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Luc 2/1-7
1 Or il arriva, en ces jours-là, qu’un décret fut rendu de la part de César Auguste, portant qu’il fût fait un recensement de toute la terre habitée. 2 Le recensement se fit pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie 3 Et tous allaient pour être enregistrés, chacun en sa propre ville. 4 Et Joseph aussi monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, dans la ville de David qui est appelée Bethléhem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, 5 pour être enregistré avec Marie, la femme qui lui était fiancée, laquelle était enceinte. 6 Et il arriva, pendant qu’ils étaient là, que les jours où elle devait accoucher s’accomplirent; 7 et elle mit au monde son fils premier-né, et l’emmaillota, et le coucha dans la mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.

Il y a deux manières de parler de cet épisode biblique. La première manière consiste à dire que le monde n’accueille pas Dieu convenablement, qu’il ne lui laisse aucune place. S’il n’y a plus de place pour que Jésus naisse, cela veut dire qu’il n’y a pas de place dans le monde pour que Dieu s’incarne, pour que Dieu devienne concret dans l’histoire humaine. Comment pourrait-il y avoir alors de la place pour nous ? D’un point de vue chrétien, cela pourrait nous faire penser qu’il faut rejeter le monde parce qu’il a rejeté Dieu. Noël serait alors le moment où le chemin de Dieu et le chemin du monde se séparent radicalement. Les chrétiens pourraient être tentés de se mettre à part, de vivre entre eux, bien au chaud. Cela reviendrait à ne plus faire de place pour ceux qui ne pensent pas comme nous… plus aucune place pour ceux qui ne croient pas comme nous… plus aucune place pour ceux qui ne nous ressemblent pas.

La deuxième manière de lire ce récit de la Bible consiste à ne pas faire comme ceux qui propagent les fausses informations, les fake news. Les fake news sont souvent des informations incomplètes, des informations auxquelles on a enlevé une partie qui étaient importante et sans laquelle l’information n’a plus le même sens. Ici, au moment de la naissance de Jésus, la fake news serait de dire qu’il n’y avait plus de place pour Dieu dans le monde et de s’arrêter là. Ce serait oublier que la mangeoire où Jésus a été déposé fait, elle aussi, partie du monde. Les animaux qui entouraient probablement la famille, sans qu’on sache s’il y avait effectivement un bœuf et un âne gris, font également partie du monde.

Les fake news en disent souvent beaucoup plus sur ceux qui répandent ces rumeurs que sur la marche du monde. Elles disent quelles sont leurs haines, ce qui compte à leurs yeux et ce qui n’a pas d’importance pour eux. Si nous nous en tenons au texte, cet épisode biblique ne dit pas que le monde a rejeté Jésus et donc qu’il a refusé de faire de la place à Dieu. Ce texte dit que la place qui semblait naturelle n’était pas disponible, mais qu’il a été possible de s’arranger autrement. Ce texte dit que même si nous pensons que c’est la fin de l’histoire, si nous pensons qu’il n’y aura pas de solution, si nous avons l’impression d’avoir tout essayé, il y a encore de la place pour essayer des solutions qu’on n’imaginait pas très réalistes, mais qui pourraient bien être très efficaces. Et si nous pensions que c’était fichu, c’est parfois parce que nous n’avons pas les yeux bien ouverts pour voir des possibilités auxquelles on n’avait pas encore pensé.

On peut se dire qu’un bébé ne doit pas naître au milieu des animaux. Mais en quel honneur ? Au nom de quoi ne serait-il pas convenable pour un enfant de naître au milieu des animaux, alors qu’ils ont le statut de créature de Dieu depuis le premier chapitre de la Bible ? Une mangeoire, ce ne serait pas un lieu pour déposer un nouveau-né ? Serait-ce indigne de déposer son enfant chéri dans un objet destiné à la nourriture ? Cela voudrait dire que la nourriture n’est pas très digne, alors que la vérité est que la nourriture est absolument fondamentale pour notre vie. Nous ne pouvons pas vivre sans avoir notre pain quotidien et la Présidente des boulangeries Poilâne vous dirait quel honneur ce fut pour elle d’avoir été déposée dans ses premiers temps dans un panier pour le pain plutôt que dans un berceau.

Noël nous rappelle que notre espérance a de bonnes raisons d’être plus forte que nos inquiétudes. L’Évangile est bien plus vivable que les fake news, bien plus vivifiant que les informations tronquées qui visent à se moquer de quelqu’un, à le dénigrer. Les fake news, en ne faisant pas de place à toute la vérité, ne font pas de place à la vie authentique. L’Évangile, au contraire, nous montre, ici, dans la perspective de Noël, qu’il est possible de faire de la place à la vie, qu’il est possible de faire de la place à la joie, qu’il est possible de faire de la place à ce qui nous rend heureux. Et, si besoin est, il est possible de transformer le monde de telle manière qu’il soit plus accueillant. Il est possible de transformer la vie quotidienne qui nous semble parfois usée, à bout de course, en donnant une nouvelle fonction, une nouvelle raison d’être aux différents éléments de cette vie quotidienne. Une étable peut devenir une maternité, une mangeoire peut devenir un berceau, un petit bout’chou peut devenir la nourriture dont le monde a vraiment besoin, un temple peut devenir un lieu de vie, une existence abîmée peut devenir une source de réjouissance pour un être isolé. Le destin peut être transformé en destinée. La fatalité peut être transformée en liberté. Les fausses nouvelles peuvent être transformées en bonnes nouvelles. L’obscurité peut être transformée en lumière. Le chaos peut être transformé en un monde où le bonheur et la grâce s’incarnent, aujourd’hui encore.

Amen

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