La rémission des péchés, sans réserve


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Hébreux 8/10 – 13
10 Mais voici l’alliance que je ferai avec la maison d’Israël, Après ces jours-là, dit le Seigneur: Je mettrai mes lois dans leur esprit, Je les écrirai dans leur coeur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. 11 Aucun n’enseignera plus son concitoyen, Ni aucun son frère, en disant: Connais le Seigneur ! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu’au plus grand d’entre eux; 12 Parce que je pardonnerai leurs iniquités, Et que je ne me souviendrai plus de leurs péchés. 13 En disant: une alliance nouvelle, il a déclaré la première ancienne; or, ce qui est ancien, ce qui a vieilli, est près de disparaître.

Matthieu 18/21-22
21 Alors Pierre, s’approchant de lui, dit: Seigneur, combien de fois mon frère péchera-t-il contre moi, et lui pardonnerai-je? Sera-ce jusqu’à sept fois? 22 Jésus lui dit: Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.

Chers frères et sœurs, lorsque le symbole des Apôtres déclare que le chrétien croit en la rémission des péchés, nous découvrons que le rapport que le christianisme entretient avec la justice n’a rien à voir avec le châtiment, mais tout à voir avec l’amour du prochain.

1. Pas d’imprescriptibilité

Le premier point à noter est que la rémission des péchés n’est pas limitée aux péchés les plus modestes, les plus insignifiants. C’est la rémission des péchés dont il est question, pas des peccadilles seulement. L’apôtre Pierre, lorsqu’il demande à Jésus s’il faut pardonner jusqu’à sept fois, pose le principe de la limite du pardon. 7 fois, ça suffit, non ? Jésus transcende cette limite en la multipliant par 7 et par 10. Pierre voulait être comptable du pardon, Jésus l’emmène sur le terrain de l’illimité. On n’en finit jamais de pardonner.

Et ce n’est pas seulement une question de quantité, mais aussi de qualité. Jésus nous emmène sur le chemin du pardon au-delà de notre intention spontanée, de notre élan naturel. Mais lui-même ne pose pas de limite à la nature de ce qui doit être pardonné. Il n’est pas question de pardonner seulement les petits malheurs, les petites erreurs. Il s’agit de pardonner lorsque quelqu’un pèche. Quel que soit le péché. Il y a une dimension universelle du pardon en jeu dans la perspective chrétienne. Aucun péché n’est imprescriptible, en quelque sorte. Tout peut être mis sous la lumière du pardon.

Je parle de « pardon » car notre traduction classique a rendu le verbe grec aphièmi par le verbe « pardonner ». Or aphièmi peut être traduit par « remettre », comme on remet une dette… d’ailleurs, si nous devions traduire le Notre Père au plus près du texte, nous devrions dire « remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous remettons à nos débiteurs ». La rémission des péchés et le pardon des péchés, c’est donc bien la même chose. Dans les deux cas, c’est sans limite. Sans comptabilité. N’en déplaise aux disciples de Pierre.

2. Remettre les péchés, pas les fautes

Autre point important que nous pouvons relever : nos textes bibliques parlent du pardon du péché. Ce ne sont pas tant les fautes que les péchés qui sont pardonnés. Comprenons bien que le péché n’est pas une faute morale. Ce n’est pas un tort que l’on inflige à quelqu’un. Le péché est une question spirituelle. C’est le fait que nous agissions dans une direction qui n’est pas informée par Dieu ; une direction qui ne tient pas compte de ce que la création de Dieu selon les 7 jours nous donne comme horizon, ni de ce que les 10 paroles nous rappellent comme exigence. Quand il y a péché, c’est que la visée est faite selon le seul intérêt personnel, et non dans l’intérêt général qu’indiquent les 7 jours de la création et que rappellent les 10 paroles.

Le frère pécheur a besoin de repasser par tous les aspects de la création et par chaque parole du décalogue pour ne pas succomber au péché. Car ce ne sont pas les fautes qui intéressent Jésus, mais la nature profonde des êtres humains. Cette nature qui nous fait faire ce que nous ne voudrions pas faire et qui ne nous fait pas faire ce que nous voudrions (Rm 7/19). Pardonner le péché, et non la faute, est une nuance importante. Cela signifie que nous sommes pardonnés de n’être que ce que nous sommes.

Voilà qui fonde une société spécifique : Ce n’est pas ce que nous faisons qui est en jeu. C’est ce que nous sommes. Nous sommes de pauvres pécheurs, incapables par nous-mêmes de faire tout le bien que nous voudrions. Et c’est nous, en tant que pauvres pécheurs, qui sommes pardonnés. Nos péchés, les conséquences de cette nature qui nous tient à distance de celui ou celle que nous pourrions être, tout cela nous est remis. Dieu, inlassablement, nous refait passer par les 7 jours de la création pour nous recréer plus humains, et par les dix paroles de la sortie de la maison de servitude, pour nous rendre plus libres.

3. Rédemption

Nous arrivons à ce point où la théologie atteint un sommet dont nous avons mis du temps à prendre conscience. Car le pardon, compris de cette manière, nous ouvre les voies de ce que le christianisme a appelé la rédemption, notion qui ne s’est traduite que très récemment dans le domaine de la justice par le principe de la justice restaurative. Plus largement, le pardon est fondateur d’une civilisation qui veille à sauver les personnes des situations impossibles dans lesquelles elles se trouvent, soit par leurs fautes, soit parce qu’elles sont victimes d’injustice, soit à cause d’un mal absurde.

