La religion

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La religion s’articule autour des trois sphères « Dieu », « l’individu » et la « communauté ». L’ordre dans lequel vous pensez que la foi se développe indique la forme religieuse à laquelle vous serez sensible.

 

 

 

Le théologien Friedrich Schleiermacher indique que l’Eglise vient à la fin du processus de foi, contrairement à l’optique catholique qui fait de la communauté ecclésiale le lieu préalable à la foi chrétienne.

Une bonne manière de découvrir quelle est l’importance que nous accordons à l’Eglise en tant qu’institution qui conduit à la foi et la régule, est d’apprécier notre réaction à la phrase du théologien catholique Alfred Loisy :

« Jésus a prêché le Royaume et c’est l’Eglise qui est arrivée »

Le courant catholique y verra une confirmation que l’Eglise accomplit la prédication de Jésus.
Le courant protestant y verra un détournement de la prédication de Jésus, pour ne pas dire une perversion.

Le sacré

La religion vise à préserver la possibilité de l’expérience du sacré. De ce point de vue, nous pourrions dire que la religion est la réponse structurée de l’Homme à ce Dieu qui vient. En ce sens, la religion donne les éléments nécessaires pour éviter l’usure du temps : elle offre les moyens de réinjecter de l’intensité dans la relation Dieu-individu. Si elle se met à faire écran ou à multiplier les intermédiaires, le risque est justement la baisse de l’intensité.

Lorsque nous faisons l’expérience du sacré, nous développons un sentiment « numineux« , terme proposé par Rudolf Otto au début du XXème siècle pour exprimer ce que nous ressentons alors : l’attrait et en même temps l’effroi. La fascination et la terreur. C’est ce que nous pouvons appeler aussi « mysterium tremendum« . De telles expériences ne se font pas exclusivement dans un cadre formellement confessionnel. C’est le propre de la vie quotidienne de nous offrir la possibilité d’éprouver le numineux qui rend sublime l’ordinaire, pour paraphraser Ralph Emerson.

Toute la difficulté de la religion est de maintenir ensemble ces deux termes. C’est la raison pour laquelle nous sommes si souvent frustrés de la vie paroissiale : ce n’est pas tout le temps l’extase. Les instants de grâce ne s’étalent pas dans le temps, mais ponctuent la vie croyante, tels des grains d’éternité pour reprendre l’expression du philosophe Paul Ricoeur.

D’ailleurs, qu’est-ce que l’Eglise ? Celles et ceux qui répondent à un appel qui vient de l’extérieur ek-klesia vient de appeler hors de… L’Eglise est ce qui nous appelle à sortir de nos habitudes, de notre patrie, de la maison de nos pères, comme ce fut le cas pour Abram dans le livre de la Genèse.

Pour le réformateur Jean Calvin, «Partout où nous voyons que la Parole de Dieu est purement prêchée et écoutée, et les sacrements administrés selon l’institution du Christ, il ne faut nullement douter qu’il y ait Église

Les sacrements « signes visibles de la grâce invisible », selon l’expression d’Augustin, contribuent à l’expérience du sacré. En protestantisme, trois critères sont utilisés pour définir qu’un signe est sacrement : une institution de Jésus, un élément matériel, et la possibilité que tous puissent en bénéficier. Il en résulte que le protestantisme a retenu le baptême et la cène comme sacrements. Le lavement des pieds – qui aurait été le sacrement de la diaconie/du service – aurait pu être également retenu, puisqu’il correspond à ces critères.

La Bible

Les 66 livres de la Bible (39 pour la Bible hébraïque et 27 pour le Nouveau testament) forment le recueil des textes faisant autorité en matière de foi pour les chrétiens. Leur rédaction s’étale sur un millénaire, à peu près.

Sur les frises chronologiques,  nous pouvons observer une hypothèse de reconstitution de l’histoire de la rédaction de la Bible. Nous y voyons différentes étapes, depuis le début des traditions orales où les histoires se forgent autour de personnages puis se transmettent, jusqu’aux moments de la mise par écrit et de compilation lorsque des événements tragiques surviennent (chute du Royaume du Nord en 722 puis chute du Royaume du Sud en 587).

Il en sera de même pour l’élaboration du Nouveau Testament avec la destruction du Temple de Jérusalem en 70, date présumée de la rédaction des évangiles – qui sont donc postérieurs aux lettres écrites par l’apôtre Paul dont la première lettre aux Thessaloniciens date des années 50.

Cela montre la distance qu’il y a entre les faits présumés et leur mise par écrit – temps de méditation, de relecture, de mûrissement, qui aboutit à des écrits théologiques riches d’interprétations qui exigent notre propre interprétation pour en trouver l’esprit.

Le document qui suit les deux frises chronologiques essaie de restituer les différentes étapes de la rédaction de la sortie d’Egypte, ce que les exégètes appellent les couches rédactionnelles. Nous pouvons lire le texte tel qu’il est édité dans nos traductions (en faisant une lecture synchronique qui met les différentes époques ensemble : syn-avec chronos-temps) ou en lisant chaque colonne, qui correspond à une étape différente, de manière autonome (en faisant alors une lecture diachronique : nous distinguons les différents temps de la rédaction, dans ce cas).

Tout ceci nous encourage à lire la Bible non comme la parole de Dieu directement accessible à la première lecture, mais comme des témoignages de personnes qui ont fait une expérience personnelle du sacré, dont elles veut rendre compte pour en faire bénéficier le lecteur.

De ce point de vue, nous pouvons nous rappeler que l’étymologie de « religion » est religere qui signifie « relire », c’est-à-dire examiner à nouveau, reprendre, réétudier… ce qui est le point de départ de la religion comme réforme permanente de nos images de Dieu.

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