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Matthieu 9/9-13
9 De là étant allé plus loin, Jésus vit un homme assis au lieu des péages, et qui s’appelait Matthieu. Il lui dit: Suis -moi. Cet homme se leva, et le suivit. 10 Comme Jésus était à table dans la maison, voici, beaucoup de publicains et de gens de mauvaise vie vinrent se mettre à table avec lui et avec ses disciples. 11 Les pharisiens virent cela, et ils dirent à ses disciples: Pourquoi votre maître mange -t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie ? 12 Ce que Jésus ayant entendu, il dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. 13 Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.
Chers frères et sœurs, les différences qui existent entre les différents évangiles peuvent nous donner le sentiment que toutes ces histoires ne sont pas très sérieuses, que tout a été inventé. De nos jours, la question qui serait posée par les détracteurs de la foi chrétienne serait : ce ne serait pas une création de l’Intelligence artificielle, votre Jésus ? Avec ce passage de l’évangile de Matthieu, j’entends répondre par la négative.
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Jésus tranche avec les algorithmes
Comment une IA aurait-elle fait pour créer Jésus ? Elle aurait répondu à la demande « écris-moi la vie d’un messie » en cherchant toutes les histoires des super héros et elle en aurait fait une synthèse. Jésus aurait été la moyenne de tous les surhommes, pour la raison simple que si vous demandez ce qu’est un messie, la majorité des réponses font de Jésus un être doté de pouvoir surnaturels.
A. La vérité plutôt que la moyenne
Lorsque nous lisons les évangiles, nous découvrons que Jésus n’est ni un surhomme, ni une moyenne de surhommes. Dans cet épisode, nous le voyons qui défraie la chronique en mangeant avec des pécheurs, c’est-à-dire des gens que la majorité des Juifs considéraient comme infréquentables. Donc Jésus n’est pas dans la moyenne. Jésus ne se plie pas aux phénomènes de mode. L’IA, elle, s’intéresse à ce qui revient le plus souvent parce que la récurrence est, pour elle, un critère de valeur.
Jésus, lui, se moque des moyennes. Il vomit ce qui est tiède, ce qui est entre deux, ce qui n’est ni faux ni vrai. Ce qui moyen. En effet, ce qui intéresse Jésus, c’est la vérité des situations au regard de Dieu. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas ce qui est probable, ce qui dérangera le moins de personnes. Voilà ce qui intéresse Jésus, c’est ce qui est juste. Radicalement juste.
B. L’humanité plutôt que les surhommes
Jésus n’est pas un surhomme au sens de ce que l’IA vous proposera, à savoir l’homme providentiel qui vous sauvera et vous libérera d’une situation impossible en exerçant une force à laquelle personne ne peut résister. L’attente messianique de l’époque était celle d’un super héros, capable de renverser le pouvoir romain. Comment un homme qui se laissera arrêter, frapper, humilier, et clouer sur une croix, pourrait-il être le messie de Dieu ? Jésus a été ridicule aux yeux de ses contemporains qui voulaient un chef de guerre, un puissant qui ne tremble pas lorsqu’il s’agit de menacer, d’agresser, d’envahir, de bafouer le droit.
Nous le voyons dans cet épisode biblique, la seule puissance dont Jésus se réclame, c’est la compassion, la miséricorde. Dans le texte qui est cité par Jésus, Osée 6/6, le terme eleos, qui désigne la « pitié », traduit le mot hébreu hésed, la grâce. Jésus vient en n’exerçant pas la violence la plus grande pour parvenir à ses fins. Jésus exerce la miséricorde. Il est agent de la grâce. Il prend pitié des gens qu’il voit.
Là où l’attente populaire, dont l’IA est friande, espérait un guerrier capable d’anéantir les ennemis, l’Évangile révèle un être plein d’humanité, c’est-à-dire vulnérable, animé par l’amour du prochain et non la haine de l’ennemi.
Jésus transcende les algorithmes en présentant un autre visage que ce que proposent les portraits robots qu’on trace pour identifier le messie.
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Sauver ce qui est perdu
Autre trait caractéristique d’un Jésus qui prend le contre-pied des attentes populaires : Jésus annonce qu’il est venu pour ceux qui ont mal. Pas seulement les malades, pas seulement ceux qui vont mal, mais ceux qui ont mal, dit le texte grec. Après s’être comparé au médecin qui, dans nos régions, prend soin de ceux qui n’ont pas un bon état de santé, Jésus annonce qu’il n’est pas venu pour les justes, mais pour les pécheurs.
Rien ne va pour l’IA dans cette dernière affirmation. Pourquoi faut-il de la religion ? Pour apprendre comment bien se tenir, pour savoir comment bien se comporter et pour faire plaisir au petit Jésus qui nous récompensera au moment du jugement dernier. Il faut de la religion, pense-t-on le plus souvent, pour savoir ce qui plait à Dieu, ce qui lui est agréable et, ainsi, pour s’attirer ses bonnes grâces. Bref, l’IA va vous développer un programme de coaching digne de la meilleure moraline qui soit pour vous enseigner l’art d’être un bon chrétien qui aura une bonne note lors de son examen d’entrée au paradis.
