Les 5 buts du chrétien


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Marc 16/14-20

14 Enfin, [Jésus] apparut aux onze, pendant qu’ils étaient à table; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité.  15 Puis il leur dit: Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création.  16 Le croyant et le baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera jugé.  17 Voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons; ils parleront de nouvelles langues;  18 ils lèveront des serpents; s’ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains aux sans force (arrostos : aronnumi), et ils auront de la beauté (kalos[1]).  19 Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s’assit à la droite de Dieu.  20 Et ils s’en allèrent prêcher partout, le Seigneur travaillant avec eux, et confirmant la parole par les signes accompagnant.

Chers frères et sœurs, quand, dans quelques années, Sayana vous demandera ce qui caractérise la vie chrétienne, vous pourrez lui rappeler ces derniers mots de l’évangile de Marc. Un chrétien, on le reconnait parce qu’il chasse les démons, il parle de nouvelles langues, il lève des serpents, s’il boit du poison il ne lui arrive rien de fâcheux. Enfin, il pose la main sur les malades et ils ont du bien. Bref, ce que nous faisons au quotidien.

  1. Le jugement divin

Avant de revenir sur ces différents aspects de la vie chrétienne, intéressons-nous à ce qui rend possible tout cela : le salut. D’une part il est indiqué que le croyant sera sauvé, tout comme le baptisé. C’est plutôt bon signe pour Sayana. D’autre part il est indiqué que celui qui ne croira pas sera jugé. Bien souvent, dans nos traductions, il n’est pas question de jugement, mais de condamnation. Cela s’explique, malheureusement, par le fait que les traducteurs ont une vision malheureuse du christianisme. Ces traductions où il est question de condamnation traduisent surtout la vision moraliste des traducteurs. Ceux-ci voudraient qu’il y ait d’un côté les croyants, récompensés par Dieu et, de l’autre, les mécréants, punis par Dieu, livrés aux pires abominations.

Mais le christianisme n’est pas une histoire de morale qui récompense qui les justes et qui punit ceux qui ne sont pas dans la ligne de la religion. Le christianisme est une histoire d’évangile et cet évangile est tout entier contenu dans ces versets de l’évangile de Marc qui dit que les non-croyants seront jugés – non pas condamnés, mais jugés. Jugés par qui ? Par celui qui vient siéger à la droite de Dieu : Jésus. De nos jours, nous parlons des juges du siège qui, à la différence des juges du parquet, ne sont pas ceux qui portent l’accusation. En disant que Jésus a été enlevé au ciel, la Bible indique que Jésus n’est plus physiquement présent parmi nous, mais qu’il exerce une souveraineté sur notre vie. Cette souveraineté, c’est le fait de nous juger, non pour nous punir, mais pour nous sauver. À l’image de l’activité parentale dont il est question dans le livre des Proverbes, il s’agit de nous sauver de l’ignorance, de l’obscurantisme, c’est-à-dire nous sauver d’un état où nous serions les esclaves de ceux qui savent, de ceux qui ont les clefs, de ceux qui ont les codes. Pourquoi éduquons-nous nos enfants ? pour les rendre libres : libres de pouvoir s’orienter, libres de pouvoir ses déterminer par leurs facultés de jugement. L’éducation est ce qui nous sauve de l’ignorance et l’ignorance est ce qui nous rend esclaves. En reprenant ce que dit l’apôtre Paul en 1 Co 13, il s’agit de nous sauver d’un regard trouble sur le monde (voir comme par un miroir), il s’agit de nous sauver de l’obscurantisme (voir d’une manière obscure dit Paul), en nous permettant de voir face à face.

La justice divine consiste à nous justifier. Elle a pour objectif de rendre juste le pécheur que nous sommes. Cela nécessite de dire ce qui ne va pas très bien, ce qui cloche dans notre vie, pour que nous puissions progresser. Imagine-t-on Luis Enrique regarder les joueurs du PSG, tranquillement, sans relever ce qui peut être amélioré ? Non, il y a un travail, patient, pour préciser les gestes, préciser les enchaînements, augmenter l’intelligence de jeu. Et quand il juge, ce n’est pas pour condamner, mais pour hisser le niveau de jeu de ses joueurs.

Nous faisons la même chose avec nos enfants, nous pouvons le faire aussi avec nos contemporains : les aider à hisser leur niveau de jeu de sorte qu’ils soient capables de respecter les règles en apportant leur génie personnel, ce qui signifie connaître nos capacités et avoir une idée de ce qu’il est possible de faire avec les autres.

