Etre présent au présent

Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ?
Cela, c’est Jésus qui le dit à ses disciples, selon l’évangéliste Matthieu. C’est au chapitre 6 de l’évangile selon Matthieu, à partir du verset 25. Evidemment, si vous n’avez plus de nourriture dans vos placards, si vous n’avez plus un seul vêtement correct à porter, vous vous direz que Jésus ignore la misère et qu’il ne s’adresse qu’à ceux dont le problème, chaque jour, est de choisir entre quatre variétés de céréales au petit-déjeuner, et qui passent une demi-heure à se demander si ce sac à main va aller avec cette veste ou s’ils ne devraient pas choisir une autre cravate. Effectivement, ce pourrait être l’Evangile pour les riches, si nous nous arrêtions là. Mais Jésus continue, et voici ce que nous rapporte l’évangéliste Matthieu.
26 Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? 27 Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie? 28 Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Considérez comment croissent les lis des champs : ils ne travaillent ni ne filent; 29 cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. 30 Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? 31 Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous ? que boirons-nous ? de quoi serons-nous vêtus ? 32 Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. 33 Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. 34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.
Une fois cela entendu, nous pouvons nous demander s’il y a autre chose à comprendre qu’un éloge de la paresse, de la vie passive. Bien sûr qu’il y a autre chose à comprendre. Jésus n’explique pas que la foi chrétienne nous permettrait d’avoir le ventre plein sans rien faire. Regardons les oiseaux du ciel. Ils ne font pas rien. Certes, ils ne sèment ni ne moissonnent, mais ils ne passent pas leur temps à ne rien faire. Ils volent dans le ciel, ils construisent leur nid, ils cherchent de la nourriture, ils déploient des trésors de séduction pour pouvoir s’accoupler après quoi ils prendront soin des oisillons. Ils ne font vraiment pas rien, ils font leur métier d’oiseau, sans paresse. Si nous revenons à nous, les hommes et les femmes de ce monde, le propos de Jésus prend alors une toute autre signification qu’un encouragement au quiétisme, à la vie contemplative. Pour le dire avec Martin Luther : comme l’oiseau est fait pour voler, l’homme est fait pour travailler. Dans l’esprit de Luther, le travail de l’homme ne se résumait pas à une activité salariée. Le travail de l’homme, c’est son œuvre, c’est tout ce qu’il accomplit selon ce que sa conscience lui dicte au regard de ce qu’il discerne être sa vocation personnelle. Le travail de l’homme, c’est de semer, de moissonner. C’est aussi ramasser et jeter des pierres. C’est coudre et déchirer. C’est naître et mourir. C’est faire la guerre et la paix. C’est aimer et, parfois, s’éloigner de l’étreinte. Tous ces verbes que nous trouvons dans le livre biblique Qohéleth, disent la vie de l’homme dans toutes ses nuances et dans ses nombreuses possibilités. Si le lis des champs, lui, n’a que sa beauté à offrir –mais quelle beauté- l’homme, lui, a bien d’autres talents, bien d’autres compétences à faire valoir.
L’enseignement de Jésus consiste à dire que c’est aujourd’hui qu’il faut faire valoir nos talents, que c’est notre présent qu’il faut prendre au sérieux, dans lequel il faut s’investir pleinement. En effet, c’est à la condition d’avoir été humain, aujourd’hui, qu’il pourra y avoir un demain. Si nous avons le regard braqué sur l’avenir, le présent nous passera sous le nez, sans que nous y prenions garde et nous serons les plus malheureux du monde. Soyons présents au présent, saisissons le jour présent, Carpe Diem ! Carpe Diem ! et l’intendance suivra, et le reste nous sera donné de surcroît.
Mes chers amis, ne nous inquiétons pas du lendemain, mais concentrons-nous sur le présent avant qu’il nous échappe. A chaque jour suffit sa peine.

Réécoutez cette chronique sur FM+ 

Laisser un commentaire