La communion des saints, pas des stars ni des surhommes


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1 Corinthiens 10/15-17
15 Je parle comme à des hommes intelligents; jugez vous-mêmes de ce que je dis. 16 La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang de Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps de Christ ? 17 Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps; car nous participons tous à un même pain.

1 Corinthiens 11/23-26
23 Car j ‘ai reçu du Seigneur ce que je vous ai enseigné; c’est que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, 24 et, après avoir rendu grâces, le rompit, et dit: Ceci est mon corps, qui est rompu pour vous; faites ceci en mémoire de moi. 25 De même, après avoir soupé, il prit la coupe, et dit: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang; faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous en boirez. 26 Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Actes 2/42-44
42 Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières. 43 La crainte s’emparait de chacun, et il se faisait beaucoup de prodiges et de miracles par les apôtres. 44 Tous ceux qui croyaient étaient dans le même lieu, et ils avaient tout en commun.

 

Chers frères et sœurs, il n’est pas impossible que, si le symbole des apôtres a tellement mauvaise presse au sein du protestantisme contemporain, c’est parce que nous lui avons infligé un mauvais traitement. En effet, si beaucoup de protestants dédaignent massivement cette confession de foi, c’est parce qu’ils la lisent comme ils n’oseraient pas lire le moindre livre biblique, c’est-à-dire littéralement. Pourquoi exercer son esprit critique et de discernement sur les textes bibliques, en cherchant les interprétations qui seront fidèles à l’esprit qui a conduit à leur rédaction, tout en veillant à ce que ces interprétations rejoignent les gens dans leur univers personnel, dans ce qui est compréhensible pour eux, mais débrancher le cerveau quand il s’agit du symbole des Apôtres. Et, plus largement, nous pourrions en dire autant pour l’ensemble du culte : chaque texte de la liturgie n’est pas à comprendre littéralement, mais comme un texte qui s’efforce de communiquer les aspects non matériels de l’existence.

  1. Pluralité de sens

Au point où nous en sommes de notre parcours du symbole des Apôtres – la communion des saints – le problème auquel nous sommes confrontés est un problème de cet ordre : la lecture de cette expression est souvent lacunaire, non seulement parce qu’elle ne tient pas compte du contexte historique dans lequel elle a vu le jour et, plus étonnant, on ne se donne même plus la peine de revenir au texte originel. Or, ce texte, écrit en latin, dit : « sanctorum communionem ». « Communionem », c’est facile à comprendre, mais « sanctorum » : est-ce un neutre ou un masculin ? S’agit-il de la communion des gens qui sont saints, ou de la communion des choses saintes ?

A. Communion des choses saintes

Le texte est ambigu. Il convient donc de préserver cette ambiguïté et de tenir tout à la fois, le fait qu’il s’agisse de personnes et de choses. Or, qu’il puisse s’agir de choses, voilà qui pourrait bien faire grincer nos dents bien réformées.

En effet, s’il est une constante dans le geste du protestantisme, c’est de dégager toute forme de sacralité à nos espaces et nos objets. Aucun lieu n’est sacré, aucun objet n’est sacré. Dieu n’est ni dans les lieux particuliers, ni dans les choses : il se rencontre par la parole qui donne sens à notre vie. Or, il est question de communion des choses saintes, dans ce texte, contre toute attente.

Des choses saintes, et non sacrées… voilà la subtilité que la théologie peut nous offrir comme une manière de mieux penser notre rapport au monde et à la vie, justement. Bien des problèmes viennent de ce que nous mettons souvent du sacré là où Dieu fait surgir du saint.

La différence entre le sacré et le saint, c’est que le sacré contient du divin alors que le saint est un mouvement en direction de Dieu. Une chose sacrée détient un pouvoir divin, surnaturel. Une chose sainte renvoie vers Dieu ; elle indique la direction de la rencontre possible avec Dieu – sans garantir que cette rencontre ait effectivement lieu.

Une Bible n’est pas sacrée – si elle tombe parterre, le ciel ne va pas s’effondrer. Et si on la lit sans l’interpréter, elle ne va pas éclairer franchement notre quotidien. Une robe pastorale n’est pas sacrée – si un pasteur la porte, il n’est pas certain que sa parole soit la vérité de Dieu dans toute sa pureté ; porter la robe pastorale ne dispense pas de travailler pour qu’une prédication fasse entendre une parole de Dieu. Une Église n’est pas sacrée – Martin Luther a rappelé, en son temps, combien les conciles avaient pu se tromper.