Dit d’une manière théologique, le jugement de Dieu nous sauve du péché. Nous allons voir ce que cela signifie plus précisément. Pour le moment, observons avec le verbe katakrino qui est employé ici, que nous sommes examinés de haut en bas, par un jugement qui consiste à exercer un esprit critique (krino) en passant toute notre vie en revue depuis le haut jusqu’en bas. Exercer le discernement pour repérer ce qui va bien et ce qui mérite d’être amélioré.

Dans la vie chrétienne, ce jugement est symbolisé par le baptême, dont il est question dans ce texte. Si le baptisé est sauvé, c’est parce qu’il a entendu le jugement de Dieu, sur lui, le jour de son baptême. En effet, le baptême exprime le « oui » de Dieu sur le baptisé. C’est un oui inconditionnel, un « oui » définitif. C’est le jugement dernier prononcé sur la personne baptisée qui entend qu’elle est fille ou fils de Dieu, en qui Dieu a mis toute son affection. Il n’y a rien à ajouter à ce « oui » de Dieu pour l’éternité.

C’est ce oui qui nous sauve de l’angoisse terrible de ne pas savoir si nous sommes dignes d’être là, de ne pas être sûrs de notre valeur. Le baptême dit qu’il est juste et bon que tu sois là, par grâce seule. Il n’y a rien d’autre à ajouter pour assurer ta dignité. C’est un jugement dernier. Tout l’évangile est là, dans ce jugement de Dieu qui n’a vraiment rien d’une condamnation.

Parlant de cette ascension de Jésus qui siège désormais à la droite de Dieu, le réformateur Jean Calvin, écrira dans son catéchisme[2] : « nous n’avons à comparaître devant aucun juge que devant celui-là même qui est notre avocat et qui a pris notre cause en main pour la défendre. » C’est cela qui est le cœur de l’évangélisation à laquelle les chrétiens sont appelés : faire entendre que chacun est doté d’une dignité qui ne lui sera jamais retirée, quelles que soient les circonstances difficiles auxquels il pourra être confronté. Cela nous sauve de la mauvaise image que nous pouvons avoir de nous, de ce qu’on a pu dire de nous – et qui n’était qu’une part infime, peut-être fausse, de notre vérité profonde. C’est cela le cœur de l’évangélisation. Quand on se demande ce que signifie évangéliser, c’est annoncer cela à ceux qui sont autour de nous : leur identité profonde, leur dignité, ne dépend pas de ce qu’ils ont pu montrer, ne dépend pas des conditions sociales dans lesquelles ils sont nés, ni de leur métier, ni de leur compte bancaire, ni des rumeurs dont il est l’objet. Notre dignité dépend de ce oui de Dieu qui est à l’origine de toute notre vie. Cela fait que notre dignité est irréductible, en toutes circonstances.

  1. Le travail de la justification

Toutefois, être rendu juste par Dieu, prendre conscience de notre valeur profonde, ne signifie pas que le jugement de Dieu laisse les choses en l’état. Si Jésus a enseigné tout au long de son ministère, c’est justement parce que nous avons tous besoin d’une éducation qui nous hisse à un degré supérieur d’humanité. C’est le sens des activités dont Marc dit qu’elles sont la marque même des chrétiens. Voici les cinq buts que nous propose l’évangéliste.

1. Chasser les démons

La première chose dont Jésus nous a rendus capables, c’est de chasser les démons. La pratique de l’exorcisme n’est plus vraiment à la mode alors même que de plus en plus de personnes disent que ce monde va de plus en plus mal. Les démons, en grec, ce sont les divinités, les puissances divines – ce à quoi on reconnait une puissance qui nous dépasse. Chasser les démons, c’est rejeter toutes ces puissances qui prétendent prendre le pouvoir sur nous. C’est rejeter ce qui a une emprise sur nous et qui nous rend esclaves. L’exorcisme, tel que l’a pratiqué Jésus, consiste à libérer de ce qui nous empêche de penser, de parler, de nous déplacer, d’étudier.

Chasser les démons, c’est libérer de toutes les mainmises qui peuvent empêcher quelqu’un de s’épanouir personnellement. Ce peut être une idéologie, l’emprise de l’argent, d’une famille. Chasser les démons, c’est libérer les gens des déterminismes de la naissance, de ce qu’on a pu leur mettre sur les épaules et qui les empêche d’être eux-mêmes..

