La religion remède à la radicalisation

Guillaume Monod, psychiatre et docteur en philosophie, a présenté son travail auprès de détenus pour radicalisation et des perspectives pour réagir à ce phénomène.

Sommaire

  1. Introduction par James Woody
  2. Conférence de Guillaume Monod

 

Introduction par James Woody : faut-il en finir avec la religion ?


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150 ans du temple de la rue de Maguelone ! Soit… Mais la question est : faut-il fermer ce temple ? Faut-il fermer et détruire ce temple, interdire la pratique de la Religion Prétendue Réformée et, plus généralement, en finir avec tout ce qui a trait à la religion, de près ou de loin ?

C’est ce que devraient proposer ceux qui affirment que la religion abrutit les personnes, qu’elle les infantilise. C’est ce devraient proposer ceux qui déclarent que la religion est source de violence, de haine et donc de guerre, de terrorisme.

Les mauvaises répliques des croyants

Quelles réponses apporter à ces affirmations qui ne sont pas dénuées de fondement compte tenu des guerres de religions, de la pédocriminalité, de la radicalisation et du terrorisme, des dérives sectaires ?

Il y a tout d’abord deux mauvaises réponses. La première est qu’il n’y a pas que les religions qui soient foyers de violence. Les deux guerres mondiales ne sont pas des guerres de religion. Le goulag et les meurtres de masse au XXè non plus. Le terrorisme dans les années 1970 n’est pas spécifiquement religieux etc. Mais quelle consolation de dire que les non-croyants sont capables du pire…

La seconde mauvaise réponse est de brandir les saints : sœur Emmanuelle, Mère Thérésa ; et les saints protestants : Albert Schweitzer, Martin Luther King, Théodore Monod. Ce serait faire un bilan comptable au terme duquel on chercherait à dire que les religions ne sont pas si mauvaises puisqu’elles sont à l’origine de bonnes œuvres, de la charité, et même des valeurs républicaines « liberté, égalité, fraternité » qui figuraient d’ailleurs sur la façade de ce temple au siècle dernier. Ce serait une manière de relativiser le mal commis et de le passer par pertes et profits. C’est inacceptable.

La critique

Un premier élément de réponse est la critique interne de la religion, qui n’a pas attendu les critiques des non croyants pour se formuler de manière très ferme. De ce point de vue, le protestantisme a fourni de beaux spécimens de personnages critiques dont le plus connu est probablement Nietzsche, mais il ne faudrait pas oublier des personnes comme Sébastien Castellion, à l’époque de Calvin, qui a fait l’éloge du doute ; Jean-Jacques Rousseau qui intégra la rationalité dans les questions de croyance et le théologien Karl Barth à partir duquel on a distingué foi et religion.

La critique est nécessaire pour que les croyances ne deviennent pas toxiques. C’est ce dont les textes bibliques regorgent : des récits qui critiquent des pratiques religieuses mortifères, soit parce qu’elles écrasent les individus ou les maintiennent dans des situations de servitude, soit parce qu’elles les coupent de la vie, du réel. C’est ce qui conduira le penseur contemporain Marcel Gauchet à parler du christianisme comme « la religion de la sortie de la religion ».

Outre l’aspect critique sur la religion elle-même, il convient de développer une critique plus large sur le phénomène religieux qui n’est pas confiné aux lieux de culte, ni aux associations qui se déclarent en Préfecture au titre de la loi 1905. Quand j’étais pasteur à Marseille, la religion majoritaire, c’était le football, avec son temple – le Vélodrome -, son clergé – 11 grands prêtres et différentes classes de diacres -, sa liturgie en 2 fois 45 minutes, ses doctrines qui étaient âprement discutées tout au long de la semaine 4-2-4, 4-3-3 etc. Nous pourrions tout aussi bien parler de la religion de l’argent, de la religion du pouvoir etc.

Cette critique indispensable est l’une des fonctions de la théologie qui traque ce que la Bible nomme les idoles, qui sont des idéologies figées, incapables de nous aider à décrypter la réalité, justes bonnes à apporter un sentiment de sécurité aussi bon marché qu’illusoire. La théologie, telle qu’elle se pratique, par exemple, à la faculté de théologie protestante dont nous fêtons cette année les 100 ans de présence à Montpellier, inscrit la religion dans le domaine de la pensée. La théologie est à la fois une critique de l’idolâtrie et un travail de formulation de ce qui a un caractère ultime, inconditionné, ce que certains nomment le sacré.

