Les briques de la servitude, les langues de la liberté

Culte présidé par Claude Lopez

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Genèse 11/1-9
Et toute la terre avait une seule langue et les mêmes paroles. 2 Et il arriva que lorsqu’ils partirent de l’orient, ils trouvèrent une plaine dans le pays de Shinhar; et ils y habitèrent. 3 Et ils se dirent l’un à l’autre: Allons, faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et ils avaient la brique pour pierre, et ils avaient le bitume pour mortier. 4 Et ils dirent: Allons, bâtissons-nous une ville, et une tour dont le sommet atteigne jusqu’aux cieux; et faisons-nous un nom, de peur que nous ne soyons dispersés sur la face de toute la terre. 5 Et l’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. 6 Et l’Éternel dit: Voici, c’est un seul peuple, et ils n’ont, eux tous, qu’un seul langage, et ils ont commencé à faire ceci; et maintenant ils ne seront empêchés en rien de ce qu’ils pensent faire. 7 Allons, descendons, et confondons là leur langage, afin qu’ils n’entendent pas le langage l’un de l’autre. 8 Et l’Éternel les dispersa de là sur la face de toute la terre; et ils cessèrent de bâtir la ville. 9 C’est pourquoi on appela son nom Babel, car là l’Éternel confondit le langage de toute la terre; et de là l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre.

La tour de Babel

Nous connaissons tous quelques-unes de ses représentations picturales, la plus célèbre étant sûrement celle du peintre flamand Brueghel l’Ancien. La tour de Babel a également inspiré quantité d’œuvres dans d’autres domaines, notamment en littérature, je pense, entre autres, à l’Argentin Jorge Luis Borges.

Au fil des siècles, toutes ces œuvres, picturales, littéraires, ont contribué à l’élaboration d’un véritable mythe, un mythe qui a interrogé des penseurs aussi différents que Jacques Derrida, George Steiner ou Claude Hagège.

Cela étant, aussi foisonnante que soit la production artistique et intellectuelle qu’a nourrie la tour de Babel depuis des siècles, nous devons nous concentrer sur le texte biblique, sur sa compréhension et sur le message qu’il porte.

>>>Tout d’abord, il faut reconnaître que le récit sur la tour de Babel et sur son inachèvement est souvent source de perplexité pour de nombreux lecteurs, y compris parmi les croyants.

Pour l’exprimer simplement : en quoi ce projet de construction dérange-t-il le Créateur ?

On comprend bien les raisons de la radicalité dans la décision de Dieu quand il s’agit de déclencher le Déluge :

« à longueur de journée, le cœur des hommes ne concevait que le mal », est-il dit en Genèse 6.

On comprend bien la radicalité de la sanction pour Sodome et Gomorrhe, et même pour Pharaon…

Mais ce projet immobilier, certes ambitieux, n’est pas effrayant de prime abord, et il semble même comporter une dimension d’unité pour l’humanité, à travers l’usage d’une seule et même langue.

En somme, une perspective plutôt sympathique, sauf aux yeux des linguistes et des professeurs de langues, évidemment !

Mais méfions-nous d’adhérer trop vite à des évidences… trop évidentes.

Si vous le permettez, je voudrais convoquer la mémoire d’un de mes grands-pères qui avait fait sa carrière dans les chemins de fer et avec qui j’ai souvent voyagé à travers la France, en train, cela va de soi.

Dans les petites gares et aux abords d’un passage à niveau, il y avait toujours un panneau émaillé avec une illustration explicite sur lequel figurait la mention « Ne traversez pas sans regarder dans les deux directions ; un train peut en cacher un autre ».

Mon grand-père m’avait enseigné que ce conseil de sagesse trouvait à s’appliquer bien au delà du monde ferroviaire…

Et bien, dans le projet de la tour de Babel aussi, il me semble qu’un train peut en cacher un autre !

Le mieux est donc d’entrer dans le détail de notre texte et de commencer par le replacer dans son contexte, en résumant succinctement les épisodes précédents.

>>L’épisode du Déluge n’a laissé subsister que Noé, sa famille… et les animaux qui étaient dans l’arche.

Dieu bénit ensuite Noé et ses fils en leur ordonnant d’être féconds, de se multiplier et de se répandre sur la terre entière.

Ensuite, dans le chapitre précédant immédiatement notre texte, sont détaillées les généalogies de Japhet, de Cham et de Sem, les fils de Noé.