La rémission des péchés, c’est la libération du passé, un passé par lequel il nous serait impossible de changer, de progresser dans le sens d’une plus grande humanité. Le pardon des péchés, c’est l’art de tirer les conséquences de la grâce de Dieu qui affirme que nous valons plus que nos actes, plus que nos paroles et plus que nos pensées. C’est la grâce de nouveaux recommencements possibles lorsque nous avons le sentiment d’être arrivés au bout de l’histoire. Comme ces personnes que Jésus a rencontrées, qui étaient comme paralysées, incapables d’aller plus loin, vivant à la marge de la communauté, ces personnes auxquelles Jésus a annoncé le pardon des péchés, au nom même de Dieu qui nous libère d’une vie exclusivement tournée vers les côtés sombres de notre existence.

Parce qu’il est possible de repasser par les 7 jours de la création, parce qu’il est possible que les 10 paroles ne soient plus seulement sur nos lèvres comme des paroles pour accabler les autres, mais dans notre cœur, pour tracer un chemin de libération à l’égard de tous nos travers possibles, la rédemption de chacun est possible. Nul ne saurait être condamné par principe à être considéré comme coupable à perpétuité.

Cela fonde une autre civilisation, car la justice cesse d’être la recherche du châtiment qui sera le plus juste. La justice s’aligne sur le principe de la justification. Dire la vérité des situations, identifier les victimes et les coupables, et trouver des solutions pour que les vies bafouées, les vies abîmées, les vies ensauvagées, redeviennent des vies humaines. L’infracteur n’est pas condamné à rester un infracteur toute sa vie. La victime n’est pas condamnée à rester une victime toute sa vie. L’infracteur ne peut pas se cacher derrière le fait qu’il aurait fauté pour continuer à fauter. Et la victime ne peut pas faire de sa blessure une rente de situation sur laquelle elle fonderait toute son existence.

Citons Albert Schweitzer dont nous fêtons cette année le 150è anniversaire de la naissance. Dans une de ses prédications, il disait à ses paroissiens ce que je dois vous dire ce matin pour que cela redevienne notre maxime et une loi universelle qui se répande dans tout notre pays : « vous allez tâcher que l’homme ne périsse pas. Suivez-le comme je l’ai suivi, et rejoignez-le là où les autres ne le trouveraient plus, dans la boue, la bestialité, le mépris ; allez à lui et soutenez-le jusqu’à ce qu’il redevienne un homme. »

Voilà la rédemption dont nous pouvons être les agents.

4. Ne pas faire mémoire des fautes

Et cela suppose de porter un regard empreint de la grâce de Dieu sur les personnes que nous rencontrons. Quel est ce regard ? C’est ce qui est indiqué par le prophète Jérémie, et qui sera repris dans l’épître aux Hébreux par deux fois (Hb 8/12 ; 10/17) : Dieu ne se souvient pas de notre péché.

Soyons bien attentifs à la manière dont les choses sont énoncées. Il n’est pas dit qu’il faut oublier les fautes. Il est affirmé que, d’un point de vue théologique, il ne faut pas faire l’effort de se souvenir des fautes. Il s’agit de ne pas commémorer ces fautes, de ne pas les remettre en permanence sur la table et de ramener chacun à ses errements – sauf à vouloir que nous ne soyons plus humains, que nous n’ayons pas la possibilité de nous métamorphoser, ni d’être édifiés d’une manière plus fidèle à l’être nouveau incarné par Jésus.

Ne plus ressasser les fautes des personnes, en particulier quand on est la victime, c’est la seule façon de pouvoir cesser d’être la victime et de rejouer intérieurement la scène de l’injustice subie. Si pardonner consiste à renoncer à son désir de vengeance, ce qui permet au coupable de se projeter dans un avenir où il n’aura pas tout à craindre, pardonner permet aussi à la victime de recevoir une autre identité que celle de victime.

La théologie de Jésus est une théologie de la rémission du péché, pas une théologie du péché qui passerait son temps à nous mettre le nez sur le péché, la faute, les erreurs, le malheur, notre incapacité à avoir une vie entièrement bonne. Une théologie du péché ferait du péché notre centre de gravité, notre alpha et notre oméga. Dans ce cas, le péché nous tiendrait en son pouvoir car nous ferions tout en fonction du péché. Grâce à Dieu, c’est une théologie de la rémission des péchés que nous avons proclamer. Dieu est plus grand que le péché. Dieu transcende notre condition naturelle et nous révèle qu’un homme peut redevenir un homme, même quand il a été plus bestial que les animaux sauvages. Et nous-mêmes, nous sommes pardonnés pour ne plus être sous l’emprise du péché, pour que nous ne soyons plus paralysés par la peur de la faute. Nous sommes pardonnés de n’être que ce que nous sommes actuellement ; notre condition naturelle nous est remise, de sorte que nous puissions nous élancer vers une vie pleine d’audace, de créativité et de joie.

Amen

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