Entre ses mains, inauguration d’une galerie

Lorsqu’on entre dans une galerie d’art, qu’est-on, si ce n’est quelqu’un entre les mains d’un autre ?

Un nouveau lieu pour l’art

Maxime Allain vient d’ouvrir sa galerie dans le quartier de la Butte aux Cailles, le sud parisien entre rue de Tolbiac et métro aérien. Pour cet ancien élève de l’École du Louvre, c’est l’occasion de mêler sa passion pour la peinture avec ce désir de faire connaître, de faire découvrir, des œuvres, des artistes. Nous voici donc entre les mains de ce nouveau galeriste qui s’est installé dans l’ancien atelier d’un luthier, au 20 d’une rue qui porte le beau nom d’une vertu théologale : l’espérance.

Maxime Allain s’intéresse aux « artistes dont le travail témoigne d’une intense recherche intérieure et d’une quête sincère à travers la peinture et le dessin ».

L’inauguration de ce nouveau lieu d’exposition se fait avec Vassilis Salpistis. Le théâtre des surfaces rassemble des peintures par lesquelles l’artiste va en quête de la vérité de la vie. Vaste programme, me direz-vous. Mais n’est-ce pas la vocation de nous tous de partir en quête de la vérité de l’Homme, de la création, de ce que nous appelons la vie ? N’est-ce pas notre vocation commune de faire valoir nos talents pour découvrir les ressorts de l’existence et ses grandes vérités qu’il nous appartient de restituer, chacun, dans notre langage, avec notre métier ?

Entre les mains de l’artiste

Nous voici donc, également, entre les mains de cet artiste qui explore la nature et nous entraîne dans une méditation intérieure.

Vassillis Salpistis, Entre ses doigts. 2025. 20×30 cm

Commençons par ce portrait qui n’en est pas tout à fait un puisque le visage est barré de deux mains masculines qui le couvrent en partie. Nous sommes loin des noces barbares de Queffelec. Il n’y a ni effroi dans le regard qui se fraie un chemin à travers les doigts, ni violence dans ces mains qui font manifestement preuve de douceur. Les crayons de couleur, le fusain et l’acrylique soulignent cette douceur de contrastes puissants qui donnent de la vigueur à cette pose. Le rouge des lèvres évoque un cœur chargé de vie qui imprime un élan.

Que regarde cette femme ? Certainement pas l’homme qui la couvre de ses mains, à moins qu’il ait croisé ses deux mains – dans quel but si c’est le cas. Elle fait donc face à ce qui vient à elle, à l’abri d’une présence dans laquelle elle peut puiser la sérénité pour ne pas baisser les yeux. Elle à en elle ce courage d’être dont parlait le théologien Paul Tillich, qu’elle tire d’un autre qu’elle ne voit pas, de cette présence dont on a connaissance que par ses effets.

Dans la nature

Vassillis Salpistis, Cache. 2024. 24×32 cm

Un autre tableau nous plonge dans un jeu analogue de visible et invisible. Cette fois, c’est une main qui est enfouie dans des plantes dont les feuilles bien vertes évoquent le printemps. Il semble que la main fouille. Il se pourrait qu’elle cherche à atteindre la Cache dont ce tableau porte le nom. Mais n’est-ce pas la nature qui est, tout entière, une cache ?

N’est-ce pas au cœur de la nature que se cachent Adam et Ève, dans le livre de la Genèse, après avoir mangé le fruit qui leur a ouvert les yeux sur le fait qu’ils sont nus ? N’est-ce pas la nature qui leur sert alors de vêtement pour tenter de cacher la honte qu’ils éprouvent soudainement devant cette vérité implacable : l’homme ne sait vraiment pas grand-chose. Quand il croque le fruit de la connaissance du bien et du mal, la seule chose qu’il découvre, c’est qu’il est nu, comme un ver. Ce savoir n’est pas inutile : l’humilité permet à l’homme de comprendre qu’il ne peut atteindre seul les hautes vérités de la vie. Il a besoin d’autrui. Il a besoin de se placer entre ses mains – en partie du moins.

Une parabole négative

Il pourrait bien être question, également, d’humilité, dans la Fontaine qui saisit un jet d’eau qui retombe un peu plus loin, s’écrasant au sol sous l’effet de la gravitation. La trajectoire est une parabole de type y=-x². Une parabole négative en quelque sorte. Non pas Dieu qui descend vers l’humain pour l’élever au plus haut des cieux, mais l’homme qui construit une tour de Babel qui précipite sa chute.

Vassillis Salpistis, Fontaine. 2024. 40×50

Le jet d’eau a beau être fait de légèreté, il s’écrase rapidement. Un peu plus loin. Et, ce petit écart est déjà un voyage à lui tout seul. Au lieu de serpenter au sol, l’eau s’est donc élevée, hydratant l’atmosphère, rafraîchissant l’air ensoleillé et, sous un autre angle, offrant la joie d’un arc-en-ciel. Ce qui, de ce côté de la toile, pourrait apparaître comme un mouvement désespéré, sera le signe de l’alliance noachique, de l’autre côté : le souvenir de cette promesse que le déluge n’est pas une réponse divine au mal – car on ne répond pas au mal par le mal : sois vainqueur du mal par le bien, dira l’apôtre Paul (Romains 12).

Là encore, il s’agit de se mettre dans les mains d’un autre pour discerner un angle de la scène qui délivre un autre message. Le point de vue n’est jamais anodin. Partiel, il déforme la vérité voire produit une contre-vérité, à la manière des photos recadrées pour changer le sens d’une scène ou prise dans un axe qui altère la vérité. Il a appartient donc à celui qui regarde une toile de ne pas laisser à l’artiste seul le soin d’entreprendre la quête de vérité qu’il s’est assignée.

Il y a bien un sacerdoce universel auquel nul ne devrait jamais se soustraire : chercher à comprendre le monde, chercher à comprendre l’autre jusqu’à ce que la parabole devienne positive.

 

Le théâtre des surfaces, 22-32 mai 2025

Galerie Maxime Allain
20, rue de l’Espérance, Paris 13e.

Du mercredi au samedi, de 14 heures à 19 heures.
contact@galeriemaximeallain.fr

Expositions suivantes

Marine Bikard, Partition du dehors. 5-14 juin 2025

Mari-Anita Gaube & Arthur Metz. 19-28 juin 2025

3 comments

  1. Pourquoi faut-il chaque fois passer de temps à s’inscrire avec les mêmes données?
    Vous ne pourriez pas en garder mémoire?

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