Nous savons bien que les généalogies, dans le Premier comme dans le Nouveau Testament, ne sont pas des extraits d’état-civil, mais qu’elles sont là pour nous dire quelque chose.

Ces généalogies nous disent d’abord, pour chacun des descendants des fils de Noé, qu’ils sont « répartis d’après leurs clans et leurs langues, dans leurs pays et dans leurs peuples »

Autrement dit, non seulement les descendants de Noé ont obéi à Dieu qui leur commandait de se multiplier et de remplir la terre, mais chacun des peuples qui en sont issus parlait sa propre langue.

Parmi ces généalogies, il faut s’intéresser particulièrement à celle de Cham. Cham, rappelons-nous, c’est le plus jeune des trois fils de Noé, celui qui avait vu la nudité de son père, et qui était sorti le raconter à ses frères.

Par suite, Noé, ayant appris ce que Cham avait fait, avait maudit Canaan, l’un des fils de Cham.

La rébellion contre Dieu

Dans la généalogie de Cham, il faut prêter attention à Nemrod, fils de Kouch ; il nous y est dit que Nemrod

«  a été le premier homme puissant sur la terre ».

Il nous est dit également que Nemrod possède un royaume et que Babel est l’une des capitales de ce royaume.

 Nemrod est donc le premier homme puissant sur la terre, en même temps qu’il est le petit-fils de Cham le coupable et le neveu de Canaan le maudit.

De plus, son nom signifie « révolte », « rébellion »…

 S’il est vrai que le texte du chapitre 11 ne mentionne jamais son nom, Nemrod est identifié, que ce soit par l’exégèse talmudique ou que ce soit dans la « Cité de Dieu » de Saint Augustin, comme étant celui qui est à l’origine et à la tête du projet de construction de Babel.

« Tout le monde parlait alors la même langue et se servait des mêmes mots »

L’unicité de la langue et du vocabulaire obéit à la poursuite d’un but unique. Quel est ce but unique ?

« Fabriquer des briques ! Les cuire au four ! »

Et remarquez que les hommes de Babel utilisent « les briques comme pierres de construction et du goudron comme mortier »

Derrière ces détails apparemment techniques, il y a une forte signification spirituelle : pour leur construction, les hommes de Babel n’utilisent pas la pierre ou le mortier qui sont des éléments disponibles dans la Création divine ; à la place, ils utilisent des productions humaines, la brique et le goudron.

Le choix des matériaux signe déjà le rejet de Dieu.

Ces briques et ce mortier sont destinés à

« bâtir une ville, avec une tour dont le sommet touche les cieux ! ». Vaste programme…

Mais c’est la fin du verset qui achève de dévoiler la finalité du projet :

« Ainsi nous rendrons notre nom célèbre, et nous éviterons d’être dispersés sur toute la surface de la terre »

 >>>La signification du nom de Nemrod n’est évidemment pas fortuite… Il s’agit bien de révolte, de rébellion, contre Dieu.

La rébellion contre Dieu, à travers le refus de la dispersion sur toute la terre, c’est le rejet de l’alliance que Dieu scelle avec Noé, après le Déluge, quand il dit :

« Soyez féconds, multipliez-vous et remplissez la terre ».

La rébellion des hommes de Babel contre Dieu se manifeste aussi dans la volonté de rendre leur nom célèbre(dans d’autres traductions, il est question de « se faire un nom »).

Etle fait de vouloir rendre leur nom célèbre signale que la génération de Babel désirait être son propre maître et faire disparaître tout ce qui lui rappelait son statut de créature.

En voulant rendre leur nom célèbre, la génération de Babel voulait rompre avec l’antériorité, avec l’origine, et donc rompre avec Dieu et, au passage, prendre sa place.

En voulant rendre leur nom célèbre, la génération de Babel refusait tout héritage de pensée, de paroles, de gestes.

En voulant rendre leur nom célèbre, la génération de Babel refusait littéralement le nom hérité, qui est la trace en nous-mêmes des générations qui nous précèdent…

… Cela ne manque, d’ailleurs, pas d’une certaine ironie que, dans le récit biblique, l’épisode de la tour de Babel soit encadrée, d’une part de la généalogie des trois fils de Noé, et d’autre part de la généalogie qui va de Sem jusqu’à son descendant, Abram !

