Nouveau record d’incarcération !

La France vise tous les titres de champion du monde, c’est incontestable !

Au 1er mai, nous avions déjà atteint les 70.633 détenus pour 59.813 places. C’est aujourd’hui 70.710 personnes qui sont emprisonnées. Pour mémoire, en 2010 il y avait 63.000 détenus pour 55.000 places et en 1990 45.420 détenus pour 36.615 places.

Dans la même semaine, nous apprenions des suicides en Savoie, dans le Puy de Dôme, de détenus âgés d’une trentaine d’années – il y a eu 60 suicides de prisonniers depuis le 1er janvier ; il y a eu 117 suicides en 2017. Cela fait beaucoup plus de suicides qu’au Club Méd qui est pourtant souvent comparé aux établissements pénitentiaires par ceux qui estiment que la justice est trop laxiste, qu’il devrait y avoir plus d’incarcérations et que les détenus devraient bénéficier d’un confort moindre que ce qu’il est.

Le sens de la peine

Il serait peut-être utile de repenser le rôle de prison et, de façon plus large, le sens de la peine. Alors que la prison semble être le passage obligé pour toute personne qui a enfreint la loi, il serait préférable de s’interroger sur l’avenir que la société veut pour ces infracteurs. Si la volonté est une réinsertion des délinquants et des criminels, la prison est-elle vraiment le moyen le plus adapté pour cela ? N’est-elle pas, en réalité, une machine à transformer les délinquants en criminels et à rendre tout le monde capable de récidive tant qu’elle combat le mal par le mal, ajoutant ainsi de la peine à la peine, nourrissant un peu plus le ressentiment des prisonniers contre la société.

Rendre le mal pour le mal, c’est s’engager dans le cercle vicieux de la vengeance.

A juste titre, un délégué syndical disait : « Le but, normalement, c’est de rendre les gens plus honnêtes, meilleurs que quand ils sont entrés en prison, non ? » Pour atteindre cela, il faut des conditions favorables qui soient aussi proches que possible de la société à laquelle nous aspirons. C’est la raison pour laquelle la prison conçue comme un lieu d’enfermement destiné à châtier les coupables est inapproprié pour aller dans le sens d’une réhabilitation du détenu.

Ne faisons pas d’angélisme : il est des situations où l’enfermement est nécessaire pour assurer la sécurité de la société. Il est, parfois, des situations où l’enfermement est nécessaire pour protéger le détenu de la vindicte populaire – d’ailleurs la prison a servi de protection contre les risques de lynchage. Mais une autre forme d’angélisme consisterait à imaginer que la prison telle que nous la connaissons actuellement est à même de transformer des délinquants en des citoyens vertueux. Ce n’est certainement pas en enfermant les personnes dans des cages, tels des animaux, qu’elles deviendront plus humaines. D’autres modèles sont donc à imaginer.

Les prisons ouvertes

Des expériences ont été menées de prisons ouvertes. A titre d’exemple, Gaspard Koenig s’est rendu à Vilppula, en Finlande, où il a pu observer le travail accompli auprès de détenus qui, après avoir passé un temps en milieu fermé, ont eu accès à un lieu composé de six maisonnettes où les prisonniers vivent par groupes en partageant cuisine et salon, chacun possédant la clef de sa chambre. C’est une « prison ouverte, sans murs ni barbelés, une prison dont on ne s’échappe pas puisqu’on peut en partir à tout moment ».

Ceux qui vivent là se sont engagés à entreprendre une activité régulière et à ne consommer ni alcool ni drogue. Il y a plus d’éducateurs que de gardiens car, bien évidemment, ce qui est décisif, c’est l’apprentissage d’une manière d’être qui permette une vie sociale. Cela passe par l’apprentissage des règles de vie commune, en particulier le respect des horaires, mais aussi par un nouveau regard porté sur soi et sur les autres. Ces détenus qui ne le sont plus tout à fait ne sont donc plus des délinquants ou des criminels, mais des personnes qui ont commis un délit ou un crime. C’est par les mots que le changement commence. Si le juge a sanctionné le passé, la prison doit préparer l’avenir et, pour cela, il faut commencer par changer la représentation de soi : le condamné doit pouvoir se comprendre autrement et découvrir qu’il est un être capable d’humanité – encore faut-il lui donner les moyens d’en prendre effectivement conscience.

Cette expérience de prison ouverte a montré une réelle efficacité. Une baisse de 17% de la récidive a été constatée par rapport à ceux qui ne connaissent que les établissements fermés (ce qui peut sembler peu, mais tous les travailleurs sociaux savent qu’une personne progresse par paliers successifs et qu’il faut savoir apprécier les améliorations, même modestes). Un prisonnier en prison ouverte coûte 116 euros par jour contre 200 en milieu fermé. Le taux d’emploi est supérieur à la sortie.

Rappelons l’objectif d’une politique publique qui est de faire baisser la criminalité. Toute mesure qui permet de faire mieux que la prison est à encourager. C’est le cas des prisons ouvertes, au même titre que la justice restaurative est un moyen qui permet d’améliorer la situation. Dans ces deux cas on évite d’ajouter du mal au mal. A cela il faut ajouter la nécessaire prévention. Mais c’est une autre histoire.

 

A lire : Gaspard Koenig, Voyages d’un philosophe aux pays des libertés. Editions de l’Observatoire, 2018.

3 commentaires

  1. Est-ce que l’on a les chiffres de récidive, les autres chiffres ayant l’air très précis et actuels ?
    Est-ce qu’il y a une augmentation constante de détenus année par année ou est-ce qu’il y a des pics ?
    en 2010 il y avait 63.000 détenus pour 55.000 places et
    en 1990 45.420 détenus pour 36.615 places.
    Que peut-on en déduire ?

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