Face à l’ineffable

Culte 22 décembre – 4ème dimanche de l’Avent

Orgue

Salutation

Luc 1:1-79
Luc 1: 1Puisque plusieurs ont entrepris de rédiger un récit des choses qui sont reçues parmi nous avec une pleine certitude,  2 comme nous les ont transmises ceux qui, dès le commencement, ont été les témoins oculaires et les ministres de la parole,  3 il m’a semblé bon à moi aussi, qui ai suivi exactement toutes choses depuis le commencement, très-excellent Théophile, de te les écrire par ordre,  4 afin que tu connaisses la certitude des choses dont tu as été instruit.

Cantique 302/1,2,3 après la longue attente

5 Aux jours d’Hérode, roi de Judée, il y avait un certain sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d’Abia; et sa femme était des filles d’Aaron, et son nom était Élisabeth.  6 Et ils étaient tous deux justes devant Dieu, marchant dans tous les commandements et dans toutes les ordonnances du Seigneur, sans reproche.  7 Et ils n’avaient pas d’enfant, parce qu’Élisabeth était stérile; et ils étaient tous deux fort avancés en âge.  8 Or il arriva, pendant qu’il exerçait la sacrificature devant Dieu dans l’ordre de sa classe,  9 que, selon la coutume de la sacrificature, le sort lui échut d’offrir le parfum en entrant dans le temple du Seigneur.  10 Et toute la multitude du peuple priait dehors, à l’heure du parfum.  11 Et un ange du Seigneur lui apparut, se tenant au côté droit de l’autel du parfum.  12 Et Zacharie, le voyant, fut troublé, et la crainte le saisit.

Cantique 351/1,2,3 D’un arbre séculaire

13 Et l’ange lui dit: Ne crains pas, Zacharie, parce que tes supplications ont été exaucées, et ta femme Élisabeth t’enfantera un fils, et tu appelleras son nom Jean.  14 Et il sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissance;  15 car il sera grand devant le Seigneur, et il ne boira ni vin ni cervoise; et il sera rempli de l’Esprit Saint déjà dès le ventre de sa mère.  16 Et il fera retourner plusieurs des fils d’Israël au Seigneur leur Dieu.  17 Et il ira devant lui dans l’esprit et la puissance d’Élie, pour faire retourner les coeurs des pères vers les enfants, et les désobéissants à la pensée des justes, pour préparer au Seigneur un peuple bien disposé.  18 Et Zacharie dit à l’ange: Comment connaîtrai-je cela? car moi, je suis un vieillard, et ma femme est fort avancée en âge.  19 Et l’ange, répondant, lui dit: Moi, je suis Gabriel, qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer ces bonnes nouvelles.  20 Et voici, tu seras muet et tu ne pourras point parler jusqu’au jour où ce choses arriveront, parce que tu n’as pas cru mes paroles qui s’accompliront en leur temps.

  1. Intériorisation

Chers frères et sœurs, Zacharie était prêtre au temple de Jérusalem et l’évangéliste indique qu’il était irréprochable devant Dieu (Luc 1/6). Survient alors un messager de Dieu, Gabriel, qui lui indique qu’il va donner naissance à Jean, le futur baptiste, qui sera un homme de Dieu. Mais Zacharie n’y croit pas ou, plus exactement, il n’adhère pas à l’annonce de l’ange ; il n’acquiesce pas ; il a peur ; il est sur la réserve. On le comprend. Comment réagirions-nous si on nous annonçait la même chose ? Comment réagirions-nous face à une telle situation où nous nous trouvons directement face à la volonté de Dieu, directement impliqués dans l’histoire sainte, c’est-à-dire dans l’histoire qui prend le sens de l’espérance divine ?

Comment ne pas être sans voix, comme Zacharie ? Je suis toujours un peu étonné par les discours religieux trop prolixes pour être honnêtes. Je suis toujours un peu surpris par ces croyants qui parlent et qui parlent de Dieu, le plus souvent à la place de Dieu. L’expérience du sacré, c’est d’abord l’expérience non seulement du silence, mais du mutisme. La vérité laisse sans voix, c’est l’expérience que nous faisons lorsque nous lisons un livre qui dit vrai, un passage qui nous fait toucher du doigt une vérité qui jusque là nous échappait, ou que nous n’avions jamais pu exprimer correctement. Dans ce cas, on s’arrête de lire. On pose peut-être le livre. Et on se met à penser. En tout cas on se tait, parce que nous sommes face à quelque chose de tellement vrai, de tellement grand, de tellement puissant comme peut l’être la vérité, que les mots nous manquent ou, plus exactement, il n’y a pas grand-chose à ajouter.

