Un orgue pour la liberté

Michel Dautry, président de l’AOTM

Les projets ambitieux portés par une volonté personnelle et une équipe polyvalente se concrétisent. C’est ce que nous avons célébré ce samedi 24 mai au temple de la rue de Maguelone à Montpellier.

Des centaines de personnes ont pu entendre le nouvel orgue du temple de la rue de Maguelone offrir ses harmonies avec générosité. Il convient, avant toutes choses, d’être reconnaissant envers Michel Dautry, président des Amis de l’Orgue du Temple de Maguelone (AOTM) qui a eu la pédagogie et la détermination nécessaires pour mener à bien de projet.

Rendre au temple son éclat

Tout commence avec le constat que l’orgue du grand Temple de Montpellier est à bout de souffle, qu’il ne permet pas d’organiser une vie musicale dont l’orgue serait un fondement et qu’il s’inscrit mal dans une architecture qui à laissé une grande place aux vitraux qui diffusent une lumière changeante au fil de la journée que cet orgue camoufle aux premières lueurs de l’aube.

Martin Bacot, architecte

C’est par l’aspect architectural que le projet commence. En s’adressant à Martin Bacot, architecte du patrimoine et organiste, Michel Dautry fait le choix d’un nouvel orgue muni d’un buffet ajusté à l‘écrin que constitue ce lieu de culte inauguré en 1870, entre la gare saint Roch et la place de la Comédie, sur un axe de déambulation central pour la vie sociale montpelliéraine. Il s’agit, aussi, de faire entre ce temple dans le XXIe siècle en lui conférant un aspect contemporain qui ne soit pas la pâle copie de ce qui existe déjà par ailleurs.

Martin Bacot accomplit un travail minutieux pour comprendre le lieu, en découvrir l’esprit et la vocation. Il remonte le fil de l’histoire tout en interrogeant les responsables de ce lieu de culte. Nous nous sommes rappelés, hier, la teneur de ces discussions décisives pour la suite. La liberté serait un maître-mot pour la construction du futur orgue.

Culte et culture

Cette liberté c’est celle à laquelle l’Évangile nous appelle. C’est aussi celle qui porte la culture à l’incandescence. Il s’agira de pouvoir jouer tout Bach, mais aussi du Jazz. Et, aspect particulièrement important, il s’agira de poursuivre la création musicale, d’une manière analogue à ce qu’accomplit le prédicateur, chaque dimanche, en réinterprétant le patrimoine théologique pour faire face aux défis contemporains.

Cette liberté s’exprimera par la manière dont les tuyaux seront disposés, non pas selon un ordre géométrique, mais selon un ordre vital et d’une manière telle qu’ils sont comme en apesanteur, entre ciel et terre, au dessus de la tribune qui domine la chaire du prédicateur.

Cet orgue sera au service du culte et sera un objet de culture, les deux étant au service de ce qui nous rend tous plus humains. Il est également prévu, dès le départ du projet, que les élèves du conservatoire puissent en profiter. La grâce est universelle. De même que le culte est public, cet orgue sera au service de tous, comme outil pédagogique, comme instrument capable d’accompagner les différentes étapes de notre vie individuelle et de notre existence collective, comme le moyen par lequel nos émotions sont exprimées et transcendées.

Du savoir faire

Pascal Quorin,
facteur d’orgues

La tribune du temple est large, mais elle est étroite. Il y a un défi technique à relever. C’est l’atelier du facteur d’orgue Pascal Quorin qui remportera l’appel d’offre. Il s’attellera à l’élaboration du projet qui tiendra compte de toutes les contraintes et de tous les souhaits, avec une passion qui ne sera jamais atténuée par toutes les difficultés qui surgiront : la crise du covid, l’incendie de Notre Dame qui le réquisitionnera, la guerre en Ukraine qui aura impact sur le coût des matières premières.

