La spiritualité face au mal et au malheur


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Exode 1/15-16;2/1-10

15 Le roi d’Égypte parla aussi aux sages-femmes des Hébreux, nommées l’une Schiphra, et l’autre Pua. 16 Il leur dit: Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux et que vous les verrez sur les sièges, si c’est un garçon, faites-le mourir; si c’est une fille, laissez-la vivre. 2/1 Un homme de la maison de Lévi avait pris pour femme une fille de Lévi. 2 Cette femme devint enceinte et enfanta un fils. Elle vit qu’il était beau, et elle le cacha pendant trois mois. 3 Ne pouvant plus le cacher, elle prit une caisse de jonc, qu’elle enduisit de bitume et de poix; elle y mit l’enfant, et le déposa parmi les roseaux, sur le bord du fleuve. 4 La soeur de l’enfant se tint à quelque distance, pour savoir ce qui lui arriverait. 5 La fille de Pharaon descendit au fleuve pour se baigner, et ses compagnes se promenèrent le long du fleuve. Elle aperçut la caisse au milieu des roseaux, et elle envoya sa servante pour la prendre. 6 Elle l’ouvrit, et vit l’enfant: c’était un petit garçon qui pleurait. Elle en eut pitié, et elle dit: C’est un enfant des Hébreux ! 7 Alors la sœur de l’enfant dit à la fille de Pharaon: Veux-tu que j’aille te chercher une nourrice parmi les femmes des Hébreux, pour allaiter cet enfant ? 8 Va, lui répondit la fille de Pharaon. Et la jeune fille alla chercher la mère de l’enfant. 9 La fille de Pharaon lui dit: Emporte cet enfant, et allaite -le-moi; je te donnerai ton salaire. La femme prit l’enfant, et l’allaita. 10 Quand il eut grandi, elle l’amena à la fille de Pharaon, et il fut pour elle comme un fils. Elle lui donna le nom de Moïse, car, dit -elle, je l’ai retiré des eaux.

1 Samuel 1/9-20

9 Anne se leva, après que l’on eut mangé et bu à Silo. Le sacrificateur Éli était assis sur un siège, près de l’un des poteaux du temple de l’Éternel. 10 Et, l’amertume dans l’âme, elle pria l’Éternel et versa des pleurs. 11 Elle fit un voeu, en disant: Éternel des armées ! si tu daignes regarder l’affliction de ta servante, si tu te souviens de moi et n’oublies point ta servante, et si tu donnes à ta servante un enfant mâle, je le consacrerai à l’Éternel pour tous les jours de sa vie, et le rasoir ne passera point sur sa tête. 12 Comme elle restait longtemps en prière devant l’Éternel, Éli observa sa bouche. 13 Anne parlait dans son coeur, et ne faisait que remuer les lèvres, mais on n’entendait point sa voix. Éli pensa qu’elle était ivre, 14 et il lui dit: Jusques à quand seras-tu dans l’ivresse ? Fais passer ton vin. 15 Anne répondit: Non, mon seigneur, je suis une femme qui souffre en son coeur, et je n’ai bu ni vin ni boisson enivrante; mais je répandais mon âme devant l’Éternel. 16 Ne prends pas ta servante pour une femme pervertie, car c’est l’excès de ma douleur et de mon chagrin qui m’a fait parler jusqu’à présent. 17 Éli reprit la parole, et dit: Va en paix, et que le Dieu d’Israël exauce la prière que tu lui as adressée ! 18 Elle dit: Que ta servante trouve grâce à tes yeux ! Et cette femme s’en alla. Elle mangea, et son visage ne fut plus le même. 19 Ils se levèrent de bon matin, et après s’être prosternés devant l’Éternel, ils s’en retournèrent et revinrent dans leur maison à Rama. Elkana connut Anne, sa femme, et l’Éternel se souvint d’elle. 20 Dans le cours de l’année, Anne devint enceinte, et elle enfanta un fils, qu’elle nomma Samuel, car, dit-elle, je l’ai demandé à l’Éternel.

Chers frères et sœurs, le christianisme n’est pas là pour offrir une consolation à bon marché. La vie contient son lot de difficultés, parfois ses horreurs. Et la foi chrétienne ne cherche ni à nous faire vivre dans l’illusion que tout irait bien, ni à nous rassurer à moindre frais en nous affirmant qu’il ne faut pas s’inquiéter, que tout s’arrangera. Nos textes bibliques n’ignorent rien des tourments de la vie. Ils ne nous disent pas qu’il ne faut pas s’en faire, tout au contraire. Ils tracent le chemin de ce que nous appelons l’espérance, ce chemin qui permet de surmonter les obstacles qui se dressent sur notre route. Commençons par observer ces obstacles.