2. Parler de nouvelles langues

Le christianisme n’est pas la religion du repli sur soi, mais de l’ouverture à l’autre. Le jugement de Dieu nous sauve d’une vie étriquée en nous incitant à découvrir de nouvelles langues. C’est ce qui nous permet de rejoindre l’autre dans son univers culturel. Parler d’autres langues, c’est avoir conscience que nous ne pouvons pas demeurer dans notre suffisance, qu’il y a beaucoup à découvrir, à apprendre.

La perspective chrétienne est d’aller à la rencontre de l’autre, non pas pour lui imposer notre langue, nos idées, nos convictions, mais pour le rejoindre dans ses convictions, dans son univers, dans sa culture et nous mettre à son écoute, et nous enrichir, le cas échéant, de la sagesse dont il est dépositaire. Le christianisme n’est pas l’histoire d’une secte qui aurait réussi. C’est l’histoire de personnes qui ont a cœur de porter de la spiritualité dans le monde, d’une manière respectueuse des uns et des autres. Ici, il n’est pas question d’être le centre de gravité du monde, mais d’aller à la rencontre du monde.

3. Brandir des serpents

Brandir des serpents, c’est ce que fit Moïse dans le désert, après la libération de la maison de servitude. Lorsque les fils d’Israël étaient aux prises avec des serpents (Nb 21), il suffisait de regarder un serpent en airain dressé bien haut, pour ne pas succomber aux morsures. Cela indique le rôle de l’éducation car mettre à la vue de tous, ce n’est pas de la médecine, c’est de la communication, c’est de l’éducation. C’est faire voir ce qui, jusque là, échappait au regard et donc à la connaissance. L’éducation est salutaire, car elle prémunit des menaces discrètes. C’est l’éducation qui nous enseigne à exercer notre esprit critique, à ne pas suivre la voix du plus fort ou de la majorité sans en avoir évalué la pertinence. Brandir des serpents, c’est une part de l’éducation qui consiste à identifier les risques que nous courrons.

4. Boire sans problème des poisons mortel[3]

C’est cette éducation qui nous permet d’être résistants aux ambiances mortelles, à ces moments de l’histoire où circulent des idéologies toxiques, des contre-vérités scientifiques qui tiennent lieu de vérité suprême, de propos haineux qu’on pare d’une sagesse immémoriale. Toutes choses qui peuvent nous empoisonner et nous rendre inhumains. La foi est ce qui nous donne ce courage intérieur pour ne se faire intoxiquer par les ambiances qui confinent à l’inhumain. Ne pas céder aux sirènes qui attirent vers les écueils, ne pas être contaminés par les discours inhumains, c’est ce que permet l’évangile qui nous révèle ce qui favorise la vie.

5. poser les mains sur les personnes sans force

Le geste d’imposition des mains est un geste de séparation. C’est un geste d’envoi. C’est un salut adressé à celui qui va aller sa route. Le geste de bénédiction ne dit pas autre chose. Imposer les mains sur celui qui est sans force est un geste qui consiste à lui révéler qu’il a ce qui lui sera nécessaire pour continuer son chemin.

La bénédiction est une reconnaissance de notre capacité à aller de l’avant, à écrire notre propre histoire. C’est la révélation d’une possibilité d’aller au-delà du point où on en est arrivé. C’est l’art de souligner qu’il y a encore des sorties d’Égypte possibles, des chemins qui nous font sortir de nos servitudes, qui nous permettent de nous tenir hors des lieux de souffrances, là où nous avons peut-être végété jusque-là. C’est cela exister (ek-sistere) : se tenir hors du lieu où l’on a été naturellement assigné. Imposer les mains, faire un geste de bénédiction, c’est rappeler la possibilité d’une existence. C’est dire, notamment à celui qui a l’impression d’être arrivé au bout de sa vie, que tu vaux plus que tes actes, plus ce que tu as pu dire ou penser. Tu es plus grand que ce que tu as pu montrer jusque-là. Imposer les mains à quelqu’un, c’est révéler sa beauté intérieure, quelle que soit la situation. C’est révéler aussi la beauté de la vie, disponible pour nous, encore aujourd’hui.

Dire que Jésus est au ciel et qu’il siège à la droite de Dieu, c’est dire qu’il est celui qui nous a sauvés une fois pour toutes de l’esprit de défaite en ressuscitant en nous le goût d’une vie menée en toute liberté, d’une vie qui a le goût de la victoire, que dis-je : du triomphe.

Amen

 

[1] Il y aura de l’harmonie pour eux.

[2] Jean Calvin, Catéchisme, 13ème dimanche

[3] Notons que des pasteurs, aux États-Unis, ont pris ce verset au pied de la lettre, ont bu des poisons mortels et en sont morts, au sens biologique du terme.

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