… Les généalogies sont la marque par excellence des héritages successifs, et elles sont précisément tout ce que les hommes de Babel rejetaient.

Il n’est pas anodin que le nom de Sem, l’ancêtre d’Abram, veuille dire « nom », le nom qui nomme, le nom que l’on hérite, le nom que l’on transmet…

Se répandre plutôt qu’uniformiser

Quant à Abram, il est à l’exact opposé des hommes de Babel. Il ne veut pas rendre son nom célèbre.

Mais Dieu, aussitôt après l’avoir appelé à quitter son pays, sa famille et la maison de son père, lui dira :

« Je ferai naître de toi un grand peuple ; je te bénirai et je rendrai ton nom célèbre ».

>>>Venant après le Déluge, la génération de Babel aurait pu accueillir l’alliance que Dieu avait établie avec Noé, ses fils et leur postérité, pour toutes les générations, et dont l’arc placé par Dieu dans les nuages est le signe visible…

… Mais, comme l’écrit le pasteur Antoine Nouis :

« Ils préfèrent la tour à l’arc-en-ciel : ils font plus confiance à leurs œuvres qu’à la fidélité de Dieu ».

 Et puis, avec la suite et la fin de notre texte, c’est Dieu qui intervient, qui embrouille leur langage, afin qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres, et qui les disperse sur l’ensemble de la terre.

A ce stade, une question se pose :

La confusion des langues est-elle une punition que Dieu applique aux hommes ?

Clairement, la réponse est oui.

Cependant, Dieu ne déclenche pas le feu du ciel sur Babel.

De façon non-violente, Dieu fait en sorte que le projet s’interrompe, et que les hommes retournent à la tâche que Dieu leur a fixée, à savoir peupler l’ensemble de la terre.

Dieu, en intervenant, s’attache seulement à revenir à son plan initial.

Le fait que la punition appliquée après l’épisode de Babel puisse paraître relativement clémente ne doit pourtant pas occulter l’urgence qu’il y avait pour Dieu à mettre fin au projet.

>>> En effet, le regroupement de toute l’humanité dans une seule contrée, avec un seul chef, et une seule langue, cela signifiait une uniformisation globale, autrement dit une perte complète de la richesse de l’humanité.

De ce point de vue, la tour de Babel, qui conduisait à effacer les particularités et les distinctions, était l’exact contraire de l’arche de Noé, l’arche étant l’espace qui accueillait la diversité de la Création.

Dieu enrichit la Création

La tour de Babel, c’était l’exacte négation du sens profond de la Création. Dieu n’a pas créé toutes les fleurs de la même couleur, ni tous les arbres de la même forme…

Et Dieu n’a pas créé les êtres humains pour qu’ils soient tous enfermés dans une tour avec, pour seul horizon, la fabrication, la manutention et la pose de briques.

D’ailleurs, à propos de briques, il est remarquable que le seul autre endroit dans la Bible où il est question de briques, est le chapitre 1 du livre de l’Exode :

« Alors les Égyptiens les traitèrent avec violence, comme des esclaves ; ils leur rendirent la vie insupportable par un travail pénible : préparer l’argile, faire des briques… Bref, ils leur imposèrent sans pitié toutes sortes de corvées ».

Oui, la brique, qui a symbolisé l’esclavage du peuple de Dieu en Egypte, aurait été la marque définitive de l’esclavage des hommes de Babel si le projet avait été mené à son terme.

Mais le Créateur est intervenu, car il craignait que la richesse de sa Création ne disparaisse.

Dans le projet de Dieu pour l’humanité, chacun doit avoir sa place, partout à la surface de la terre !

>>>La tour de Babel, il en est question dans un texte publié, il y a quelques mois, par l’hôte de marque que reçoit la France ce week-end. Je veux, bien sûr, parler du pape Léon XIV. Le texte, c’est son encyclique Magnifica Humanitas sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ».

Je sais qu’au temple d’Auteuil, vous menez une réflexion sur l’intelligence artificielle, notamment en accueillant des conférences sur le sujet.

Mais ce n’est pas à propos d’intelligence artificielle que j’évoque ici l’encyclique, c’est à propos des deux images bibliques que le pape évoque en introduction, deux images antithétiques : une construction avec Dieu, une construction sans Dieu.

