Jésus-Christ est ressuscité des morts


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Luc 24/1-9

Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre de grand matin, portant les aromates qu’elles avaient préparés. 2 Elles trouvèrent que la pierre avait été roulée de devant le sépulcre; 3 et, étant entrées, elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. 4 Comme elles ne savaient que penser de cela, voici, deux hommes leur apparurent, en habits resplendissants. 5 Saisies de frayeur, elles baissèrent le visage contre terre; mais ils leur dirent: Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? 6 Il n’est point ici, mais il est ressuscité. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé, lorsqu’il était encore en Galilée,

Chers frères et sœurs, les récits de Pâques sont écrits du point de vue des disciples. Aucun évangéliste ne décrit ce qui est arrivé à Jésus entre sa mise au tombeau et l’arrivée des femmes. Pour forcer le trait, nous pourrions dire que ce qui caractérise Jésus, à Pâques, c’est qu’il ne fait rien. Strictement rien.

  1. Une résurrection du point de vue des disciples

C’est important car il peut nous arriver de dire qu’à Pâques, Jésus ressuscite – au sens de « il se ressuscite ». Or les textes ne disent pas cela. Le symbole des Apôtres non plus. Jésus est ressuscité – au sens où il a été ressuscité. Et, compte tenu du fait que le récit de Pâques nous expose le point de vue des disciples, ce qu’ils ont vécu, ce qu’ils ont éprouvé, Pâques c’est la résurrection de Jésus pour les disciples, pour chacun de nous.

Soyons bien clairs. Je ne dis pas que les disciples ont eu des hallucinations qui leur ont fait penser que Jésus avait été réanimé et que tout avait continué comme avant. Les récits de Pâques se focalisent sur l’expérience des disciples pour nous aider à être nous-mêmes disciples à la suite du vendredi saint. Et c’est d’ailleurs aux disciples seulement, que cette expérience sera possible, comme le rapporte Luc dans les Actes des Apôtres (10/41) : « Dieu (…) lui a donné de manifester sa présence non pas à tout le peuple, mais à des témoins choisis d’avance. » Il n’y a pas de témoin du ressuscité en dehors du cercle des croyants.

L’objectif des évangélistes, c’est de nous aider à être encore croyants après vendredi saint, après l’horreur, après n’importe quelle horreur que nous avons subie ou dont nous avons été les témoins. Être encore croyant après l’injustice, après la souffrance, après un effondrement de nos idéaux.

Dans quel état d’esprit étaient les disciples au matin de Pâques ? Ils pensaient que tout était fini, que ce qu’ils avaient vécu en compagnie de leur rabbi était fini. Ce n’était pas comme une parenthèse enchantée qui se serait refermée violemment sur leurs espoirs. Certes, leurs espoirs d’une vie extraordinaire étaient en miettes. Mais leur situation n’était pas un retour à la case départ. C’était une chute. Ils étaient désormais pétrifiés par la peur de connaître un sort analogue à Jésus. Quant aux femmes, elles osèrent sortir, mais pour entretenir le corps supplicié de celui en qui elles avaient mis leur confiance.

Or, nous disent les évangélistes, la mise à mort de Jésus ne fut pas la fin de l’histoire. Ce que Jésus avait prêché, ce qu’il avait accompli, l’espérance d’une vie juste qu’il avait incarnée, tout cela ne s’était pas effondré. Ce que Jésus avait injecté dans leur vie personnelle ne s’était pas endormi dans les limbes de l’histoire.

C’est cela qu’écrit l’évangéliste Luc, dans ces quelques versets qui disent le sens de Pâques avec une simplicité confondante.

    1. Une résurrection, deux verbes du quotidien

Si l’enseignement est simple, il y a tout de même un petit effort à faire, celui de retourner au texte grec de l’évangile. En effet, les traductions grecques ne rendent pas la finesse du texte de Luc qui ne parle jamais de résurrection. Cela pour la bonne et simple raison que « ressusciter » n’est pas un verbe grec, mais un verbe latin. Au sens technique du terme, il n’est jamais question de résurrection dans la Bible, pour la simple et bonne raison que la Bible n’a pas été écrite en latin. Et ce premier point change beaucoup de choses.

La résurrection, c’est un terme du domaine médical qui correspond à la réanimation. Or, c’est bien ce que nous avons le plus souvent en tête, lorsque nous parlons de résurrection. Nous pensons à une réanimation de Jésus – tout en disant bien que ce n’est pas une simple réanimation. Comme si une réanimation était une chose simple, au demeurant…

Dans nos traductions françaises, nous avons pourtant deux fois le verbe « ressusciter » qui est employé. Une première fois au verset 6, les deux personnages que voient les femmes disent de Jésus qu’il est ressuscité, selon nos traductions. En grec, c’est le verbe egeiro qui est utilisé. Nous pourrions donc traduire par « il n’est pas ici, mais il est éveillé ». Une deuxième fois, au verset 7, il est dit que le fils de l’homme devait être crucifié et qu’il ressuscite le troisième jour. En grec, ce n’est plus le verbe egeiro, mais le verbe anistèmi, que nous pourrions traduire par « lever ».