Qui suis-je, face au réel ? Qui suis-je face à la manifestation de Dieu dans mon histoire personnelle ? Face au sacré, ce n’est pas seulement le silence qui s’impose, c’est le mutisme. Se taire ! Parce qu’il y a plus important que ma parole. Il y a plus grand que moi.

Cantique 306/1,2,3 Peuple de Dieu

21 Et le peuple attendait Zacharie; et ils s’étonnaient de ce qu’il tardait tant dans le temple.  22 Et quand il fut sorti, il ne pouvait pas leur parler: et ils reconnurent qu’il avait vu une vision dans le temple; et lui-même leur faisait des signes, et il demeura muet.  23 Et il arriva que, quand les jours de son ministère furent accomplis, il s’en alla dans sa maison.  24 Or après ces jours, Élisabeth sa femme conçut, et elle se cacha cinq mois, disant:  25 Le Seigneur m’a ainsi fait aux jours où il m’a regardée, pour ôter mon opprobre parmi les hommes.

Cantique 305/1,2,3,4 Plus de nuit, le jour va naître

57 Or le temps où elle devait accoucher fut accompli pour Élisabeth, et elle mit au monde un fils.  58 Et ses voisins et ses parents apprirent que le Seigneur avait magnifié sa miséricorde envers elle, et ils se réjouirent avec elle.  59 Et il arriva qu’au huitième jour ils vinrent pour circoncire le petit enfant; et ils l’appelaient Zacharie, du nom de son père.  60 Et sa mère, répondant, dit: Non, mais il sera appelé Jean.  61 Et ils lui dirent: Il n’y a personne dans ta parenté qui soit appelé de ce nom.  62 Et ils firent signe à son père qu’il déclarât comme il voulait qu’il fût appelé.  63 Et ayant demandé des tablettes, il écrivit, disant: Jean est son nom. Et ils en furent tous étonnés.  64 Et à l’instant sa bouche fut ouverte et sa langue déliée; et il parlait, louant Dieu.

Cantique 365/1,2,3,4 Aujourd’hui le roi des cieux

64 Et à l’instant sa bouche fut ouverte et sa langue déliée; et il parlait, louant Dieu.  65 Et tous leurs voisins furent saisis de crainte; et on s’entretenait de toutes ces choses par tout le pays des montagnes de la Judée;  66 et tous ceux qui les entendirent, les mirent dans leur cœur, disant: Que sera donc cet enfant? Et la main du Seigneur était avec lui.  67 Et Zacharie, son père, fut rempli de l’Esprit Saint, et prophétisa, disant:  68 Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, car il a visité et sauvé son peuple,  69 nous a suscité une corne de délivrance dans la maison de David son serviteur,  70 ce qu’il avait dit par la bouche de ses saints prophètes, qui ont été de tout temps,  71 une délivrance de nos ennemis et de la main de tous ceux qui nous haïssent;  72 pour accomplir la miséricorde envers nos pères et pour se souvenir de sa sainte alliance,  73 du serment qu’il a juré à Abraham notre père,  74 de nous accorder, étant libérés de la main de nos ennemis,  75 de le servir sans crainte, en sainteté et en justice devant lui, tous nos jours.

  1. Archéologie de la libération divine

Au moment où il apprend qu’il va être le père de cet homme de Dieu, Zacharie n’arrive plus à parler et nous comprenons qu’il est devenu sourd, également (Luc 1/20, 62). Cela signifie qu’il n’a plus de contact avec le reste du monde autrement qu’avec des signes. Zacharie est donc contraint d’interpréter les signes qu’on lui fait pour communiquer. Voilà qui est intéressant.

Ne pouvant plus communiquer facilement avec l’extérieur, Zacharie va être ramené à sa vie intérieure – c’est le temps du silence, du mutisme. Mais le silence ne signifie pas ne rien faire, ne rien éprouver.

