Dieu nous fait passer de la peur au rire


Culte entier disponible pour les utilisateurs connectés

Ecouter la prédication – télécharger

Psaume 2/1-12
1 Pourquoi ce tumulte parmi les nations, Ces vaines pensées parmi les peuples ? 2 Pourquoi les rois de la terre se soulèvent -ils Et les princes se liguent -ils avec eux Contre l’Éternel et contre son oint ? – 3 Brisons leurs liens, Délivrons -nous de leurs chaînes ! – 4 Celui qui siège dans les cieux rit, Le Seigneur se moque d’eux. 5 Puis il leur parle dans sa colère, Il les épouvante dans sa fureur: 6 C’est moi qui ai oint mon roi Sur Sion, ma montagne sainte ! 7 Je publierai le décret; L’Éternel m’a dit: Tu es mon fils ! Je t’ai engendré aujourd’hui. 8 Demande -moi et je te donnerai les nations pour héritage, Les extrémités de la terre pour possession; 9 Tu les briseras avec une verge de fer, Tu les briseras comme le vase d’un potier. 10 Et maintenant, rois, conduisez-vous avec sagesse ! Juges de la terre, recevez instruction ! 11 Servez l’Éternel avec crainte, Et réjouissez -vous avec tremblement. 12 Baisez le fils, de peur qu’il ne s’irrite, Et que vous ne périssiez dans votre voie, Car sa colère est prompte à s’enflammer. Heureux tous ceux qui se confient en lui!

Chers frères et sœur, il est coutume de dire que Dieu est amour. Dans ce psaume 2, il est manifeste que Dieu est humour. « Il rit celui qui est dans les cieux ». C’est la seule fois, dans la Bible, qu’il est indiqué que Dieu rit. C’est donc suffisamment rare pour s’y attarder. C’est à partir de cette affirmation peu commune que j’aimerais entendre l’ensemble de psaume ce matin pour découvrir ce qu’il révèle de la vie chrétienne.

  1. Relativiser la force

Dieu rit. Dans ce psaume, Dieu ne rit pas de nos bonnes blagues. Dieu ne se raconte pas des histoires drôles. Il ne fait pas le pitre non plus. Non seulement Dieu rit, mais il se moque de ceux qui se prennent pour des Seigneurs. Le rire de Dieu est nerveux. Il est provoqué par une anomalie dans le cours des choses. Ici, les chefs qui doivent être les serviteurs de tous, se prennent pour des Seigneurs. Notez comme le rédacteur biblique, pour une fois, qualifie Dieu de Seigneur, au verset 4. C’est le Seigneur qui se moque des rois de la terre qui se soulèvent et qui, en réalité, font beaucoup de poussière pour rien.

Si Dieu éclate de rire, c’est parce que les chefs des peuples bombent le torse et se révoltent contre Dieu. À hauteur de Dieu, c’est tellement ridicule que c’en est drôle. Et Dieu rit. Il rit de les voir si insignifiants alors qu’ils se pensent si beaux dans leur miroir. Et ce rire est précieux. C’est un rire dont nous devons nous inspirer. C’est un rire qui devrait faire école. C’est ce rire qui devrait nous animer quand nous rencontrons des situations analogues.

Aujourd’hui les chefs des nations se liguent encore contre Dieu. Certes, ils ne font pas des conférences de presse en disant qu’ils organisent un grand soulèvement contre Dieu et contre son messie. Mais la situation est analogue si on ne s’en tient pas à une vision mythologique des textes bibliques. En nous souvenant que, pour les théologiens de la Bible, Dieu désigne la grâce, c’est-à-dire une justice égale pour tous ; la possibilité pour chacun de faire valoir ses talents pour répondre à sa vocation personnelle ; une vision universelle de l’humanité qui ne crée pas des êtres supérieurs qui pourraient à bon droit dominer sur des êtres plus faibles, plus vulnérables.

