Rudy Ricciotti, Sympathie pour l’ultime. Bâtir sans renoncer

“Nil virtus generosa timet” – La générosité ne craint aucune puissance

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« L’architecte bâtit avec les autres. C’est un être dans les plis d’un accordéon où tous les sons incarnent un métier »

« L’acte de bâtir est une générosité solidaire qui tire tout le monde vers le haut. L’acte de bâtir n’est pas théorique. C’est un acte adossé à une croyance, celle du partage – c’est essentiel. »

Conseil aux jeunes architectes : « Apprenez quelques mots magiques !

  • S’il vous plaît
  • Merci – être émerveillé par ce que font les gens
  • Pitié – pardonnez-moi, je ne sais rien »

« Notre responsabilité christique d’architecte est d’honorer les métiers »

Quelques dérives de la modernité :

« Le minimalisme – idéologie de bistrot, rêve absolu des promoteurs qui font les marges bénéficiaires les plus énormes par la perte du vocabulaire qui conduit à une perte des métiers. Au XIXè il fallait 100 mots pour décrire la façade depuis le toit jusqu’au sol ; aujourd’hui 3 ou 4 mots suffisent. Si nous avons perdu 96% des mots, nous avons aussi perdu 96% des métiers. »

Adolf Loos : « l’ornement est un crime ». Rudy Ricciotti : « En fait, c’est une nécessité adossée à une croyance qui est le refus d’une souffrance. »

« La dépendance technologique à l’égard du high tech, un très haut niveau de technologie avec un très bas niveau d’intelligence. »

« Le béton, c’est une matière qui a des milliers d’années derrière elle ; il y a quelque chose d’inattendu, il y a un degré de résistance, c’est une matière qui a le diable en elle. »

« La question du sens est majeure. L’architecte a peur de se raconter des mensonges. »

« 1m² de Versailles a une empreinte environnementale plus faible qu’1m² de logement social. »

Ce que Dieu désigne pour l’architecte.

« L’idée du dépassement, et l’idée de l’imprudence, de se mettre en difficulté sans mettre les autres en danger. L’imprudence est nécessaire. C’est aussi ce qui permet de contrôler la désillusion pour la transcender. Ce qu’on n’arrive pas à dire, ce qu’on n’arrive pas à faire… On s’en approche petit à petit et, pour cela, il faut être enragé et on y arrive toujours. Ça part de l’engagement individuel, de l’obsession, de la folie [NDLR : ne serait-ce pas une autre manière de parler de la foi ?]. »

L’ornement sert-il à cacher la médiocrité ?

« L’ornement est une question de dogme ou de doctrine. Si la médiocrité existe et que l’ornement la cache, c’est déjà une vertu. La critique de l’ornement relève d’une dérive autoritaire suspecte. Imaginez ce lieu [NDLR : le temple] dans lequel on détruirait les chapiteaux des colonnes : l’architecture n’est pas fantastique ici, mais elle a une dignité. Ce qui fait sa dignité, c’est le sursaut de délicatesse avant la disparition du signe. Il n’y a pas grand chose. Il y a une frise, les chapiteaux sont différents… Il n’y a pas grand chose. Ce pas grand chose enlève une extrême pauvreté au lieu, au sens du manque d’imagination architecturale. Je n’ai pas de difficulté face à l’ornement. J’ai plutôt une détestation sur l’idée de ce que le design véhicule comme disparition de la chair, disparition du corps, disparition de l’âme, disparition du cœur – Jacques Tati avait déjà tout annoncé : aujourd’hui, un hôtel, c’est une chaise blanche en plastique. »

« Quel est le prix de l’échange symbolique entre l’argent et la médiocrité ? »

Dans ce temple, on annonce la vie éternelle et les architectes créent des œuvres qui ont une vie éternelle par rapport à la vie des hommes.

« Dans la dérive des discours idéologiques des années 80, on imaginait qu’il fallait que les bâtiments soient éphémères. Et en même temps on surfe sur le paradoxe linguistique du développement durable. Si la durée de vie d’un ouvrage est de 10 ans, imaginez un bâtiment en béton qui dure 100 ans : l’empreinte environnementale est divisée par 10. Donc le message est clair : il faut faire des bâtiments qui durent. La détresse des chantiers, c’est l’urgence, l’état d’urgence. C’est la question aussi de l’urgence dans les délais de chantier. Il faut travailler vite. Il ne faut pas laisser le temps nécessaire à la qualité des ouvrages et c’est un manque de respect donné aux hommes, aussi parce que les ouvriers ne demandent pas à aller vite : il veulent qu’on leur donne le temps pour bien faire, pour bien faire les choses ; et c’est une expression qui disparaît « bien faire les choses », bien faire, avoir du cœur à l’ouvrage – c’est un combat, pour que ça dure. »


L’agence Rudy Ricciotti

Parmi la bibliographie de Rudy Ricciotti :

  • La HQE brille comme ses initiales sur la chevalière au doigt, Le Gac Press, 2011
  • L’architecture est un sport de combat, Textuel, 2013
  • En vain !, Editions Janninck, 2014
  • Mémorial du Camp de Rivesaltes, Archibooks, 2016
  • Première ligne, Cassis belli, 2019
  • L’exil de la beauté, Textuel, 2019
  • Je te ressers un pastis ?, L’aube, 2019

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