Ce que nous lisons dans la prière d’action de grâces qui prononcera par la suite nous conduit à constater que Zacharie a scruté ce qu’il a en lui et qu’il est remonté aussi loin que possible dans ce qui est disponible : sa mémoire. C’est d’ailleurs le sens de son nom, Zacharie signifiant « Dieu s’est souvenu ». Zacharie est remonté successivement dans les différents étages de sa mémoire pour y trouver les éléments qui lui permettrait de mettre ses pensées en ordre. Pour le dire autrement, Zacharie fait de l’archéologie. II fait l’archéologie de l’action divine pour essayer de comprendre quelque chose à ce qui lui arrive, à ce qui est en train de se passer sous ses yeux. Et c’est long comme est long un travail de mémoire qui met en relation toutes les pièces du puzzle de l’histoire de Dieu et des hommes afin de les mettre dans le bon ordre et de voir ce que cela représente, ce que cela signifie.

Ici, nous découvrons que la Bible est cette mémoire collective dans laquelle nous pouvons puiser de bonnes raisons d’espérer encore et malgré tout quand nous sommes sans voix par ce qui nous arrive, par ce que nous voyons autour de nous. Oui, par le passé, les temps ont été durs, parfois épouvantables, mais le divin est ce qui rappelle à notre mémoire les souvenirs des temps passés qui, aussi sombres qu’ils purent être parfois, ont néanmoins débouché sur un peu plus de clarté et, avec Zacharie, sur des lendemains qui ont chanté à pleine voix!

Ce travail d’archéologie nous met sur la voie d’une vie libérée. Il s’agit d’abord de la délivrance des ennemis, de ceux qui nous haïssent. Oui, bien entendu, il peut y avoir encore des actes sauvages, haineux, qui veulent saper le principe même de la fraternité ; mais la victoire contre la haine a déjà été acquise par Dieu, rappelle Zacharie dans ce cantique. Cela ne signifie pas qu’il n’y a plus de haine dans notre société ni dans le monde, ou qu’il n’y a plus d’adversité. Cela signifie que nous pouvons ne plus être touchés par cette haine. Nous pouvons ne plus la prendre au sérieux au sens où elle aurait raison contre nous. Dieu ressuscite une force de salut (v. 69) à chaque fois que nous prenons conscience de cela.

Cette résurrection de la pleine délivrance, la délivrance de nos ennemis, de ceux qui nous haïssent, a une très grande importance dans la vie chrétienne : c’est ce qui explique que la spiritualité chrétienne n’a jamais conduit les chrétiens à se considérer comme des victimes. Ils ont pu endurer de grandes souffrances, de grandes privations de libertés, ils ont pu être blessés dans leur chair et ils le sont encore, ils peuvent être humiliés, brimés et assassinés, ils n’endossent jamais les habits de la victime. La condition du chrétien n’est pas celle de la victime. La condition du chrétien est celle de l’homme libre qui se tient face à l’avenir pour apporter sa propre contribution.

Cantique 367/1,2,3 Oh ! quel éclat sur nos matins

76 Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-haut: car tu iras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies,  77 pour donner la connaissance du salut à son peuple, dans la rémission de leurs péchés,  78 par les entrailles de miséricorde de notre Dieu, selon lesquelles l’Orient d’en haut nous a visités,  79 afin de luire à ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, pour conduire nos pieds dans le chemin de la paix.

  1. Le pardon des péchés

Il me semble que ce qui fonde la liberté chrétienne est exprimé par Zacharie avec l’expression « pardon des péchés ». Il faut bien comprendre que ce que le texte nomme le péché et qui n’est pas une faute morale, mais tout ce qui nous retient de mener une existence authentique, d’accéder à notre pleine humanité. Le péché c’est ce qui fait de nous des fils de la méchanceté plutôt que des enfants de la miséricorde en raison du fait que nous avons une vision erronée de notre identité, de ce qu’est notre humanité.