Or la justice est régulièrement bafouée par ceux qui ont le pouvoir, soit qu’ils aient un sentiment d’impunité en vertu de leur poste, soit qu’ils considèrent que l’État de droit est inférieur à leurs projets personnels. Par ailleurs, un trop grand nombre de personnes, dans le monde, sont privés des moyens qui leur permettraient d’être véritablement autonomes, soit qu’il n’y ait pas le système éducatif nécessaire – pour tous -, soit qu’il n’y ait pas les moyens pour améliorer la santé maternelle ou pour lutter contre la mortalité infantile, soit qu’il n’y ait tout simplement pas de quoi nourrir convenablement les corps. Enfin, les systèmes de caste, les corporatismes, l’absence de considération pour autrui, conduisent à maltraiter des pans entier des populations, que ce soit en Inde, à Madagascar ou dans nos villes et nos villages.

Tout cela, nous l’avons au quotidien à proximité de nous ou dans nos médias. Nul ne peut ignorer que des responsables politiques se liguent pour offenser le créateur du ciel et de la terre et son Messie qui a incarné de toute sa personne ce que vivre, selon Dieu, veut dire.

La réaction de Dieu est ce rire, nerveux, moqueur. Une réaction qui n’est pas à la hauteur de ces situations tragiques ? Une réaction qui nous donne à penser nos propres réactions. S’agissant du rire de Dieu, prenons-en de la graine en remarquant que ce rire est le signe que Dieu n’est pas submergé par cette prétention des rois de la terre à exercer leur pouvoir sur l’ensemble de la création. Le rire de Dieu traduit le constat implacable de Dieu : cet orgueil est le signe d’une vacuité totale.

Qu’est-ce qui permet à Dieu de dire que les forts ne sont que du vide ? À la lumière du psaume 1, nous réalisons qu’ils ne sont que de la paille dans le vent. Plus concrètement, le tyran ne vit que du pillage et de la destruction. Les tyrans n’apportent aucune valeur ajoutée. Ce sont des parasites qui vivent sur le dos des personnes qu’ils terrorisent, qu’ils violentent.

On peut avoir peur face à la violence. On peut avoir peur dans le cadre des relations interpersonnelles. Il y a aussi de quoi avoir peur dans le cadre des relations internationales. On peut être subjugué par la violence et se soumettre de peur que la réaction du violent soit encore plus forte. Dans ce cas on est écrasé par une terreur qui nous colle à la peau. Rire est le signe que nous avons un peu de distance par rapport à ce qui nous arrive, que nous ne sommes pas totalement écrasés au point que nous ne serions plus capables d’analyser ce qui se passe.

  1. Métamorphoser le malheur en espérance

Dans ce psaume, le rire souligne la distance entre le pouvoir que pensent détenir les rois des nations et leur puissance réelle. C’est cette distance qui est décisive. C’est cette distance qui va permettre de pouvoir métamorphoser la situation. Le rire nous permet de préserver une distance entre nous et ce qui arrive ; une distance entre nous et le malheur qui se profile par exemple. À partir du moment où il y a une distance entre nous et le malheur, on commence à être sauvé. On n’est plus sous l’emprise de ce qui arrive. On n’est plus soumis à un ordre des choses dans lequel nous n’aurions plus aucun degré de liberté.

Pour mieux comprendre cela, prenons le cas exemplaire de la prière. Ce texte biblique fait partie du livre des prières qu’on appelle psaumes. Si nous prenons conscience que prier ne consiste pas à essayer de contraindre Dieu à faire ce dont nous avons envie, mais à adopter son point de vue, qui est le point de vue de la grâce, alors nous découvrons le bénéfice de la prière qui est de mettre un peu de distance entre nous et le malheur.

