Maître François Bergouignan

François Bergouignan, étudiant en théologie protestante et stagiaire en Master Pro, a soutenu son mémoire de master, le jeudi 12 décembre 2019 à la faculté de théologie protestante de Montpellier.

 

Il y a plusieurs Joseph dans la Bible. En ce temps de l’Avent, nous entendons parler du fiancé de Marie, mais il y a aussi le Joseph du livre de la Genèse, entre les chapitres 37 et 50. C’est ce Joseph dont il sera question dans le reste de la Bible hébraïque à 60 reprises – du moins est-ce ce que l’on pense en lisant rapidement les textes.

C’est tout l’intérêt du travail de François Bergouignan de nous rendre attentifs au fait que les mentions de Joseph dans la Bible hébraïque ne renvoient pas nécessairement à la même figure de Joseph. Un Joseph, mais plusieurs figures qui sont construites au fil des siècles pour répondre à des défis auxquels les rédacteurs de la Bible ont été sensibles. Ainsi, nous pouvons distinguer une figure royale (exprimée par exemple dans le songe où ses frères se prosternent devant lui – Gn 37,7-8) d’une figure divine (exprimée par exemple dans le songe où les astres se prosternent devant lui – Gn 37,9) d’une figure patriarcale qui permet de penser le fait de vivre devant Dieu tout en étant en terre étrangère.

À cela il convient d’ajouter que les mentions les plus anciennes de Joseph (livre du prophète Amos) ont pour fonction de désigner un territoire (le Royaume du Nord) alors que le livre de la Genèse, plus tardif, mettra ce nom en scène sous les traits d’un personnage qui lui donnera une figure plus humaine – sans qu’elle cesse pour autant d’être symbolique pour penser les liens entre tribus, entre frères et la question de la territorialité.

La balade des ossements de Joseph, depuis l’Égypte jusqu’à Sichem, dans le Royaume du Nord, est exemplaire de ce travail de mise en lien des personnes et des lieux. Inhumé en même temps que Josué et Éléazar, Joseph est l’exemple de ces personnages secondaires qui ont conduit la promesse divine de la terre promise à leur accomplissement en élargissant la perspective : Joseph ajoute (c’est le sens du verbe hébreu Iasaf) de l’espace au cadastre qui se limiterait à Canaan. Ainsi que l’écrit François Bergouignan, « Cette transformation de la figure de Joseph nous informe aussi sur la transformation du rapport entre Dieu le peuple. Si dans les textes les plus anciens YHWH est un dieu centré sur Israël, petit à petit nous percevons un élargissement de la présence de YHWH jusqu’à la reconnaissance de YHWH en Égypte, bien au-delà des frontières d’Israël. YHWH devient petit à petit universel. »

Ce travail de mémoire de master en théologie, soutenu devant le Professeur Dany Nocquet et Christophe Singer, a été sanctionné par la mention « Très Bien ». Bravo et bonne suite !

François Bergouignan, La tradition de Joseph et ses usages multiples. Une brève histoire. Mémoire présenté à la faculté de théologie protestante de Montpellier. Jury composé du Professeur Dany Nocquet, directeur, et de Christophe Singer, assesseur.

Le temps de l’Avent (Luc 2/10)

Un commentaire

Répondre à Jean-Daniel Philippe Annuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.