Le péché, c’est la distance qu’il y a entre soi et soi, la distance entre celui que je suis effectivement et celui que l’Évangile m’autorise à être. Le pardon des péchés qui retentit d’âge en âge et qui constitue l’un des aspects de l’Évangile, de la Bonne Nouvelle, c’est la reconnaissance que notre valeur personnelle ne dépend pas en premier lieu de ce que nous faisons, de ce que nous disons. Le pardon des péchés est une manière de dire que nous ne sommes pas condamnés à n’être que ce que nous avons été par le passé et, surtout, que nous ne sommes pas condamnés à n’être que la liste de nos erreurs. Le pardon des péchés affirme que nous n’avons pas à faire nos preuves de notre dignité car notre dignité personnelle nous est donnée en premier lieu, par grâce seule.

Nous ne sommes pas toujours à la hauteur de cette grâce. Il nous arrive de ne rien faire de cette grâce. Il nous arrive de nous gâcher. Mais cela ne retire rien à cette vérité fondamentale : nous sommes, à jamais, des êtres estimables. Et nous avons le droit de nous tenir face à Dieu, face à l’ineffable. Nous avons le droit – il se pourrait même que ce soit notre vocation, en fait – de nous tenir devant Dieu, personnellement, pour repenser notre vie à la lumière de ce que Dieu signifie pour moi.

Se tenir devant Dieu, si cela peut nous laisser sans voix dans un premier temps, c’est la manière chrétienne de jeter une lumière nouvelle sur notre vie. Se tenir face à Dieu, c’est se tenir face à l’exigence à laquelle ont tenu les personnages bibliques, le peuple de Dieu ; c’est ce qui a donné du sens à son histoire, ce qui a donné des orientations utiles pendant les temps d’incertitude. Face à l’ineffable, nous pouvons nous sentir bien petit, bien insignifiant. Mais en re-parcourant l’histoire sainte, nous pouvons trouver des situations analogues à la nôtre qui nous révélerons qu’il est possible à l’homme de reprendre pied dans une histoire qui lui échappe quelque peu. Il est possible à l’homme de ne pas être décontenancé par les grandes choses qui lui arrivent. Il est possible à l’homme de réagir aux problèmes qui surgissent ainsi qu’aux défis à relever.

Se tenir devant Dieu et retrouver dans son intériorité les moyens de retrouver sa voix, c’est la meilleure école qui soit pour se tenir face au monde, avec sa complexité hors du commun, avec ses problèmes monstrueux, avec ses défis colossaux, et, malgré tout, cette conviction chevillée au corps qui est le fruit de notre foi : « Dieu nous rend capables de diriger nos pas dans le chemin de la paix » (1/79).

Cantique 304/1,2,3 Viens ô sauveur des païens

Prière

Nous te prions, Seigneur.

 

Pour ceux  pour qui les fêtes de fin d’année sont une insulte,

ceux qui sont sans travail, sans ressources,

sans abri, sans amitié,

ceux qui sont privés de toute dignité

Nous te prions, Seigneur.

 

Pour ceux qui sont étrangers à la foi, à l’espérance et à l’amour,

ceux qui sont prisonniers de la haine, de la tristesse, des ténèbres,

ceux qui s’endurcissent contre la Bonne Nouvelle.

Nous te prions, Seigneur.

 

Pour notre monde et ses responsables

et pour tous ceux qui travaillent pour le rendre moins inhospitalier,

Nous te prions, Seigneur.

 

Pour notre Eglise, ici et partout,

pour que tu la fasses grandir dans la foi, l’espérance et l’amour,

Nous te prions, Seigneur.

 

Pour nos familles, nos enfants,

pour les personnes seules et qui souffrent de leur solitude,

Nous te prions, Seigneur.

 

Et nous te disons :

Notre Père qui es aux cieux,

que ton nom soit sanctifié,

que ton règne vienne,

que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

 

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ;

pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

Ne nous emporte pas dans l’épreuve

mais délivre-nous du mal,

car c’est à toi qu’appartiennent

le règne, la puissance et la gloire,

aux siècles des siècles.

Amen

Bénédiction

Esaïe 11: 1Et il sortira un rejeton du tronc d’Isaï, et une branche de ses racines fructifiera;  2 et l’Esprit de l’Éternel reposera sur lui, l’esprit de sagesse et d’intelligence, l’esprit de conseil et de force, l’esprit de connaissance et de crainte de l’Éternel.

Voici, frères et sœurs, la grâce qu’il nous est donné d’accueillir.

Amen

Cantique 359/1,2,3 O Peuple fidèle

Orgue

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