Le symbole des Apôtres ne fait pas l’apologie des gris-gris, des amulettes, des objets qui garantiraient la protection de Dieu et la sécurité contre les malheurs. Il évoque la valeur de tout ce qui nous oriente vers Dieu. C’est aussi de cela dont parlent l’apôtre Paul dans sa lettre aux Corinthiens, et l’auteur des Actes des Apôtres. La coupe de bénédiction – la coupe de la cène – est communion au sang du Christ, c’est-à-dire communion à sa vie, pour reprendre l’image de la Bible hébraïque : le sang c’est la vie (Lv 17/11). De même, le pain est communion au corps du Christ, c’est-à-dire communion à l’Église – l’assemblée qui incarne l’histoire de Jésus.

Lors de la cène, le pain reste du pain, mais il n’est pas du pain seulement. De même, le vin reste du vin, mais il n’est pas du vin seulement. L’un et l’autre ouvrent notre compréhension de la vie à plus grand que ce à quoi nous sommes habitués. Une vie plus intense, une histoire plus ample… il est bien question de transcendance. Quand nous partageons le pain et le vin, nous apprenons que Jésus a vécu et qu’il est mort pour les uns et pour les autres, créant ainsi une communion fraternelle. Exclure quelqu’un de la cène, ne pas pratiquer la table ouverte, c’est faire obstacle à ce chemin de sanctification ouvert par le Christ.

Pensons au baptême, également, une des choses saintes dont nous disposons : ce n’est pas le baptême qui fait de nous un être humain, ni un fils ou une fille de Dieu. L’eau du baptême ne contient aucun élément divin qui nous changerait. Par contre, le baptême est une manière de faire prendre conscience de cette réalité qui nous concerne tous, avant que nous le sachions : nous sommes membres du peuple de Dieu.

La communion des choses saintes, c’est donc l’affirmation qu’il y a des éléments qui nous orientent vers Dieu. Ce sont des chemins de sanctification. Des objets, des gestes, des institutions qui nous mettent en relation avec une réalité augmentée.

B. Les personnes saintes

Lorsque nous sommes au bénéfice de ces choses saintes, nous sommes en voie de sanctification. Les « saints » dont il est question dans la Bible, ne sont pas les « saints » du calendrier, les personnes qui auraient reçu une canonisation de l’Église et auxquelles il serait possible de rendre un culte.

Quand l’apôtre Paul parle des saints, il parle des croyants. Les saints, sont ceux qui sont sur le chemin ouvert par Dieu, un chemin qui transforme les personnes comme Paul lui-même l’a éprouvé en route vers Damas. Il savait de quoi il parlait, l’apôtre Paul. Le saint n’est ni un modèle de vertu, ni un exemple sans défaut. C’est un être en voie d’humanisation, comme le fut le roi David, comme le furent les disciples de Jésus, comme nous le sommes tous. Par exemple, c’est Moïse qui va faire un détour pour aller vers le buisson ardent et laisser le troupeau de moutons pour s’occuper du troupeau des esclaves qui ont besoin d’être libérés. C’est Saül qui va laisser de côté les ânesses de son père pour s’occuper de la sécurité du troupeau Israël. Même chose pour David. Même chose pour Paul dont le destin naturel va être brisé de manière à ce qu’il puisse se mettre au service d’une mission d’intérêt général : porter l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre.

La communion des saints, est alors à comprendre comme une vérité sur notre existence : nous avons tous en commun d’être non achevés, de ne pas être totalement finis, mais en voie d’accomplissement. Nous n’en finissons pas d’entrer en terre promise, le Royaume n’en finit pas de s’approcher de nous. Nous n’en finissons pas de mieux nous connaître et de mieux comprendre ce que Dieu nous appelle à vivre.

  1. Nos vies convergent

La communion des saints n’a donc pas à voir avec une communication post-mortem avec des gens d’exception que l’Eglise aurait parés de tous les mérites. Songez que la première canonisation date de 993, quand le pape Jean XV annonça qu’Ulrich, évêque d’Augsbourg, devait être désormais regardé comme saint. Rien de semblable dans le symbole des Apôtres écrit quelques siècles auparavant.

