Une belle âme

François Cheng est un homme de lettres. Ses méditations sur la beauté, sur l’amour, sont des ravissements qui emportent le lecteur au cœur de la vie, la vie portée à son plus haut niveau d’accomplissement. Cette fois, c’est à travers sept lettres qu’il part à l’aventure, explorer rien moins que l’âme. L’âme de l’homme, l’âme du monde, l’âme de l’univers, l’âme universelle.

De l’âme n’est certainement pas un exposé académique, froid et insipide. François Cheng nous emmène dans ses lectures, certes, mais aussi sur ses chemins personnels, là où se forge cette âme qu’il veut nous faire découvrir. C’est en scrutant la nature, la peinture, la musique, en se mettant à l’écoute du cœur des êtres, en activant l’esprit, qu’il entreprend cette approche patiente de ce qu’il se refuse à définir.

Apprenons donc à ne pas nous étourdir de paroles vaines à longueur de jour, à ne pas céder au bruit du monde. Apprenons à entendre la basse continue ponctuant le chant natif qui est en nous, qui gît au tréfonds de l’âme. Cette âme, capable de résonner avec l’Âme universelle, peut nous étonner par sa vastitude insoupçonnée. Savoir qu’on a une âme ou l’ignorer, cela ne revient pas au même. Savoir qu’on a une âme, c’est porter une attention éveillée aux trésors qui peuvent s’offrir dans la grisaille des jours, laquelle s’exerce à tout ensevelir.

Mais a-t-on vraiment une âme ? Est-ce effectivement une entité que nous posséderions ? François Cheng semble le penser. Pourtant, si nous écrivions la huitième lettre, nous pourrions lui offrir un pas en arrière, une légère prise de distance, celle du lecteur qui observe l’auteur aux prises avec son sujet. Cette huitième lettre exprimerait alors que François Cheng est tout une âme car il est tout tendu vers ce que les auteurs bibliques nomment l’Éternel. L’âme est une posture, une tension, un face à face avec l’universel, qui nous rend capables d’affronter les vicissitudes.

Peu importe les inexactitudes sur ruah et nephesh, peu importe que l’âme devienne parfois une chose sous la plume de Cheng ; il réalise pour ses lecteurs ce beau programme qu’il attribue à Simone Weil : un cheminement vers l’âme. L’âme n’est pas dans la lettre. Son texte nous ouvre un chemin. Mieux que cela, il est un stimulus pour que nous nous mettions, nous aussi, en quête de l’âme, de notre âme, de notre écho à la vibration du désir de Vie.

La vraie vie n’est pas seulement ce qui a été donné comme existence ; elle est dans le désir même de vie, dans l’élan même vers la vie.

Cet élan, François Cheng en a fait une prière en sept volets, qui s’accomplit par un amen . Souvenons-nous qu’ « amen » était le cri du chamelier au moment où la caravane pouvait se mettre en route. En route, désormais, la voie nous a été rouverte.

 

François Cheng, De l’âme. Sept lettres à une amie. Paris, Albin Michel, 2016.

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