Laïcité, j’écris ton nom

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Introduction par James Woody

Est-il légitime de parler de laïcité dans un lieu de culte ?

Pourquoi une conférence sur la laïcité dans le cadre du 500ème anniversaire de Martin Luther ?

Tout d’abord, il est bon de rappeler qu’en théologie protestante, un temple n’est pas un lieu qui serait plus sacré qu’un autre – ni moins sacré d’ailleurs. C’est un lieu pour penser et croire en toute liberté, sans qu’il soit nécessaire d’avoir des ancêtres ayant appartenu à la Religion prétendue Réformée, sans être obligé non plus de signer une confession de foi en entrant. C’est un lieu pour penser notre vie et l’élever à un niveau universel. De ce point de vue, un temple est un espace qui participe de la laïcité.

Y a-t-il un rapport en Martin Luther et laïcité ? Oui, dans une certaine mesure. J’emprunte aux travaux du professeur Marc Lienhardt, quelques éléments qui soulignent cet aspect :

Dans une prédication de 1522 sur 1 Pierre 2, 13-17, passage qui traite de la « soumission à toute autorité établie parmi les hommes », Martin Luther parle de deux règnes : celui de la Parole de Dieu et celui du glaive temporel. Cette distinction revient dans son traité de 1523 sur L’autorité temporelle et des limites dans lesquelles on lui doit obéissance. Cela signifie que cette distinction est d’ordre théologique.

Luther souligne la nécessité de « distinguer soigneusement les deux règnes et de les maintenir tous deux. L’un qui rend juste et l’autre qui procure la paix extérieure et s’oppose aux mauvaises actions. Aucun des deux ne saurait se suffire à lui seul dans le monde » (Œuvres II, p. 13).

Voilà qui pourrait bien poser les bases d’une séparation des Eglises et de l’Etat. C’est ce que les protestants n’ont pas manqué de faire après la Révolution française. Mais nous ne sommes pas là pour montrer comme le protestantisme est beau. Nous sommes là parce que nous avons à cœur de construire une société où la liberté, l’égalité et la fraternité soient pleinement vécue, et que nous avons la conviction que la laïcité est l’une des conditions pour que cette espérance se concrétise.

Seul problème, c’est que la laïcité, c’est un peu comme le temps, lorsqu’Augustin en parle : Si personne ne me le demande, je le sais ; mais que je veuille l’expliquer à la demande, je ne le sais pas!

Fort heureusement pour nous, il est des personnes qui ne connaissent pas ces tourments. En France, nous pouvons nous féliciter d’avoir l’Observatoire national de la laïcité, présidé par Jean-Louis Bianco et dont le rapporteur général est non seulement expert en matière de laïcité, mais aussi pédagogue. Il s’agit de Nicolas Cadène qui nous fait l’honneur d’intervenir pour nous rappeler l’histoire de la laïcité en France et nous entretenir sur les défis actuels, qui sont en fait les défis de notre société en matière de vie commune.

Nicolas Cadène est notamment l’auteur de l’ouvrage « La laïcité pour les nuls ». C’est lui qui est sollicité de toutes parts pour des questions alimentaires, vestimentaires, de rythme de vie, d’adéquation des discours avec les lieux, autrement dit sollicité sur tout ce qui constitue notre vie quotidienne. Je laisse maintenant à Nicolas Cadène le soin de porter notre vie à un niveau universel.

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