Conçu du saint Esprit, Jésus n’est pas un sauveur hybride


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Genèse 6/1-6
1 Lorsque les hommes eurent commencé à se multiplier sur la face de la terre, et que des filles leur furent nées, 2 les fils de Dieu virent que les filles des hommes étaient belles, et ils en prirent pour femmes parmi toutes celles qu’ils choisirent. 3 Alors l’Éternel dit: Mon esprit ne restera pas à toujours dans l’homme, car l’homme n’est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans. 4 Les géants étaient sur la terre en ces temps-là, après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu’elles leur eurent donné des enfants. Ce sont ces héros qui furent fameux dans l’antiquité. 5 L’Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur coeur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. 6 L’Éternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son coeur.


Matthieu 1/18-25

18 Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus -Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint -Esprit, avant qu’ils eussent habité ensemble. 19 Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. 20 Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit: Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint -Esprit. 21 Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. 22 Tout cela arriva afin que s’accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète: 23 Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous. 24 Joseph s’étant réveillé fit ce que l’ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui. 25 Mais il ne la connut point jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

 

Chers frères et sœurs, il est dangereux de lire les textes bibliques hors de leur contexte. Il est aussi hasardeux de lire les textes du Nouveau Testament sans se référer à la Bible hébraïque. Parfois les textes du Nouveau Testament font référence à des passages de l’Ancien Testament. Parfois il n’y a pas d’allusion très nette, mais c’est à la condition d’avoir en tête les enseignements de l’Ancien Testament que nous évitons des mauvaises interprétations des textes du Nouveau Testament. C’est le cas avec la naissance de Jésus de Nazareth. Sans rien connaître de la Bible hébraïque, on risque de se tromper sur l’identité de Jésus.

  1. Jésus n’est pas un surhomme

Il est courant de dire que la naissance de Jésus vient de ce que Marie, sa mère, a été mise enceinte par l’Esprit de Dieu. C’est Dieu et Marie qui seraient les parents de Jésus. Et c’est ainsi que nous pourrions dire que Jésus est à la fois homme et Dieu. Un être hybride en quelque sorte.

Notez que ce ne serait pas la première fois, dans la Bible. Déjà, la naissance de Caïn avait été comprise par Eve comme le fruit de son union avec Dieu. À la naissance de Caïn, Ève avait déclaré (Gn 4/1) : « j’ai acquis un enfant avec l’Éternel ». Cela peut faire penser au verset de l’évangéliste Matthieu (1/18) qui stipule qu’elle se trouva enceinte du Saint Esprit. Et tout cela peut faire penser que Jésus est le fruit de l’union de Dieu et de Marie comme cela avait été vraisemblablement le cas avec Ève.

Élargissons la perspective et voyons la suite du livre de la Genèse. La suite de l’histoire de Caïn est bien connue : Caïn ne supporte pas que Dieu ait porté un regard favorable sur son frère Abel, alors il l’assassine. La suite de l’histoire est un peu moins connue. C’est ce que nous raconte le début du chapitre 6 : il y a un croisement entre l’humain et le divin. Les fils de Dieu prennent pour femmes les filles des hommes. Nous avons là une hybridation. Et le verset 3 décrit la conséquence de ces êtres hydrides qui vont faire leur apparition : l’Esprit de Dieu ne jugera plus dans l’être humain. C’est le verbe dyn qu’emploi l’auteur de Genèse 3. C’est le verbe qui désigne la faculté de jugement, de discernement.

L’hybridation conduit l’humanité à perdre l’esprit de Dieu qui permet de juger des situations. Et la suite de l’histoire fait référence aux mythologies avoisinantes qui racontent les naissances de personnages hydrides, ces héros d’autrefois, fruit de l’union d’un Dieu et d’un humain. Ces êtres hybrides sont appelés en hébreu « Nephilim ». Bizarrement les traducteurs parlent de géants alors que la racine de ce mot hébreu veut dire tomber (naphal). Il y a là, en vérité, le véritable récit de la chute de l’humanité. S’il y a un récit de la chute, dans la Bible, c’est ici, lorsqu’il y a accouplement du divin et de l’humain – ce qui provoque des êtres effondrés sur eux-mêmes, des monstres.

Le commentaire du rédacteur est que cette situation provoque le malheur généralisé. La méchanceté de l’homme grandit et ses pensées s’orientent vers le mal. C’est le point de départ de l’épisode du déluge. Le croisement physique du divin et de l’humain conduit au mal généralisé puis au déluge. Le rédacteur décrit le mariage de Dieu et des humains comme une malédiction.

  1. Marie marche dans le sillage de Dieu

Alors, Jésus, est-il à l’image de ces êtres qui provoquent le déluge ? Est-il un surhomme, un übermensch ? Nous observons dans l’évangile selon Matthieu un écart par rapport à l’épisode de Caïn et par rapport à l’épisode qui précède le déluge. Contrairement à Ève, il n’est pas dit que Marie va avoir un enfant avec l’Éternel. S’agissant de Marie, il est dit que l’engendrement trouve son origine en Dieu. Si nous regardons les termes grecs, Marie n’est pas enceinte par l’action physique de Dieu (« dia ») comme Eve le dira à son sujet selon le texte grec de la Genèse, mais « ek », ce qui exprime l’origine du projet. Si Marie est enceinte, c’est parce que l’idée vient de Dieu.

Observons la différence entre Gn 6 et Mt 1 : avant le déluge, l’Esprit de Dieu est mis en échec ; en Mt 1 il oriente l’action et la suite de l’histoire.