  1. La malveillance

Dans le livre de l’Exode, nous constatons que ce qui fait obstacle à la vie, c’est la malveillance. Le pharaon est un tyran capable de la pire barbarie qui soit : faire tuer les nouveau-nés garçons des étrangers qui habitent en Égypte. Une femme vient de mettre au monde un garçon et elle à tout à craindre pour sa survie.

Les textes bibliques ne minimisent jamais la capacité humaine à nuire au bonheur des autres. Le regard porté sur la nature humaine est lucide. Il n’est pas question de l’homme bon par nature, mais de l’être capable de tuer pour des idées, ou pour renforcer son pouvoir. L’homme est d’ailleurs le seul être vivant capable de tuer pour des idées ou pour autre chose que sa survie matérielle immédiate.

C’est dans ce monde-là qu’est née Romy qui a reçu aujourd’hui le signe de la grâce. C’est dans ce contexte où la malveillance peut nous surprendre au coin d’une rue, dont sa famille n’ignore rien, que Romy va donc évoluer. Est-ce une folie de la part de ses parents, une sorte de cadeau empoisonné ? Est-il bien raisonnable de donner la vie de nos jours dans un contexte international critique, dans une situation environnementale préoccupante, dans une société qui a tant de peine à ne pas jeter la fraternité aux orties.

  1. L’absurde

Dans le premier livre de Samuel, nous avons une autre forme d’obstacle. Anne aimerait accueillir un enfant. Mais ce projet n’aboutit pas, depuis plusieurs années. Cette fois, il n’y a aucune malveillance. Personne n’agit pour empêcher Anne de devenir mère. C’est l’obstacle par inadvertance. Le mal absurde, qui n’est pas délibéré.

Le malheur que l’absurde provoque n’est pas moins douloureux. On peut résister à la tyrannie, mais que faire face à l’absurde, lorsque le mal sort de nulle part, lorsqu’on ne peut l’imputer à personne en particulier, quand il doit tout au contexte… que faire ?

Anne est amère. Elle nourrit une amertume qui l’empêche de manger, lit-on au début du chapitre. Et elle déverse sa bile devant Dieu – ce qui est une bonne manière de s’en libérer. La prière comme libération de ce qui nous mine, de ce qui nous ronge de l’intérieur. Se dégager de ce qui nous intoxique en le poussant loin de nous, devant Dieu, ce qui nous permettra de le relativiser. Cela permet de ne pas succomber au malheur, mais cela ne supprime pas les causes. Cela atténue les effets.

L’absurde tient à la situation, une situation qu’on n’a pas voulue, mais qui déverse son flot de malheur, comme Anne déversait son flot d’amertume. Une catastrophe naturelle, c’est absurde dans la mesure où ce n’est pas délibéré, c’est sans raison particulière. Ce peut être la même chose dans l’histoire humaine, au niveau international ou à un niveau plus personnel. Il y a des situations absurdes, qui sont la conjonction d’éléments qui ne sont pas en rapport les uns avec les autres, mais qui, ensemble, produisent des effets néfastes. La mort de Roméo et de Juliette, c’est absurde. La personne qui se trouve présente au mauvais moment dans un règlement de compte qui ne la concerne pas, c’est absurde.

Comment réagir face à ces obstacles qui se dressent en travers de notre route et qui nous bloquent, voire qui nous font sombrer ?

  1. Les yeux de Dieu au sein de l’enfer

La mère de Moïse et Myriam, la sœur de Moïse, sont deux figures féminines qui nous montrent une voie face au tyran, face aux personnes malveillantes. La mère refuse que son enfant meure. La sœur couve son frère du regard pour vérifier qu’il ne lui arrive rien de fâcheux.

Cette désobéissance civile de la mère de Moïse correspond à l’attitude de toutes ces personnes qui ont refusé de se soumettre à un ordre injuste. Elle est à l’archétype des personnes qui ont une objection de conscience et qui mettent leurs actes en harmonie avec leurs convictions. Ce sont ces personnes qui pensent « non » et qui agissent en conséquence, au lieu de se soumettre à la loi du plus fort et de se renier.

La bienveillance de la sœur de Moïse est l’archétype de ceux qui n’abandonnent pas l’humanité. Elle ouvre la voie à des comportements salutaires dont on trouve un exemple dans le personnage de Gerstein, dans le film Amen de Costa Gavras. Un protestant, officier SS qui s’occupe des questions d’hygiène, et qui découvre l’horreur des camps de la mort. Discutant avec un prêtre, il décide d’y retourner. Ainsi, dit-il, « je serai les yeux de Dieu au sein de l’enfer ». Le prêtre, lui, décidera de porter une étoile jaune et d’accompagner des Juifs en déportation.

La réaction à la malveillance tient dans l’attitude de Myriam, la sœur de Moïse, qui se décompose de deux manières : le regard de Dieu qui veille bien sur la Création, sur les personnes. Il s’agit de répondre à la malveillance par une bienveillance spérieure. Être les yeux de Dieu pour pouvoir alerter. Et puis accompagner l’humanité, là où elle se trouve. Ne jamais abandonner l’humanité, ne jamais la laisser à l’abandon.