Or, pour Jésus, ni enfer ni paradis, ni morale ni bons points à acquérir. Jésus n’est pas venu pour récompenser les meilleurs, ni pour éliminer les plus mauvais. IL est venu pour prendre soin de ceux qui ont mal, qui ont du mal avec la vie, qui ont du mal avec leurs devoirs, qui ont du mal avec l’avenir, qui ont du mal avec leurs prochains, qui ont du mal avec leur vocation personnelle etc.
Jésus est venu pour corriger nos représentations défaillantes de la vie, de Dieu, de ce qu’est être humain. Il est venu corriger notre vision défaillante de nos obligations, de la valeur de tout ce qui fait notre vie… corriger notre vision de nous-mêmes. Là où l’IA est conciliante et n’est pas capable de corriger quoi que ce soit car rien n’a de valeur pour elle, car tout est plausible pour elle, Jésus est venu pour corriger ce qui doit l’être. Il est venu pour améliorer la vie de ceux qui ont du mal avec la vie. Jésus n’était pas du genre à dire « ah ! oui, vous avez raison », alors que vous venez d’écrire une absurdité, mais en affirmant avec force que c’est ainsi et pas autrement. L’IA est conciliante, elle nous caresse dans le sens du poil, ce qui n’est pas du tout le cas de Jésus. Une fois de plus, c’est la vérité et la justice qui intéressaient Jésus, autrement dit la beauté de la création.
Pour l’IA, rien n’a de sens, tout peut se valoir. Une phrase n’a pas plus de sens qu’une autre. L’IA est capable de trouver le mot suivant qui viendrait le plus souvent dans une phase. L’IA n’est pas capable de savoir à quoi une phrase correcte sur le plan grammatical peut se rapporter dans la vie de tous les jours.
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Jésus s’entoure de ceux dont l’IA ne veut pas
Enfin, cet épisode nous montre que Jésus s’entoure de ceux que l’IA ne veut pas. Certes, il partage le repas des pécheurs, ce qui n’est pas du goût des pharisiens ni de tous ceux qui estiment que le messie est quelqu’un qui devrait savoir qu’on ne se mêle pas à n’importe qui, quand on est quelqu’un de bien.
Et Jésus a fait pire que cela. Non seulement il a mangé avec des pécheurs, mais il a ostensiblement choisi l’un des pires pour devenir l’un de ses disciples. Avant John Bost, Jésus a fait comprendre qu’il accueillait ceux dont plus personne ne voulait, et il a choisi l’un d’eux pour faire partie de ses disciples. Lévi, selon les évangélistes Marc et Luc, devient Matthieu… sous la plume de Matthieu, ce qui signifie « ce qui est donné ». C’est savoureux pour un collecteur d’impôt qui collabore avec la force romaine d’occupation pour soutirer les taxes en s’en mettant un peu dans les poches au passage[1]. De surcroît, en fréquentant les païens, il est en situation d’impureté rituelle : il n’a vraiment rien pour lui. Et c’est lui que Jésus choisit. Il n’y a aucune esthétique dans ce choix. Il faut chasser de votre esprit le tableau du Caravaggio que vous avez peut-être vu dans l’église saint Louis des Français.
Le tableau est beau, mais il est faux. Car la scène de l’évangile est on ne peut plus moche pour les contemporains de Jésus.
D’ailleurs, dans ce texte, Matthieu n’hésite pas à répondre à l’appel de Jésus. Il ne garde pas une main sur les pièces comme s’il hésitait encore à s’attacher et à obéir au maître qui l’appelle à sa suite. Et cela se comprend.
L’appel de Dieu que fait retentir Jésus, n’est pas un appel moyen qui pourrait susciter une hésitation en forme de peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Le salut de ce pécheur ne se fera pas par la croix qui figure au-dessus de la scène, dans cette fenêtre anachronique qui veut indiquer le salut du péché par la mort sur la croix alors que c’est l’appel de Dieu que fait retentir Jésus qui va sauver Matthieu d’une vie marquée par le mal être et l’exclusion. Jésus est venu pour prendre soin de ceux qui ont du mal avec leur vie ; il n’est pas venu pour mourir sur une croix comme un malpropre – quoi que cette mise à mort confirme qu’il a pris fait et cause pour ceux dont la société veut se débarrasser.
Jésus n’est pas la créature d’une IA qui aurait répondu à un prompt d’évangéliste en manque d’imagination. Matthieu nous révèle un Jésus inattendu qui ne correspond pas aux modèles statistiques de l’IA. C’est un messie qui ne choisit ni les plus forts, ni les plus aimés, ni les meilleurs selon les critères populaires. Jésus n’est pas venu pour faire plaisir, ni pour plaire, ni pour dominer, mais pour servir. Il est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu. Cela tranche avec les personnages providentiels, des parvenus, qui perdent ce que le Christ a cherché à sauver : les petits, les mal à l’aise, les mal aimés. Jésus a pris plaisir à la miséricorde, pas au sacrifice des personnes sur l’autel de la bienséance mondaine, l’autre nom de l’intelligence artificielle.
Amen
[1] Luc 3/12-13 ; 19/8.
intéressante mise au point qui met en lumière la vraie vocation de Jésus, incarné pour un ministère de salut auprès des hommse
Un commentaire original sur la mission de Jésus, incarné non pas pour juger, mais pour sauver « ce qui était perdu » La force de la miséricorde