Tout est bien qui commence bien


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Luc 1/39-45
39 Dans ce même temps, Marie se leva, et s’en alla en hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda.  40 Elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth.  41 Dès qu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein, et elle fut remplie du Saint-Esprit.  42 Elle s’écria d’une voix forte: Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni.  43 Comment m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi ?  44 Car voici, aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mon oreille, l’enfant a tressailli d’allégresse dans mon sein.  45 Heureuse celle qui a cru, parce que les choses qui lui ont été dites de la part du Seigneur auront leur accomplissement.

Chers frères et sœurs, nous voici dans la dernière ligne droite avant la naissance de Jésus. Avec ce passage de l’évangile de Luc, nous allons profiter des derniers éléments qui vont nous permettre de faire bon accueil à celui qui va naître. Ces éléments consistent à nous renseigner un peu plus précisément sur son identité et sur le sens de sa venue au monde.

  1. Jésus le lévite

Tout d’abord, la rencontre entre Marie et sa cousine Elisabeth nous permet de compléter l’arbre généalogique de Jésus. Si, du côté de Joseph, les choses sont assez claires puisqu’il s’agit de montrer que Jésus est un descendant de David, de la tribu de Juda, la visite de Marie à Elisabeth nous permet de prendre conscience que, du côté de Marie, la filiation est bien différente. Elisabeth est l’épouse de Zacharie, qui est prêtre au temple de Jérusalem. Cela signifie qu’Elisabeth est de la tribu de Lévi – la tribu dont les hommes sont prêtres. Marie étant sa cousine, elle est elle-même de la tribu. Son fils pourra, par conséquent, revendiquer une filiation lévitique.

Que Jésus soit de la tribu de Lévi a deux conséquences majeures. La première conséquence est qu’il sera prêtre. L’évangéliste Matthieu l’indiquera par la mention du don de l’encens par les mages venus adorer l’enfant. L’encens symbolise la prière, c’est un élément caractéristique du prêtre qui en fait usage pour indiquer l’ambiance de prière qui règne dans le temple. Que Jésus soit prêtre indique qu’il sera particulièrement à même de rendre Dieu disponible. Le prêtre a pour fonction de gérer le sacré, c’est-à-dire de permettre la proximité entre le peuple et Dieu. Organisation des fêtes religieuses, des liturgies, de la pratique des sacrifices… Les prêtres ont la responsabilité des rituels qui permettent au peuple de vivre dans l’intimité de la divinité. Les textes de la Bible hébraïque ne manquent pas de rappeler que la présence de Dieu ne va pas de soi, qu’elle provoque non seulement la crainte, mais qu’elle est délicate à manier. Dans une certaine mesure, les prêtres gèrent le sacré avec la même vigilance que des ingénieurs gèrent le nucléaire : c’est à la fois puissant et très dangereux.

En étant de la tribu de Lévi, Jésus portera en lui la responsabilité d’organiser la rencontre entre Dieu et les humains ; il aura la responsabilité que Dieu s’incarne dans l’histoire. Et il aura la charge de réguler cette présence du sacré dans la vie des hommes. Nous savons à quel point la religion peut rendre fou, à quel point elle peut être utilisée pour lever des foules fanatiques et les lancer dans des projets inhumains. Nous savons à quel point la religion peut être utilisée pour prendre le pouvoir et asseoir son emprise sur les personnes. C’est la raison pour laquelle il y a toujours eu des prêtres, des professionnels de la religion : pour aider à réguler le champ religieux, pour faire en sorte que la religion ne tombe pas aux mains des assoiffés de pouvoir. Ce sera, effectivement, l’un des aspects du ministère de Jésus : rendre Dieu disponible à ses contemporains, tout en veillant à ce que la religion ne devienne pas un moyen d’aliénation. Il aura fort à faire avec les tenants de la religion qui, déjà à son époque, avait confisqué une part de la religion pour favoriser leurs intérêts personnels.

Le conflit récurrent entre Jésus et les responsables politiques de son époque tient, probablement, à la deuxième conséquence du fait que Jésus soit de la tribu de Lévi : il peut donc prétendre au poste de Grand prêtre – ce qui, vous vous en doutez, n’était pas du goût du Grand prêtre de l’époque qui intriguera tout ce qu’il pourra pour obtenir la condamnation à mort de Jésus qui n’était autre que son rival. Que Jésus puisse devenir Grand prêtre est à mettre en relation avec la fonction du Grand prêtre qui était notamment de présider aux cérémonies du Yom Kippour, le jour du grand pardon, d’entrer dans le saint des saints et d’y prononcer le nom de Dieu, sommet de l’intimité entre Dieu et l’humanité. Ainsi, en un détail généalogique qui pourrait passer inaperçu, l’évangéliste Luc indique que Jésus est possiblement celui qui sera dans la plus grande proximité de Dieu et celui qui pourra agir en faveur du pardon de tous. Beau programme, non ?

