Le samedi de Pâques, moment de déréliction

Le samedi de Pâques qui succède au vendredi de la crucifixion de Jésus est un jour de silence et de doute. C’est un jour pour éprouver l’incertitude, la possible absence de Dieu, la possibilité du non-être, de l’absurde.

C’est le jour où la mystique chrétienne, cette voie de la spiritualité qui espère l’intimité avec Dieu, avec le réel de la vie et non avec les faux-semblants, prend particulièrement au sérieux l’inquiétude que provoque la mort. Serait-elle le signe que tout ceci n’a pas vraiment de sens, qu’il est illusoire de chercher le bonheur ou de vouloir transcender notre condition humaine marquée par la fragilité ?

C’est le jour pour l’économie des mots et la générosité de la méditation intérieure. Revisitons notre condition humaine que les réformateurs protestants du XVIè siècle rappelaient être une condition pécheresse – l’homme pécheur et pardonné. Pour cela, profitons des réflexions portée par le peintre Montpelliérain Vincent Bioulès (1938 – ) dans son journal, à différentes périodes autour de Pâques. Elles nous accompagneront dans notre exploration de la possible absence de Dieu. Puis nous nous mettrons à l’école du théologien Dietrich Bonhoeffer (1906 – 1945), pasteur allemand qui a résisté au régime nazi, qui a été arrêté, qui est mort en camp d’internement en avril 1945 et qui offre une profession de foi utile pour que notre méditation ne soit pas une déploration infinie.

Vincent Bioulès

1991
27 mars

« Réveil à 5 h, réveillé par un rêve à la limite du mauvais rêve… Soudain je découvre le cloaque qui est en moi, mes incohérences, ma solitude absolue, cet état d’abandon premier qui me font hurler d’amour et du désir de l’autre… Je découvre aussi ma cruauté, cette abomination de pouvoir être un meurtrier, un bourreau… Et je découvre aussi et terrible le silence de Dieu alors que je me cramponne à cette petite bouée de la prière qui me permet de flotter sur l’abîme. »

16 avril

« L’irruption de l’Esprit Saint en nous est le début d’une aventure unique et sans pareille. La difficulté, ma difficulté est de m’abandonner vraiment à Lui, de me laisser guider, de ne pas être l’auteur conscient et volontaire de ce qui s’opère en moi. Voyage à l’intérieur de soi. L’angoisse comme aventure. »

1992
17 avril. Good Friday

« Avec Dieu impossible de se prendre au sérieux parce que justement tout est absolument sérieux.

« Il est 2h30. Le Christ va rendre l’Esprit dans une demi-heure à cause de moi et pour moi et nous sommes des milliards à pouvoir le dire. L’essentiel est d’observer humblement les transformations que l’Esprit Saint fait naître en nous par l’intermédiaire de nos qualités objectives qui sont à considérer avec beaucoup de simplicité, tel un don gratuit qui nous est fait et dont nous sommes les dépositaires, mais aussi au travers de nos déficiences et de nos péchés. Jusque dans le péché, l’Esprit Saint est là pour nous tenir la main et nous proposer d’en sortir. Il guide notre jugement et brusquement nous découvre nos vraies faiblesses tenues cachées par nos péchés officiels, ce perchoir qui a le mérite de rabattre notre caquet. »

2002
23 mars

« La prière est un lieu, un espace. Lorsque nous entrons en prière, en prière de louange, de demande ou plus simplement de contemplation intime, d’interrogation, de dialogue, nous pénétrons dans un lieu où Dieu nous accueille et nous protège. La puissance de Dieu et sa tendresse élèvent autour de nous des clôtures infranchissables comme les massores montent la garde autour du texte sacré. Ainsi pouvons-nous rejoindre intimement ceux dont nous sommes séparés, ainsi pouvons-nous à notre tour les protéger, les accueillir dans la chaleur de notre amitié, les assurer de notre tendresse. Ne croiraient-ils pas en Dieu comme on dit – mais que veut dire “croire” – qu’ils retrouvent à distance et par des voies essentiellement mystérieuses plus de confiance en eux et en nous et qui est à la fois le reflet et le signe de la confiance que Dieu nous accorde sans limites et sans fin. »

Vincent Bioulès
Pic Saint-Loup, face nord
2019

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Dietrich Bonhoeffer

Je crois que Dieu peut et veut faire naître le bien à partir de tout, même du mal extrême. Aussi a-t-il besoin d’hommes pour lesquels « toutes choses concourent au bien ».

Je crois que Dieu veut nous donner chaque fois que nous nous trouvons dans une situation difficile la force de résistance dont nous avons besoin. Mais il ne la donne pas d’avance, afin que nous ne comptions pas sur nous-mêmes, mais sur lui seul. Dans cette certitude, toute peur de l’avenir devrait être surmontée.

Je crois que Dieu n’est pas une fatalité hors du temps, mais qu’il attend nos prières sincères et nos actions responsables et qu’il y répond.

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Vincent Bioulès, Journal (1972 – 2018) « Dieu, les autres, les femmes, la peinture, la vie enfin… » , Montpellier, Editions Méridianes (coll. Quadrant), 2019.

2 commentaires

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