piqûre de rappel en racontant l’histoire qui a suivi l’esclavage en Égypte. Dieu a délivré son peuple de la main de tous ses oppresseurs. Puis le peuple n’a pas obéit à Dieu qui a demandé de ne pas craindre les dieux des Amoréens, dans le pays desquels ils allaient habiter. À ce moment du récit, on peut se dire qu’Israël n’a pas écouté la parole de Dieu et que c’est donc sa punition d’être dominé par les Madianites. Dans ce cas, le peuple aurait crié et Dieu lui aurait fait répondre : tant pis pour vous, il ne fallait pas désobéir à mes commandements. Nous aurions, dans ce cas, une espérance déçue. Pour être plus précis, on aurait des Israélites qui fondaient beaucoup d’espoirs dans une aide divine, mais cette aide se transforme en reproche : il ne fallait pas vous comporter si mal.

Toutefois, l’histoire continue. Et elle montre un autre visage de Dieu : non pas un Dieu qui châtie, non pas un Dieu qui fait à la place des autres, mais un Dieu qui révèle. Un messager de la vie divine rencontre un petit gars, Gédéon, qui n’a aucun titre, aucune gloire, aucun mérite. On apprendra que sa parenté est la plus pauvre en Manassé et qu’il est le plus petit de la maison de son père. Mais c’est ce moins que rien que le messager divin vient rencontrer. Il se présente et Gédéon lui répond aussitôt par une lamentation qui se conclut par « l’Éternel nous abandonne et nous livre dans les mains de Madian ». Gédéon est le digne héritier du peuple qui râle et se plaint que Dieu ne fasse rien pour arrange les choses. Gédéon semble avoir intégré que Dieu se moque de l’avenir du peuple, alors qu’il avait été tellement présent avec plein de prodiges pour faire monter le peuple hors d’Égypte.

La réponse de l’ange va réformer la théologie de Gédéon. La réponse de l’ange va l’aider à changer son image de Dieu et à mieux comprendre la part que Dieu prend dans notre histoire et, du même coup, dans notre avenir. Cela va lui permettre de repenser ce que nous appelons l’espérance.

La réponse de l’ange, c’est la réponse de Dieu qui dit à Gédéon : « va avec cette force que tu as, et tu sauveras Israël de la main de Madian ». La réponse de Dieu n’est donc pas une fin de non recevoir. Dans cet épisode, Dieu ne répond pas : « tant pis, vous n’aviez qu’à m’écouter ». Mais il ne répond pas non plus : « entendu, je m’en occupe, ne bougez pas, ne touchez à rien ». La réponse divine indique que ce n’est pas l’espérance d’Israël qui est déçue, mais son espoir.

L’espoir d’Israël, c’était que Dieu se charge, seul, de régler le problème du moment. Israël était comme un nouveau-né qui attendait tout de sa mère toute puissante. Mais la terre promise n’est pas une nursery. Le peuple de Dieu doit donc laisser ses espoirs d’un Dieu tout puissant mourir, pour que ressuscite l’espérance d’une vie selon Dieu qui advient par l’implication personnelle des gens.

Si l’espoir était que Dieu ferait disparaître le problème madianite, l’espérance consiste désormais à repérer ce qui est souhaitable (la délivrance) et à repérer aussi ce que nous allons pouvoir entreprendre pour que cette délivrance devienne réalité.

Dieu révèle à Gédéon qu’il est capable de faire face à ce qui arrive. Dieu a suscité le désir d’une vie bonne. Il va maintenant susciter la confiance, la foi, de telle sorte que Gédéon soit personnellement saisi par l’avenir et qu’il ne délègue pas cet avenir à un Dieu fantasmé qui ne pourrait rien pour lui. Dieu révèle à Gédéon qu’il a en lui ce qui lui est nécessaire pour affronter les difficultés et pour œuvrer dans le sens de ce qui est juste. En somme, Dieu dit à Gédéon : « la force est avec toi ». Tu n’es pas un padawan qui aurait tout à attendre des autres ou de ton Dieu. Je suis l’Éternel ton Dieu, qui suscite en toi une sensibilité exacerbée envers ce qui est juste, ce qui peut être l’objet de ton espérance, et je suis l’Éternel ton Dieu qui révèle tes capacités et les points d’appui qui sont autour de toi pour que tu te lances dans l’aventure de la vie : non pas que tu sois soumis à l’histoire qui arrive, mais que tu sois acteur de l’avenir que ton espérance a repéré comme étant ce qu’il est juste de vouloir. C’est ainsi que je te délivre, dit Dieu à Gédéon. C’est ainsi que je te délivre, dit Dieu à chacun d’entre nous, lorsque nous sommes pris par les tourments, par l’inquiétude, par l’angoisse, par l’hésitation. C’est ainsi que je libère, en te délivrant de tes craintes, en te délivrant de la mauvaise image que tu as de toi-même, en te délivrant de ce que d’autres ont dit de toi pour t’humilier, pour te rendre plus petit que ce que tu es en vérité. Je te délivre en libérant ton énergie, en libérant ta créativité, en libérant ton intelligence pour agir dans le sens de ce qui est maintenant ton espérance.

Amen

Suite de la semaine de Pâques : mercredi 27 mars

18h00 temps cultuel

18h30 conférence de Caroline Fourgeaud-Laville sur l’espérance dans la culture grecque

 

Temple 25 rue de Maguelone – Montpellier

 

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