  1. Puissance de vie

Nous apprenons également que le bébé que porte Elisabeth trésaille de joie en son sein lorsqu’approchent Marie et Jésus qui est également au stade de fœtus. Cela nous indique deux choses. La première est que Jésus ne laissera pas son monde indifférent. De fait, il est l’un de ceux qui auront le plus marqué l’histoire de l’humanité et dans un sens positif, il convient de le noter. Il est tellement facile de marquer le monde de sa cruauté. Les assassins, les tyrans, ont toujours plus de publicité que les bienfaiteurs de l’humanité. Il est notable que Jésus ne laisse pas indifférent et pour des motifs particulièrement positifs. Que Jean qui sera le baptiste qui est encore dans le sein maternel, donc entièrement occupé à devenir vivant, tressaille à l’arrivée Jésus, atteste que Jésus est porteur d’une puissance de vie phénoménale. Cela met en évidence la qualité de Jésus qui sera de manifester un amour qui ajoutera de la vie à la vie, qui intensifiera la vie de celles et ceux qu’il croisera.

Par ailleurs, cette réaction du futur Jean révèle que la venue au monde de Jésus est une bonne nouvelle. Nous ne devrions pas l’oublier. Nous ne devrions jamais oublier que Noël et ce qui s’ensuivra, qui est dans le prolongement direct de ce que tout lecteur peut découvrir dans la Bible hébraïque, constitue une vaste prédication de l’évangile, c’est-à-dire la proclamation d’une bonne nouvelle. Pour l’heure, rien n’est dit du contenu de cette nouvelle, mais d’ores et déjà nous sommes en mesure de savoir que c’est une nouvelle réjouissante, qu’il est possible de quitter les habits de tristesse et les visages d’infortune. Noël qui est ici annoncé tient de la bonne nouvelle qui a de quoi nous faire tressaillir de joie.

Je note que la réaction de Jean n’est pas commandée par la stimulation d’une sage-femme qui voudrait qu’il se retourne pour vérifier à l’échographie que tout est bien en place. La réaction de Jean tient à une sensibilité à la puissance de vie qui vient de s’approcher de lui et qu’il ne peut pas ignorer. La venue de Jésus le fait bondir de joie, elle le sort de son état paisible et peut-être un peu lymphatique. Cela me fait penser à ce que le penseur américain Henry Thoreau écrivait dans le récit de sa vie au plus près de la nature : « nous devons apprendre à nous réveiller, et nous maintenir éveillés, non par le truchement d’auxiliaires mécaniques, mais par une infinie espérance de l’aube, qui ne nous abandonne pas, même au cœur de notre plus profond sommeil » (Walden, p. 110).

Jésus suscite cette infinie espérance de l’aube qui ne peut laisser personne indifférent. Elle peut susciter l’enthousiasme, comme c’est le cas pour Jean ; elle peut susciter la haine, comme ce sera le cas de ceux qui le feront condamner à mort. Elle éveille en tout lieu où elle est offerte, l’âme de celui qui s’était engourdi d’une vie qui n’était plus que l’ombre d’elle-même. Cette infinie espérance de l’aube suscite l’ardeur de ceux qui retrouvent enfin une raison d’être. Cette infinie espérance de l’aube encourage celles et ceux qui ont parfois le sentiment de remonter toujours la même pierre au sommet d’une montagne qu’elle dévale ensuite. Cette infinie espérance de l’aube est la grâce qui nous est faite, qu’Elisabeth repère chez Marie. Elisabeth fera alors l’éloge de Marie, ce qui en français est souvent traduit par « bénir ». Bénir, c’est eulogeo, faire l’éloge, dire du bien.

Le narrateur nous indique que l’advenue de Jésus concourt à ce qu’il y ait du bien à tous les niveaux, à ce que tout soit bien, à ce que tous soient bien. Le narrateur indique que l’advenue de Jésus, c’est Dieu qui est proche de nous, ce que l’on peut dire également par le fait d’être rempli du saint Esprit. Dieu est proche de nous dans la perspective du grand pardon, cette dynamique qui nous permet de nous libérer des culpabilités inutiles, cette dynamique qui nous rend la joie, cette dynamique de la grâce qui ajoute de la vie à notre vie et qui nous permet de porter un regard positif sur notre quotidien. Tout est bien qui commence bien.

Amen

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