Avant la traduction qui harmonise les termes, nous avions deux verbes différents, des verbes utilisés dans la vie courante, et qui signifient « éveiller » pour le premier, « lever » pour le second. Deux verbes concernant Jésus-Christ, qui était la parole de Dieu. Notez bien que nous ne sommes pas dans le registre médical de la réanimation qui aurait utilisé des mots en rapport avec le biologique : anabioo et anabosis, anabioskomai.

L’évangéliste Luc constate que, pour les disciples, pour chacun de nous, la parole de Dieu a été éveillée, elle a été levée. Elle a cessé d’être mise en sommeil. La parole de Dieu a cessé d’être terrassée. Elle a pu continuer à faire histoire. Et cela a changé la vie des disciples. Cela a changé le regard que les disciples portaient sur la vie.

      1. Agir pour innover

Les femmes se sont éveillées le matin, elles se sont levées pour un être mort. Elles se sont éveillées de bon matin et elles se sont levées pour prendre soin d’un cadavre. Les messagers de Dieu changent leur horizon. Ils leur proposent de donner une autre direction à leur existence. Ils vont leur parler du vivant comme d’un horizon autrement plus désirable. Le vivant ! Non pas un être vivant parmi d’autre, mais le fait même d’être vivant, le fait d’être en train de vivre. Le terme grec ton zonta, c’est le verbe vivre au participe présent, non pas vivre au sens biologique du bios, mais vivre au sens de faire histoire, zoè, la vie qui a du sens.

Et vivre, c’est tout sauf croupir dans un mémorial. Or les femmes se sont rendues dans un mémorial (mnema) et non une tombe (taphos). Elles ont, ce matin-là, donné à leur vie la direction de la mémoire du passé. Je suis d’accord pour dire qu’un homme sans mémoire est un homme sans avenir, parce qu’il est condamné à revivre les scénarios du passé dont il n’a pas pu tirer la moindre leçon. Mais un homme enfermé dans un mémorial est condamné à mort, car il n’a aucune possibilité de recevoir ce qui est à venir.

En leur indiquant la voie de la Galilée, les messagers de Dieu changent l’orientation de la vie de ces femmes. Elles n’auront plus le mémorial et la mort pour horizon, mais la Galilée, ce lieu où Jésus n’a eu de cesse de changer le cours des événements, d’interrompre le fatalisme naturel qui était devenu un pli pour ses contemporains. Le vivant, être en train de vivre, c’est partir de la mémoire en direction de la Galilée où Jésus a prêché et où il a agit en faveur d’une vie qui ne se laissait pas réduire à la répétition mécanique de ce qui s’était toujours fait jusque-là.

Laissées à elles-mêmes, les affaires humaines ne peuvent obéir qu’aux lois naturelles. Or, les lois naturelles sont toutes placées sous le même couperet de la loi de l’entropie, de la désagrégation, du dépérissement, de la mortalité. Dans la nature, la loi la plus sûre, la seule loi certaine, c’est cette orientation vers la mort.

Face à cette loi de la nature, Dieu suscite et ressuscite notre faculté d’agir, comme il l’avait fait pour Jésus en Galilée. Ce que Dieu nous inspire permet d’interférer avec cette loi de la nature, parce qu’elle brise l’automatisme de la vie quotidienne. Pâques, c’est l’interruption par Dieu du cours inexorable d’une histoire qui tend vers la décrépitude, vers le chaos, vers le mémorial où nous déposons nos vies devenues transparentes et tristes. Pâques, c’est l’introduction du neuf, de l’innovation, de l’inédit. C’est ainsi que Dieu nous révèle cette vérité qui sera reprise par l’apôtre Paul et par les évangélistes : bien qu’ils doivent mourir, les hommes ne sont pas nés pour mourir, mais pour créer.

En disant que Jésus-Christ, la parole de Dieu faite chair, est ressuscité à Pâques, les premiers chrétiens ont observé que les forces de malheur n’avaient pu ni assoupir, ni écraser, la puissance de vie suscitée par Dieu. Les premiers chrétiens ont observé que la parole de Dieu continuait à nous indiquer des engagements possibles, des projets possibles, de nouvelles relations possibles, des actes de justice possibles, des œuvres de paix possibles.

Les premiers chrétiens l’ont observé alors qu’ils avaient vu, aussi, des crimes perpétrés, la justice bafouée, des organisations religieuses et politiques corrompues, des situations de conflits et de guerre. Oui, il y avait bien des malheurs autour d’eux, des injustices monstrueuses, des souffrances terribles. Mais ils ont été également saisis par l’étonnement, comme Pierre, finalement : au milieu de tous ces malheurs, une vie était à nouveau possible. La parole de Dieu était bel et bien en éveil. Elle était bien relevée pour leur indiquer les voies de l’action et pour  qu’ils apportent leur contribution à la création d’un monde orienté vers le vivant.

Amen

One comment

  1. Merci pour ces explications claires. Merci de répondre à mes questionnements. Vos prédications éclairent mon Chemin au fil des ans, et me donnent la foi.

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