Le projet est de construire un orgue de 33 jeux. « Les entités essentielles sont privilégiées, plenum développé sur les deux plans sonores principaux, jeux de 8 pieds abondant, jeux d’anches capables de se fondre dans ces ensembles, jeux de tierces sur le troisième plan expressif », précise Pascal Quoirin. Il en résulte la composition suivante :

1er clavier – GRAND-ORGUE
Bourdon 16′
Montre 8
Traverso 8′ (harmonique)
Viole de Gambe 8′
Prestant 4′
Quinte 2 2/3′
Doublette 2′
Fourniture Il rangs (16)
Plein jeu IV rangs (8)
Trompette 8′

 

2ème clavier – POSITIF
Principal 8
Bourdon 8
Quintaton 8′
Prestant 4*
Flûte d’Allemand 4′
Doublette 2′
Sesquialtéra II
Plein jeu III rangs
Dulcian 8′
Tremblant doux

3ème clavier – RECIT EXPRESSIF
Gambe 8′
Unda Maris 8′
Bourdon 8′
Flûte Conique 4′
Flûte 2
Nazard 2 2/3′
Tierce 1 3/5′
Fagott 16
Basson 8′
Voix Humaine 8
Tremblant doux

Luc Antonini à la console de l’orgue

PEDALE
Untersatz 16′
Principal 8
Octave 4
Posaune 16′

Accouplements mécaniques à tiroir : 11/I – III/II
Accouplements électriques : 11/I – III// – III/II
Accouplements en 16′ : 11/I – III// – III/II

Tirasses
Pédale / en 8′
Pédale /Il en 8′
Pédale/III en 8′
Pédale/III en 4′

Combinateur ELTEC
Claviers de 58 notes, pédalier de 32 notes.
Transmissions entièrement mécaniques pour les 3 claviers et la pédale.
Tempérament égal.

 

Un financement dynamique

Le projet initial est de 750.000 euros. C’est une somme considérable qui s’explique par la qualité du travail préparatoire et la réalisation sur mesure qui fait appel au savoir-faire d’artisans très qualifiés pour construire un instrument d’exception. Ce projet est non seulement l’occasion de transmettre l’art du facteur d’orgue en faisant travailler ces artisans de plusieurs générations, mais de faire progresser cet art par le caractère innovant de cet instrument qui se déploie dans la hauteur et la largeur.

La fondation du patrimoine sera l’institution sur laquelle reposera le projet pour bénéficier de la générosité publique. Le ministère de la culture s’investit immédiatement dans ce projet dont il mesure bien l’importance culturelle et l’intérêt qu’il aura au-delà de Montpellier, à hauteur de 20%. La Région Occitanie apporte un soutien équivalent dans la foulée. La métropole décidera par la suite d’une subvention. Le département apportera un soutien financier pour les travaux de renforcement de la tribune.

Par ailleurs, l’AOTM engage des actions pour susciter des dons privés, par l’organisation d’un concert de toute beauté : sous la direction de l’un des parrains, Jean-Claude Casadesus, l’orchestre du Conservatoire à Rayonnement Régional de Montpellier donnera la première symphonie de Beethoven. D’autres concerts suivront pour susciter la générosité, grâce à l’implication de musiciens, à commencer par le pianiste Conrad Wilkinson. Tous les moyens seront bons pour faire connaître le projet à travers la France et le monde, qu’il s’agisse des émissions de radio, des articles dans les journaux, de la lettre de nouvelles et du site Internet, d’une vente de peintures, etc. 900 donateurs, de toutes origines et de tous lieux, parmi lesquels la Société genevoise en faveur des protestants disséminés, contribueront au financement de l’orgue dont le budget a atteint les 920.000 euros en raison de l’augmentation du prix des matières premières et de l’inflation.

Place à la musique

Ce sont donc les efforts combinés de quelques passionnés d’orgues, d’autres qui avaient à cœur le rayonnement du temple de la rue de Maguelone, d’autres encore qui avaient le désir de faire vivre le patrimoine musical et de le doter d’un nouvel instrument capable de faire le pont entre l’Antiquité au sein de laquelle le premier orgue voit le jour, les siècles où il connaît son apogée, notamment par le travail incomparable de Jean-Sébastien Bach, et l’avenir qu’il nous appartient de d’envisager, qu’il a été possible à Philippe Lefebvre, organiste titulaire émérite de Notre-Dame de Paris, de faire retentir des œuvres de Jean-Sébastien Bach, Johannes Brahms, Maurice Ravel, Claude Debussy, Jehan Alain, Maurice Duruflé et une improvisation personnelle dédié au président Michel Dautry.

Ce sont ces efforts qui auront permis de rassembler ce samedi 24 mai 2025 des personnes d’horizons et de sensibilités différentes, toutes réunies dans un même esprit de communion fraternelle.

Le prochain festival de Radio France, en Occitanie, sera l’occasion pour un large public d’entendre l’orgue. Jean-Pierre Lecaudey, le mercredi 9 juillet, et Luc Antonini, le mardi 15 juillet, joueront Bach.

La vie de cet orgue est à suivre sur place, et par le site de l’association aotm.fr

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