Les hôtes de Dieu

Hébreux 13/1-3
1 Persévérez dans l’amour fraternel. 2 N’oubliez pas l’hospitalité; car, en l’exerçant, quelques-uns ont accueilli des anges, sans le savoir. 3 Souvenez-vous des prisonniers, comme si vous étiez aussi prisonniers; de ceux qui sont maltraités, comme étant aussi vous-mêmes dans un corps.

« Certains, sans le savoir, ont accueilli des anges », en vertu de l’hospitalité dont ils ont fait preuve. Sans le savoir…, autrement dit en étant agnostique, sans savoir particulier, sans avoir la maîtrise des événements, sans contrôler précisément ce qui arrivait, sans suivre un projet à la lettre un projet d’Eglise. De manière inattendue, certains ont accueilli des anges.

Ne pas maîtriser

Ne pas maîtriser l’intégralité des événements, c’est laisser à ceux que nous rencontrons la liberté d’être eux-mêmes et d’être porteurs de différences qui pourraient bien nous enrichir. Mieux que cela, ne pas maîtriser de bout en bout ce qui arrive au cours d’une rencontre, d’une discussion, d’une entrevue, c’est accepter de changer au contact de l’autre, c’est aussi ne pas s’imposer une grille de lecture, une grille d’entretien, une suite prédéterminée de passages obligés. Il n’y a pas de liturgie divine au sens d’une mécanique du sacré qui provoquerait immanquablement la présence de Dieu.

Ne pas maîtriser, c’est ne pas présumer de ce qu’il adviendra d’un dialogue, d’un repas, d’une promenade. C’est, dans le cas d’un dialogue, ne pas savoir ce qu’on répondra avant que notre interlocuteur ait fini de répondre.

L’ambiguïté des hôtes

L’hospitalité a donné à notre langue française un mot chargé d’une délicieuse ambiguïté : « Hôte ». Le mot « hôte » nous rend agnostiques, au sens où, lorsque nous disons « hôte », nous ne savons pas à l’avance qui accueille et qui est accueilli. Etre l’hôte de Dieu, ce peut aussi bien être reçu par Dieu, qu’accueillir Dieu, le recevoir. Cette indétermination est heureuse, car elle indique que nous nous accueillons les uns les autres, que nous ne savons jamais très bien qui accueille, qui est accueilli. Cela indique que l’accueil est une affaire qui se joue à deux.

Sans le savoir, certains qui pensaient accueillir, ont été accueillis par plus grand qu’eux, en vertu de l’hospitalité qu’ils ont manifestée. Ils étaient tout simplement disponibles, ouverts, accueillants aux événements qui se présentaient. Ils étaient opportunistes au sens où ils étaient en mesure de saisir les opportunités que la vie leur offrait.

A vrai dire, le texte grec parle de « philoxénia », l’inverse de la xénophobie : l’amour de l’étrangeté, l’amour de l’étranger. C’est dire l’invitation qui nous est faite d’apprécier celui qui arrive et non de le considérer a priori comme une menace.

Diaconie cultuelle

Certains, pensant offrir un repas, se sont retrouvés au culte, car le culte n’est pas seulement le jeudi midi et le dimanche matin. Le culte, c’est chaque fois que nous vivons en étant l’hôte de la vie dont parle l’Evangile, à chaque fois que nous avons le désir d’incarner l’Evangile, d’être le verbe vivant du Dieu de Jésus-Christ.

Le culte, c’est chaque fois que nous sommes une âme, c’est-à-dire lorsque nous sommes l’hôte de la vie, à la fois capables d’accueillir les opportunités et disponibles pour être saisis par ce que la vie nous propose, par les projets qui s’élaborent, par les aventures qui s’inventent. Le culte, c’est chaque fois que nous sommes une âme au sens où notre personnalité se révèle et grandit dans le regard de l’autre, dans l’interaction avec celui qui se présente et qui élargit notre horizon autant qu’il approfondit notre compréhension du monde. Le culte, c’est chaque fois que nous sommes une âme, que nous sommes bouleversés par le monde qui frappe à la porte de notre histoire personnelle, et que nous lui faisons bon accueil, à moins que ce soit le monde qui nous accueille.

Se souvenir de ceux qui sont en prison, comme nous y invite également cette lettre aux Hébreux, c’est être l’hôte de ceux que la société juge les moins dignes, ceux qui sont mis au ban, ceux dont on veut se protéger. L’Eglise répond à sa vocation lorsqu’elle est l’hôte des sans-grades, des mal famés, des importuns, et mêmes des coupables. Selon le mot du théologien Dietrich Bonhoeffer, « l’Eglise n’est vraiment elle-même que lorsqu’elle est Eglise pour les autres. » L’Eglise est l’hôte du monde, accueillant les personnes dans l’intimité de Dieu et se faisant accueillir dans les préoccupations de ses contemporains.

Cela, nous pourrions l’appeler la diaconie cultuelle : le service rendu à ceux que nous accueillons et qui nous accueillent, un service qui consiste à donner du sens à ce qui est vécu, à la manière des anges qui orientent, qui consiste à renforcer la fraternité et à développer nos gestes de solidarité. L’entraide, est un autre mot de notre vocabulaire qui indique que l’aide se joue dans les deux sens, que celui qui aide est aussi celui qui est aidé.

L’hospitalité est peut-être un terme que nous pourrions avoir en tête pour donner à l’ensemble de notre vie d’Eglise une intensité à la hauteur de ce que l’Evangile nous invite à vivre. Faire de notre Eglise un lieu pour être les hôtes de Dieu.

3 commentaires

  1. Bonjour.

    Et bien lorsque je lis :

     » l’accueil est une affaire qui se joue à deux.
    Sans le savoir, certains, … en vertu de l’hospitalité qu’ils ont manifestée. Ils étaient tout simplement disponibles, ouverts, accueillants aux événements qui se présentaient. Ils étaient opportunistes au sens où ils étaient en mesure de saisir les opportunités que la vie leur offrait. »
    Je me demande, dans le cas où vous auriez offert cela, à l’endroit où j’ai présenté un travail sur l’hospitalité, dans ces mêmes termes… : quelle aurait été votre note ?

    Pour autant, c’est intéressant, d’avoir ce regard théologique.
    Merci.

      1. Ou (pour valider), être obligé (vive la liberté !) d’être d’accord avec un tout autre mode de pensée !! Sans aucune analyse, ni conciliation possible (Ethique …) ? Autrement dit, verrouillé : une seule pensée possible ……….

        Je suis très contente de lire cette prédication. Grand Merci à vous pour votre travail.
        C’est important d’avoir ces éléments pour la suite.
        Toute ma reconnaissance.

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