Si nous faisons la synthèse de ce que nous avons dit au sujet des choses saintes (qui ne sont pas sacrées) et des personnes saintes, c’est-à-dire des croyants, nous pouvons comprendre la communion des saints désigne le fait qu’il y a du commun entre nous tous. Je parlerais volontiers de convergence des buts. Nous sommes tous différents, mais nous avons en commun d’orienter notre vie au-delà de nous-mêmes, de ne pas en rester à l’état naturel de notre vie. Nous avons en commun de donner à notre existence une direction différente du cours naturel des choses. Les chrétiens donnent à cette direction le nom de Dieu, d’autres peuvent nommer autrement le fait qu’il y a de la transcendance dans l’existence humaine. Toujours est-il qu’il y a une communion entre ceux qui se savent sur un chemin de progression, qui ont l’humilité de reconnaître qu’ils ne sont ni l’alpha, ni l’oméga de la vie, qu’ils ne sont même pas le centre de gravité de leur propre existence.

Les choses saintes sont ces éléments de notre histoire qui nous révèlent le sens d’une plus grande humanité à laquelle nous faisons corps. Les personnes saintes sont en phase avec nous sur le fait que nous sommes appelés à vivre d’une manière la plus humaine possible. Ce que nous avons tous en commun, c’est, plus que la possible humilité, notre profonde vulnérabilité.

C’est cela que raconte, sans le savoir, un livre formidable de Patrick Modiano. L’un de ses livres commence par la lecture d’une petite annonce parue dans un journal bien des années auparavant, le 31 décembre 1941 : « PARIS. On recherche une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m 55, visage ovale, yeux gris-marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41 boulevard Ornano, Paris. »

Patrick Modiano se lance dans l’enquête pour retrouver sa trace, après plus de 50 ans. Il découvre qu’elle aura fait plusieurs fugues. Et puis, en fouillant, il tombe sur le registre de la caserne des Tourelles, boulevard Mortier, près de la porte des Lilas. Il est indiqué au 19 juin 1942 l’entrée de Dora Bruder, née le 25 février 1926 à Paris 12e, Française, habitant 41 bd d’Ornano. Juive. La suite indique un transfert vers Drancy, le 13 août 1942, avec 300 autres femmes. Elle y retrouve son père. Les deux « quittèrent Drancy le 18 septembre, avec mille autres hommes et femmes, dans un convoi pour Auschwitz ».

Entre le 31 décembre 1941 et ce 18 septembre 1942, l’enquête est maigre. Et Modiano termine par ce paragraphe :

« J’ignorerai toujours à quoi elle passait ses journées, où elle se cachait, en compagnie de qui elle se trouvait pendant les mois d’hiver de sa première fugue et au cours des quelques semaines de printemps où elle s’est échappée à nouveau. C’est là son secret. Un pauvre et précieux secret que les bourreaux, les ordonnances, les autorités dites d’occupation, le Dépôt, les casernes, les camps, l’Histoire, le temps – tout ce qui vous souille et vous détruit – n’auront pas pu lui voler. »

La communion des saints évoque qu’il y a de l’irréductible dans notre vie, de l’irréductible que nul ne peut nous ravir, comme l’écrivit l’apôtre Paul (Rm 8/38-39). Et elle crée, de fait, une communion fraternelle, cette crainte respectueuse qui nous fait trembler à l’idée de faire souffrir quelqu’un et, même, à l’idée qu’un être puisse souffrir. Dieu nous sensibilise à la vulnérabilité de l’autre, vulnérabilité que nous avons tous en commun. Une vulnérabilité assumée et transcendée par Dieu.

Cette enquête de Modiano nous aide à comprendre ce que veut dire : « je crois… en la communion des saints ». Nous comprenons que la communion des saints, c’est le fait que nous sommes sensibilisés au sort des autres. Cela traduit notre irréductible inquiétude pour autrui.

Amen

One comment

  1. Merci James.C’est la première fois que je comprends ces expressions : communion au corps de Christ et communion au sang de Christ. Il y a 80 ans que je les entends et 80 ans que de ne pas les comprendre me dérangeait beaucoup! Quel bonheur!
    Le Saint Esprit souffle quand il veut.
    J’espère que ce texte sera écrit quelque part où il pourra rester pour être lu et relu.

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