Myriam indique une voie du salut qui consiste à ne pas oublier de prendre soin des vivants. Face à la tyrannie, face à la violence, face à la malveillance, on peut se jeter corps et âme dans la résistance violente, dans la lutte armée selon les cas – ce qui est légitime. Mais il ne faut jamais sacrifier l’humain. Se battre au nom de l’humanité en négligeant l’humanité n’a plus de sens.

Myriam prend soin de Moïse, de loin en loin, puis de proche en proche. Et c’est cela qui permettra que Moïse grandisse en stature et en sagesse. C’est ce qui permettra qu’il accepte de devenir le libérateur du peuple opprimé, réduit en esclavage. Sans l’attitude bienveillante de la mère de Moïse, et de Myriam, il n’y aurait eu aucun avenir pour le peuple hébreu. Il serait mort sous la sandale du pharaon qui pressait de plus en plus un peuple qu’il voulait faire disparaître. L’exemple de Myriam nous révèle l’importance qu’il y a à s’occuper des personnes. Il ne suffit pas de lutter contre le mal, il faut lutter pour le bien, pour le bonheur, pour la justice, pour la liberté, toutes choses qui donnent le véritable sens des luttes que nous pouvons mener. Ce sont ces luttes positives qui, par ailleurs, nous évitent de remporter des victoires idéologiques ou militaires qui nous laissent sur des champs de ruines, sur le chaos le plus total.

  1. La conversion intérieure

Pour éviter de se retrouver sur un champ de ruines, il y a un chemin de spiritualité qui est celui de la mère de Samuel, Anne. Le rédacteur nous dit qu’elle concevait de l’amertume à cause de la situation. Nous pouvons comprendre que la situation était elle-même amère. Autrement dit la situation était stérile.

Elle va prier pour changer la situation. Comme beaucoup, Anne se met à prier pour que Dieu donne ce qu’elle veut. Elle envisage même une négociation sous forme d’un échange dont le fils tant désiré sera la pièce maîtresse : tu me donnes un fils, et je te l’offre en échange. Ce marchandage est totalement stérile : c’est un jeu à somme nulle. Ca ne change rien à la situation. A la limite, ça l’aggrave, car cela fait de l’enfant un objet de marchandage.

Mais la prière continue. Et le prêtre qui l’observe, constate qu’aucune parole ne sort de ses lèvres. La prière devient une prière intérieure, une prière vers l’intérieur. C’est le moment où Anne cesse d’expliquer à Dieu ce qu’il doit faire. Elle se met à l’écoute. Elle se rend disponible pour entendre une parole de Dieu qui la concerne, qui l’aide à vivre. Elle voulait changer la situation par sa prière pleine d’amertume. C’est elle qui est en train de changer, en profondeur. Elle découvre que la prière nous change, parce que la prière nous permet de découvrir la vérité des situations.

Se placer devant Dieu, c’est examiner tout ce qui fait notre vie non pas en fonction de nos envies, de nos peurs, de nos compétences ou de ce qui est actuellement à la mode. Se placer devant Dieu permet d’examiner notre vie en fonction de ce qui est fondamentalement juste, selon la perspective de Dieu et non la nôtre, qui est si étriquée, si partiale.

Anne peut changer en profondeur. C’est pour cela que le prêtre pensera qu’elle est ivre. Si elle donne l’impression d’être ivre, c’est parce qu’elle donne l’impression de ne plus être tout à fait elle-même. Elle n’est plus conforme à l’image qu’il s’en faisait. Elle ne reste pas sur son quant à soi. Elle ne se contente pas d’être ce qu’elle a toujours été. Elle change. Elle évolue. À la manière d’une personne qui est enivrée et qui est désinhibée. Elle ose ce que personne n’ose.

La spiritualité nous permet de changer en profondeur, ce qui peut nous guérir de certaines stérilités, qui ne sont pas forcément d’ordre physiologiques. Disons qu’on devient d’autant plus créatif qu’on ne se suffit pas à soi-même.

Face au mal absurde, face aux situations naturellement mortelles, face aux contextes étouffants, toxiques ou plus simplement menaçants, la spiritualité permet une conversion intérieure qui nous rend capables de transformer le mal subi en occasion d’injecter de la grâce.

Romy s’inscrit dans cette lignée de femmes qui ont métamorphosé une situation pénible voire invivable en occasion de porter la vie à l’incandescence. Nous serons donc en bonne compagnie à ses côtés, de même qu’elle pourra bénéficier de notre bienveillance et de notre créativité pour rendre ses journées infiniment plus réjouissantes que ce que pourraient imaginer les esprits chagrins.

Amen

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