La construction avec Dieu est dans le livre de Néhémie, alors que Jérusalem n’est que ruines, quand le peuple s’attelle au relèvement des murailles de la ville – je cite Léon XIV :

« lorsque chacun assume son rôle et que tout le peuple reconnaît sa force comme venant du Seigneur ».

Et la construction sans Dieu, c’est Babel, bien sûr. Je cite encore Léon XIV :

« Babel révèle la limite de toute construction qui, aussi grandiose soit-elle, naît de l’absolutisation de l’humain et de sa prétention à l’autosuffisance, sacrifie la dignité des personnes à l’efficacité et aspire à atteindre le ciel sans la bénédiction de Dieu ».

Un projet qui « sacrifie la dignité des personnes à l’efficacité », cela fait surgir le souvenir de lectures, en particulier des ouvrages de George Orwell, La ferme des animaux, et surtout 1984.

Hélas, Nemrod n’a pas seulement inspiré les dystopies orwelliennes, il a fait – et il continue de faire – des émules dans les totalitarismes les plus odieux… Que l’on songe, par exemple, à la constance avec laquelle tous les totalitarismes combattent Dieu et la foi, quand bien même certains croient pouvoir donner le change en s’assurant, dans l’Eglise, la complicité de quelques affidés serviles.

>>>Nous l’avons vu, Dieu, en punissant les hommes de Babel, a protégé sa Création et, ce faisant, il nous a protégés, nous, ses créatures.

Le plan de Dieu pour sa Création, depuis le commencement, c’est de produire l’unité à partir d’une prodigieuse diversité. C’est particulièrement remarquable en ce qui concerne les humains.

Chacune et chacun d’entre nous est unique, chacune et chacun d’entre nous peut reprendre à son propre compte les mots du Psalmiste dans le Psaume 139 :

« Je te loue de ce que je suis une créature merveilleuse.
Tes œuvres sont admirables,
Et mon âme le reconnaît bien ».

Et chacune et chacun d’entre nous a ses particularités et ses talents, chacune et chacun d’entre nous a son individualité.

A chacune et chacun d’entre nous revient d’être d’une vigilance constante, en respectant l’individualité et l’altérité de chacun et de chacune.

Quand Jésus nous commande d’aimer notre prochain, c’est bien de cela qu’il s’agit, d’accueillir l’humanité dans sa diversité, même – et surtout – lorsque cela nous est a priori difficile…

Nous devons rester attentifs à ne pas confondre l’uniformité avec l’unité, que ce soit dans notre attitude individuelle au monde ou que ce soit en Eglise.

Oui, en Eglise ! Car il est arrivé, et il arrive encore, parfois, qu’en Eglise, on confonde uniformité et unité… Et quand cela arrive, la pente est dangereuse… et elle peut conduire à la tentation de reproduire Babel en Eglise.

Veillons toujours à refuser ce type de dérives dans l’Eglise !

Notre Dieu est un Dieu qui libère, et non un Dieu qui emprisonne.

A propos de liberté, j’ai vu, sur votre précédente feuille de culte, que James, votre pasteur, a prêché, dimanche dernier, sur 2Corinthiens 3 :17 :

« Or le Seigneur, ici, c’est l’Esprit ; et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté ».

Figurez-vous, frères et sœurs d’Auteuil, que ce même verset est inscrit sur la façade de notre temple du Marais. Un hasard – si c’en est un – particulièrement réjouissant !

Oui, la liberté du chrétien est précieuse, et elle nous équipe pour tenir debout dans un monde où il est si fréquent d’entendre reprocher à Dieu tous les dysfonctionnements du monde, où les commandements de Dieu sont facilement caricaturés comme une source d’oppression, et où, pour le dire autrement, la tentation de Babel est toujours vivace.

>>>Je voudrais évoquer maintenant une dimension dans le projet de Babel que, jusqu’ici, je n’ai fait que mentionner brièvement.

Il s’agit de la question de la langue.

On peut considérer le fait de parler une langue unique à Babel comme une marque de l’orgueil et du manque d’humilité devant Dieu, certes.