La religion a, alors, pour fonction d’instituer et de célébrer par des cérémonies, ce qui a un caractère ultime, pour que cela nourrisse et transcende notre vie quotidienne.

Une théologie corrélative

La théologie n’est pas réservée aux théologiens qui en font profession. À sa manière, Guillaume Monod fait de la théologie, à partir de sa double formation de psychiatre qui l’a amené à rencontrer en prison des détenus pour fait de radicalisation, et de philosophie qui lui a donné les outils pour comprendre les mécanismes à l’œuvre dans le phénomène de radicalisation. Guillaume Monod fait de la théologie et il en fait de belle manière (sa thèse de doctorat portant sur « l’humilité », il ne sera pas sujet à un accès d’orgueil si je le complimente un peu). Il fait de la théologie avec une méthode corrélative.

Cette méthode n’est pas seulement déductive, à la manière d’un chrétien qui lirait dans l’évangile de Jean que Jésus est le chemin, la vérité et la vie, et qui en tirerait comme conséquence qu’en dehors de Jésus, il n’y a que mensonge et errance.

Cette méthode n’est pas seulement inductive, c’est-à-dire fondée sur l’observation personnelle et qui consisterait à conclure, après avoir vu quelqu’un tuer des dizaines de personnes au nom d’Allah, que l’islam est terroriste ou un foyer de terrorisme.

La méthode corrélative consiste à confronter ses idées à la réalité, et à interroger la réalité par des analyses conduites par d’autres que soi.

Voilà l’avantage que nous avons à écouter Guillaume Monod : il a rencontré, vraiment rencontré des personnes ; il n’a pas rencontré des stéréotypes, des cas d’école, des caricatures ; il a rencontré des individus pris dans de multiples contraintes, des systèmes de fidélité, des individus en quête d’idéaux, avec des problèmes à régler – autrement dit, des individus qui nous ressemblent étrangement.

Merci, Guillaume Monod, d’avoir répondu à notre invitation et de nous permettre d’appréhender le phénomène de la radicalisation à partir d’une expertise.

 

Conférence de Guillaume Monod


 

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  • « Il ne s’intéressait pas à la politique »
  • « Elle ne connaissait rien à la religion »
  • « C’était notre voisine depuis des années, mais on a rien vu venir »
  • « On le connaît depuis l’enfance, il ne ferait pas de mal à une mouche »

Qu’est-ce qui pousse un(e) ado/jeune adulte à quitter sa famille, sa maison, ses amis, son métier, pour rejoindre un pays dont il ignore tout, à commencer par la langue ?

Les rapports à la religionThéologiquePolitiqueMythologiqueMafieux

Les sagas cinématographi-ques La guerre des étoiles Le seigneur des anneaux Harry Potter Matrix
Le héros anonyme Luke Skywalker Frodon Sacquet Harry Potter Néo
La figure du mal Dark Vador Sauron Voldemort Agent Smith
Le savant, moine-soldat Yoda Gandalf Dumbledore L’Oracle
La fratrie d’élection La princesse Leïa, Han Solo, Chewbacca Samwise, Peregrin, Meriadoc Hermione Granger, Ron Weasley Trinity, Morpheus, Tank, Apoc

 

« Afin de donner un avenir vers lequel se projeter, dans lequel il sera possible de recommencer pour la troisième fois à construire sa vie, il faut inventer une figure mythologique qui guide au travers du processus de réaffiliation, une figure à l’image de celle du repenti, du témoin, comme le sont Montasser AlDe’emeh et David Vallat. Chacun à sa façon incarne le “réaffilié”, qui, comme Ulysse, est parti pour la guerre, a vu l’envers du décor, puis “est retourné, plein d’usage et raison, / Vivre entre ses parents le reste de son âge”. »

3 commentaires

  1. Bravo pour l’introduction de James qui représente un exposé à part entière! Et bravo à Guillaume Monod pour son analyse pertinente qui remet en ordre les bonnes questions et les bonnes réponses.

  2. Une introduction qui se veut sincère et responsable.
    Guillaume Monod montre que luter contre la radicalisation est guider le besoin de sublimation vers une conscience éclairée.de ce besoin et de la réalité qu’on peut lui donner de façon critique.

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