Ici, la prière permet de relativiser ce que nous subissons en adoptant le point de vue de Dieu. La prière permet de donner à chaque chose sa juste valeur et elle permet de tout remettre à sa place. Il s’agit de redonner du poids à ce qui est important, et il s’agit de reconnaître la vacuité d’une idée, d’un projet. La prière est ce qui renouvelle notre espérance en nous permettant de repérer ce qui compte vraiment, ce pour quoi il faut se battre. L’espérance n’est pas l’espoir que tout va s’arranger soudainement par un coup de baguette magique divin. Dieu n’a pas une baguette, mais une houlette, ce que Louis Segond a traduit par verge. La houlette, c’est ce bâton muni au bout d’un morceau de fer courbé dans lequel on peut mettre de la terre pour l’envoyer vers les moutons qu’on veut ramener sur le chemin ou une pierre qu’on peut propulser vers un animal qui voudrait s’attaquer au troupeau.

La houlette de Dieu qu’on trouve aussi dans le psaume 23 est l’outil de Dieu qui fait un travail patient pour réorienter vers de verts pâturages et pour repousser les menaces. La houlette envoie des messages aux uns et aux autres pour les ramener à de meilleurs sentiments. Celui qui s’obstine finit par se fracasser sur cette houlette, comme l’indique le psaume. Mais celui qui tient compte des signaux, des messages, de ce que nous appelons aussi la parole de Dieu, celui-là accepte d’être guidé par la sagesse dont parle ce psaume. Il reçoit la discipline qui lui permet de ne pas laisser libre cours à tout ce qui lui passe par la tête sans se préoccuper du tort que cela peut causer à autrui. Il peut alors s’orienter vers ce qui est bon d’une manière universelle. Ces signaux lui donnent l’occasion de découvrir ce qu’il lui est permis d’espérer.

  1. Œuvrer pour la justice

Ces degrés de liberté, d’une part, et cette espérance nouvelle, d’autre part, sont les conditions qui permettent de nous mettre à l’œuvre pour changer le cours des choses. Ce sont deux conditions qui nous permettent d’œuvrer pour rétablir la justice. L’espérance nous permet de repérer les situations pour lesquelles notre engagement personnel est requis. L’espérance consiste à repérer ce qui est fondamentalement juste – cela nous le repérons en adoptant le point de vue de Dieu dans la prière – et à se retrousser les manches pour que cela advienne.

Servir l’Éternel et se réjouir, avec crainte et tremblement, c’est cela la vie chrétienne. Pour la Crainte et tremblement, je vous renvoie au livre du théologien danois Søren Kierkegaard. Servir et se réjouir, voilà un programme intéressant. Servir au lieu de se servir comme le font tous les coquins qui utilisent le pouvoir à des fins personnelles. Se réjouir en lieu et place de l’angoisse dont on est légitimement saisi face à l’adversité, face au pouvoir de la violence. La joie est le signe que nous agissons en harmonie avec nos convictions personnelles, que nous agissons en toute liberté, que nul n’a passé la bride sur notre cou.

Et nous pouvons alors donner toute la démesure dont Dieu nous rend capables. C’est le bénéfice de la prière. C’est le bénéfice de cette deuxième prière du psautier : la prière change la situation en changeant notre regard sur les situations.

Passer de la peur au rire. Ne pas se courber devant les tyrans politiques ni devant les tyrans domestiques. Adopter le point de vue de Dieu pour découvrir la faiblesse de ceux qui usent de la force pour se maintenir en place. Et en rire. Et, ainsi, reprendre le dessus. Être remis débout en nous-mêmes. Être ressuscité pour faire face à ce qui arrive. Par la prière, Dieu nous fait passer de la peur au rire et nous relance dans la vie. Rire, pour se repositionner et agir dans le sens de l’Évangile.

Amen

One comment

  1. Rire. Soyez remercié James Woody : nous avoir rappelé que le rire est, aussi, l’une des données anthropomorphiques que ces textes faits de mains d’hommes ont attribué au divin afin de nous le rendre … moins ineffable ? … plus humain ?

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.