Cependant, si on laisse de côté l’aspiration à rendre le nom célèbre et à éviter d’être dispersés, je remarque que le spécimen de la langue de Babel que nous donne le texte biblique est d’une pauvreté affligeante :

« Au travail pour fabriquer des briques ! Au travail pour les cuire au four ! Au travail pour bâtir une ville… »

La pauvreté linguistique est encore plus affligeante si l’on prend la traduction d’André Chouraqui, qui colle au texte hébreu original :

« Briquetons des briques ! Flambons-les à la flambée ! »

Contre les totalitarismes

>>>Vous vous dites peut-être – à juste titre – que cette pauvreté linguistique n’a rien d’étonnant et qu’elle est cohérente avec l’uniformisation inhérente au projet : en effet, pour fabriquer des briques et construire une tour, il n’est nul besoin d’une langue riche et subtile permettant d’exprimer toutes les subtilités de la pensée philosophique ou bien toutes les tonalités de la poésie !

J’ai évoqué Orwell, il y a peu ; la pauvreté de la langue de Babel nous fait immanquablement penser à la Newspeak, la Novlangue qui a été imposée comme langue officielle d’Océania par le Parti au pouvoir.

Par la réduction du vocabulaire, la Novlangue restreint le champ de la pensée et réduit ainsi le risque d’une contestation.

Par des tournures floues et des formules toutes faites, la Novlangue travestit les faits et impose une idéologie simpliste.

Là encore, les totalitarismes contemporains ont pris modèle sur Babel, en organisant la manipulation de la langue et son appauvrissement méthodique.

A cet égard, je conseille vivement la lecture du livre de Victor Klemperer. Moins connu que son cousin, Otto, le grand chef d’orchestre, Victor Klemperer était un philologue, un professionnel de la langue, qui a pris des notes sur l’évolution de la langue allemande pendant toute la période nazie. A la fin de la guerre, à partir de ses notes, il a publié un essai intitulé « LTI : Lingua Tertii Imperii. Langue du Troisième Reich. Carnets d’un philologue ».

Il va sans dire que ce que Victor Klemperer décrit pour le nazisme était à l’œuvre, avec la même efficacité sinistre, dans le système stalinien.

Par delà la manipulation de la langue organiséepar les régimes totalitaires, il faut hélas constater que l’appauvrissement de la langue existe dans les sociétés contemporaines et qu’il n’est jamais facteur de nuance, loin de là.

Les réseaux sociaux, quand les échanges s’y déroulent avec un vocabulaire plus que réduit, obéissent, trop souvent, à des logiques brutales de conformité, de sélection, voire d’exclusion…

… Décidément, la tour de Babel n’est jamais très loin…

La Pentecôte

>>>Cependant, l’antithèse de Babel existe, Saint Augustin l’a montré de façon magistrale.

Il nous suffit d’avancer de quelques centaines de pages dans nos Bibles et de nous arrêter au début du chapitre 2 du livre des Actes des Apôtres, pour trouver l’antithèse de Babel.

C’est la Pentecôte.

Et la Pentecôte n’est pas seulement l’antithèse de Babel, elle est l’antidote, le remède spirituel qui vient nous guérir de Babel !

Remémorons-nous l’événement de la première Pentecôte, il y a 2000 ans, à Jérusalem.

Les disciples de Jésus « étaient tous ensemble au même endroit », ils étaient rassemblés en un seul lieu, non pas, comme les hommes de Babel, pour s’opposer à Dieu en fabriquant des briques, mais, au contraire, pour se laisser conduire par Dieu dans une aventure où chacun allait avoir une place, sa place.

Se laisser conduire par Dieu dans une aventure où chacun a sa place, c’est cela l’Eglise, qui naît à la Pentecôte.

Et continuons de nous remémorer ce qu’il se passe ce jour-là pour les disciples, avec les mots du livre des Actes :

« Ils furent tous remplis de l’Esprit saint et ils se mirent à parler en d’autres langues, selon ce que l’Esprit leur donnait d’exprimer.

À Jérusalem vivaient des Juifs qui honoraient Dieu, venus de tous les pays du monde.

… Ils étaient tous profondément surpris, car chacun d’eux entendait les croyants parler dans sa propre langue »

A Babel, les hommes parlaient la même langue mais n’avaient rien à se dire, sinon : « faisons des briques » !!

Mais à la Pentecôte, frères et sœurs, chacun parle la langue d’un autre et l’autre le comprend.

Et la conversation est si édifiante, si inspirante : il y est question des choses merveilleuses que Dieu a accomplies.

Frères et sœurs, vivons l’unité à travers l’écoute et la compréhension mutuelle, accueillons la diversité comme un vecteur d’harmonie partagée, soyons comme les disciples à la première Pentecôte !

Amen

 

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