Ces deux informations nous font comprendre que, du côté de Marie, ce qui arrive est inspiré par Dieu. C’est Dieu qui oriente Marie dans la direction de la maternité. Et cette maternité n’est pas une maternité hybride qui produirait quelque chose de monstrueux. Cette maternité va, tout au contraire, porter au monde un être pleinement humain. Nous pourrions même dire, à la suite du réformateur Martin Luther, que Dieu intervient pour qu’un être accepte de n’être qu’un homme. En effet, lorsqu’il rejette l’Esprit de Dieu, l’homme veut être son propre Dieu. Sans l’Esprit de Dieu, l’homme refuse d’être une créature, il ne peut s’empêcher de vouloir être plus qu’un simple homme.

Jésus, lui, sera pleinement humain. Il sera humain comme personne ne l’a été. Précisément parce que Marie a fait pleinement accueil à l’esprit de Dieu. Ainsi, Marie ne s’est pas fait un enfant à la mesure de son orgueil. Elle ne s’est pas fait un enfant à l’image de ses fantasmes ou de ses angoisses. Marie a accueilli l’espérance de Dieu.

Le mieux est encore de le dire avec l’évangéliste Luc. Quand Marie apprend par l’ange Gabriel qu’elle sera enceinte de Jésus, elle rétorque qu’elle ne connaît pas d’homme. Et l’ange lui répond que le Saint Esprit viendra sur elle et que la puissance du Très-Haut la couvrira de son ombre.

Être dans l’ombre de Dieu n’est pas seulement une belle image. C’est une réalité vécue par un personnage du livre de l’Exode : celui qui est chargé de construire le sanctuaire, autrement dit le temple portatif de Dieu. C’est Betsaleel que Dieu charge d’être l’artisan de cette construction (Ex 31/2). Que veut dire son nom ? « Dans (be) l’ombre (tsel) de Dieu (el) » et ce qui est frappant, c’est que Dieu indique à Moïse : « je l’ai rempli de l’esprit de Dieu ». L’Esprit de Dieu remplit celui qui va bâtir le sanctuaire de Dieu. Comme Marie qui, elle aussi, va bâtir le temple de Dieu, le lieu où Dieu rencontre l’histoire des hommes.

Cela indique que Marie se place dans le sillage de Dieu. La conception du Saint Esprit indique que ce n’est pas l’orgueil ou la volonté de puissance qui est à l’origine de la naissance de Jésus. C’est bien l’Esprit de Dieu. C’est semblable au début de la Bible. En Genèse 1, l’esprit de Dieu planait à la surface des eaux. Puis des paroles retentirent pour orienter l’univers dans le sens d’une plus grande humanité.

  1. Le Saint Esprit et la naissance

En retenant la part que l’Esprit de Dieu prend dans la conception de Jésus, cette confession de foi dite symbole des apôtres, nous remet en tête la part que Dieu prend dans cette naissance et, plus généralement, dans tous les commencements.

Soyons plus précis. Au regard de l’épisode du déluge, la conception du Saint-Esprit nous révèle le malheur qui nous guette lorsque nous faisons obstacle à l’Esprit de Dieu. Si nous nous souvenons que l’Esprit signifie le vent, le souffle, aussi bien dans l’hébreu que dans le grec, alors nous comprenons l’intérêt qu’il y a à être au bénéfice de l’Esprit de Dieu. L’Esprit de Dieu est ce qui nous met en mouvement – ce qui nous évite de rester sur notre quant à soi.

Aussi bien pour la naissance d’un enfant que pour la mise en œuvre d’un projet, l’Esprit de Dieu nous arrache à notre égocentrisme et, ainsi, nous préserve de faire quelque chose d’inhumain. L’Esprit nous pousse hors de nos retranchements, hors de notre orgueil. Sans l’Esprit, nous sommes à l’image du Jésus du texte apocryphe Histoire de l’enfance de Jésus (4/1). Jésus, âgé de 5 ans, se promène avec son père et il se fait bousculer par un enfant qui court. Jésus lui dit : «  Tu ne continueras pas ton chemin » et aussitôt l’enfant tombe mort.

De son côté, le cantique de Marie,que nous avons repris pour notre louange, indique que l’Esprit nous arrache à nos angoisses, à notre sentiment de petitesse.

Ce qui est conçu par l’Esprit est libéré de notre suffisance et de nos insuffisances. Pour le dire avec les mots de l’évangéliste Matthieu, ce qui est conçu de l’Esprit de Dieu nous sauve du péché. L’Esprit de Dieu nous sauve d’une vie où nous pensons qu’il faut être méchant pour survivre, qu’il faut écraser les autres pour avoir une place, qu’il faut se hisser au-dessus des autres pour être quelqu’un. L’Esprit de Dieu nous pousse à être pleinement humains.

Amen

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3 comments

  1. Profondément déstabilisant votre propos et … constructif dès lors que j’accepte d’être déstabilisée car je saisis ce que signifie « Esprit » ce souffle infime pourtant révélé palpable à Eli comme à chacun d’entre nous et donc, à moi !

    1. Comprendre. Avancer. Raisonner. Être dans l’énoncé… puis se laisser habiter par l’Esprit. Pas simple. Dépasser l’intellect qui assèche.

    2. J’ai dans l’idée qu’il faut s’habituer aux propos déstabilisant, car la Bible est assez subversive (et l’évangile pas toujours là où cela nous arrangerait – en première intention.

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